
En Afghanistan, Abdul Rahman a risqué la peine de mort pour s’être converti au christianisme. C’est comme ça, c’est la loi.
Les dirigeants et citoyens des pays chrétiens sont outrés. Ses juges, et même sa famille, considèrent tout cela comme très normal. Normal est bien le mot, puisque la seule solution imaginée par les autorités afghanes pour sortir de l’incident diplomatique serait de considérer le prévenu comme malade mental. Se convertir au christianisme ? Pensez-vous, il faudrait être fou.
Nous voici arrivés au même point que les musulmans face aux caricatures de Mahomet. Les lois de certains pays sont simplement inconcevables pour d’autres. C’est une question de construction de la réalité, donc une question de norme. Et que dire de la perception du monde des Chinois ou des Africains.
La planète est devenue trop petite pour accepter comme telles les normes des voisins
Nous sommes dans une phase d’acculturation d’une ampleur sans précédent. Les pays musulmans ont eu raison de protester contre les caricatures. Les pays chrétiens ont raison de protester contre le procès d’Abdul Rahman. C’est un exercice de communication délicat. C’est difficile de se placer dans “la centralité de l’autre”. Un ton en-dessous et le message ne passe pas, rien ne change. Un ton au-dessus et c’est l’effet inverse qui est obtenu : le raidissement. Je pense d’ailleurs que c’est ce qui s’est passé avec l’affaire des caricatures de Mahomet. Une mauvaise communication finit toujours en mal-entendu.
Changer les opinions des masses
L’enjeu n’est pas de convaincre les élites. Elles sont déjà convaincues, de tous bords. Ce sont les opinions des masses qu’il faut changer, et la marge de manoeuvre est faible. Il y a une relation inverse entre l’audience et la richesse du message. Plus on va vers une communication de masse, plus le message est pauvre. D’ailleurs, je ne sais plus quel philosophe disait : “l’opinion, c’est ce qu’on pense quand on ne pense pas”.
Si on va au bout du raisonnement, les médias ont un rôle essentiel à jouer dans le maintien de la paix dans le monde. La qualité de la communication de masse, le réglage fin des mots et de l’émotion, la justesse de la traduction, la stratégie média affûtée, comprenant aussi bien les médias de masse que les réseaux, sont des exigences fortes pour les métiers de la communication. Publicitaires comme journalistes. Hommes publics comme auteurs.
A ce propos, Nietzsche a écrit un texte étonnant sur l’art du “bien écrire” (dans “Humain, trop humain”). Il pensait que si les peuples d’Europe n’arrivaient pas à communiquer entre eux, si les textes n’étaient pas traduits avec soin, alors l’Europe sombrerait dans le chaos. Il a eu tristement raison.
Le rôle de la politique internationale est de sauver la vie d’Abdul Rahman, pas de changer les lois des pays voisins. Quitte à prendre des vessies pour des lanternes. Le rôle de la communication et du dialogue est de faire en sorte que les afghans acceptent de voir qu’il n’est pas “anormal”, et permette donc de changer les lois.
Télécharger le texte de Nietzsche
Télécharger un petit texte que j’ai écrit sur “acculturation et média de masse”
Télécharger un poème de Léo Ferré : “il n’y a plus rien” (a noter quelques vers sur la vitesse, et sur la récupération des révolutions)
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