Jacques Chirac n’est plus légitime depuis longtemps. Du coup, les Français sont à côté de leurs pompes. Ca me fait de la peine.
On ne compte plus les opérations suicides d’une France qui prend l’eau, un peu plus chaque année.
Non à la Constitution Européenne : les conservateurs anglais sablent le champagne. Inespéré ! La menace d’une autorité politique sur un des plus juteux marché du monde s’éloigne. Ils auraient voulu le faire exprès, ils n’auraient pas fait mieux.
La directive Bolkenstien : les salariés et fonctionnaires français s’offusquent, invectivent, hurlent. Les dirigeants européens sont perplexes. La directive ne concerne que les artisans et les professions libérales (avocats, consultants, …).
Le CPE : les étudiants français sont dans la rue, pour la conservation du modèle social français. Celui qui offre deux ans de stages non rémunérés. Un économiste canadien s’interroge «de nombreux pays européens plus solidaires que la France possèdent des marchés du travail plus libres».
Ce serait trop simple de prendre les Français pour des cons.
Le problème est ailleurs. L’anthropologue René Girard explique que les civilisations ont toujours géré la violence collective par le sacrifice du chef. Lorsque la société est en crise, les tensions se cristallisent sur le représentant de la communauté. Dans le pire des cas, il est mangé, ou décapité. Aujourd’hui, il démissionne ; c’est moins festif, mais plus correct. C’est vrai pour les sociétés « premières ». C’est vrai dans les entreprises. C’est vrai dans les démocraties. Jacques Chirac doit être sacrifié pour que les Français retrouvent le moral.
Nous avons vécu un quart de siècle de médiocrité présidentielle.
Ni Mitterrand, ni Chirac, n’ont assumé leur échec en quittant le pouvoir. Souvenez-vous, De Gaulle organise un référendum sur la décentralisation en 1969. Il subit un échec personnel. Il démissionne. Les élections présidentielles portent au pouvoir… Pompidou, son premier ministre. Le peuple a parlé sereinement : on déboulonne la figure du chef, même si on poursuit son action.
Au fond, c’est une affaire de communication. Mais la communication ne couvre pas la lâcheté. Pendant ce temps, notre pays s’enfonce encore un peu plus dans la pauvreté. Politique, intellectuelle, morale et économique.
Très bien et très juste
mais il faut aller au bout, la France devient lentement un pays de petits rentiers vieillisants, paresseux et égoistes, gouvernés par la peur...On a les gouvernants que l'on mérite...
Rédigé par : Fabrice | 21 mars 2006 à 15:07
en voila qui ne tient plus le bon bout:vive la France!!
Gérard
Rédigé par : Gérard | 21 mars 2006 à 16:24
1) Légitimité et sacrifice du chef :
Chirac "a" une légitimité, mais il est en perte d'autorité. Sur la question de l'autorité, je te renverrais plus à Michel Serres qu'à René Girard (à écouter) : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-info/chroniques/sensinfo/index.php?m=3&chro_diff_id=55000807
(avec un passage au salon éthologique de l'agriculture !)
2) A propos de la médiocrité présidentielle, pourquoi oublies-tu Giscard d'Estaing, alors que tu avais si bien commencé sur l'Europe ?!
Rédigé par : jpph | 21 mars 2006 à 22:34
Jean-Pierre, je n'ai pas parlé de Giscard d'Estaing, en effet.
Historiquement, il a agi: droit de l'avortement, programme nucléaire, majorité à 18 ans, serpent monétaire européen (qui a préfiguré l'Euro, construction européenne avec Helmut Schmidt.
Politiquement, il n'a pas eu à subir de cohabitation, ce qui transforme immanquablement un Président de la République en Président de la Parole.
(voir à ce propos le livre de Damon Mayaffre, "Paroles de président".
Rédigé par : Philippe Schoen | 22 mars 2006 à 07:44
"Naturellement" !, comme aime dire l'actuel.. ("Paroles de Président" !), Mais comment oublier le carnaval social,scientifique et technologique giscardien : cf.par exemple les débuts de ce qui deviendra l'internet en France.
Rédigé par : Jean-Pierre Prud'homme | 18 avril 2006 à 20:21