
La brasserie Schutzenberger est morte, liquidée. Nous avons été approchés, en septembre 2005, pour amorcer une communication de crise de la brasserie Schutzenberger. Nous avons très vite renoncé.
Nous savions depuis longtemps, comme tout le monde, que la brasserie avait des difficultés, et pourquoi. Je suis Alsacien. J'ai habité, enfant, dans le quartier de la brasserie. Plus tard, étudiant, j'en ai bu des "Schutzenberger", et encore aujourd'hui, cette bière a (avait...) un goût d'exception. J'avais envie de faire quelque chose.
Schutzenberger : la pression du mépris
Mais nous nous sommes heurtés à un mur de mépris de la part de nos interlocuteurs. Nous n'avons rien pu faire pour sauver ce qui pouvait l'être. Et il y en avait, des choses à faire. Mais que faire contre le mépris ? Mépris pour les salariés. Mépris pour les autres actionnaires. Mépris pour les distributeurs. Mépris pour les clients. Mépris pour tous ceux qui ne pensaient pas comme eux. Je ne pensais pas que 17 ans après le "zéro mépris" d'Hervé Sérieyx, on puisse encore trouver un tel niveau d'autisme managérial.
J'ai fini par le dire, début décembre 2005, las. Je ne crois pas avoir été compris, même pas entendu.
C'est dans la crise qu'on voit le patron
Heureusement pour les entreprises, heureusement pour la société, il y a des dénouements moins tragiques. Des crises, nous en avons connues. J'ai une profonde admiration pour ces patrons qui assument, qui prennent leur responsabilité et prennent la parole pour dire leur part de vérité. En les accompagnant dans leur prise de parole, nous ne faisons que les révéler.
Au même moment où nous abordions le cas de Schutzenberger, nous travaillions sur une autre crise qui se dénouait quelque part en France. Dans un des derniers articles parus dans la presse, un délégué syndical CGT dit au patron : « Vous au moins, vous croyez aux gens ». Et moi, je suis fier d'avoir travaillé avec ce patron qui croit aux gens.
Croire aux gens, c'est tout ce qu'il aurait suffi de faire pour sauver Schutzenberger.


