
Le développement durable est un contre-sens. L'origine de l'expression vient de l'américain "sustainable development". La traduction littérale serait "développement soutenable".
Le philosophe contemporain Jean-Pierre Dupuy explique le paradoxe. Nous vivons dans un monde fini. Donc le développement ne peut pas durer. Le terme "soutenable" contient une idée plus intéressante. Le dictionnaire nous en donne deux définitions. D'une part, est soutenable ce qui peut être supporté, enduré. D'autre part, est soutenable ce qui peut se maintenir en équilibre pour de bonnes raisons.
Le développement soutenable serait un développement que la Terre, quoique maltraitée, pourrait supporter à la rigueur. Il serait aussi un développement raisonné. La nouvelle génération d'agriculteurs parle d'ailleurs d'"agriculture raisonnée". Elle se situe entre les extrêmes de l'agriculture industrielle et biologique.
Raisonné suppose une prise de conscience de ses limites, une réflexion et une volonté. Le développement raisonné peut, par exemple, accepter qu'il a une fin. Ce que le développement durable ne peut pas, puisqu'il doit durer.
Paradoxes et contre-paradoxes de la langue française
Le français produit ainsi des concepts paradoxaux. C'est un des charmes de cette langue. Du coup, pour contrer ses excès, elle fabrique des contre-paradoxes. Ainsi est inventé le concept de "décroissance durable". Cette réflexion, nommée à l'origine "décroissance soutenable" par un groupe d'économistes de la région lyonnaise, posait que pour permettre une décroissance durable de la production des biens, il fallait favoriser la croissance des services.
"soutenable" raisonné, "durable" romantique
J'ai remarqué que les auteurs du concept maintenaient le terme "soutenable. Et souvent le terme "décroissance durable" était associé à une vision plus idéologique. De la même manière que le développement durable, la décroissance durable n'a pas de sens. La décroissance durable est peut-être une idéologie insoutenable. Mais la décroissance soutenable en tant que pensée économique est toujours vivace et c'est tant mieux.
Il est aussi intéressant de revenir à la genèse du "concept" de développement ! C'est ce qu'a fait Gilbert Rist dans son ouvrage "Le développement - Histoire d'une croyance occidentale.
(Presse Universitaire
Sur la généalogie de la chose, cf. le texte de Rist sur l'excellent site de Philippe Coutant :
http://1libertaire.free.fr/SLatouche17.html
Rédigé par : Jean-Pierre Prud'homme | 26 mai 2006 à 14:25
"durable" n'est pas à prendre au terme de "figé" mais plutôt dans le sens d'un développement économique assez raisonné pour être souple, de bon sens et dans le non gâchis ou " cash burning" et ultra précarité qui sème plus de problème qu'il n'en résout.
Curieux, ce sujet revient comme un serpent de mer en France alors que ce débat est "résolu" depuis le début des années 2000 dans les sphères anglo-saxonnes ;)
Rédigé par : sophie januel | 28 mai 2006 à 17:45
En effet, Sophie. C'est inscrit dans les mots, puisque le terme "sustainable" n'a pas varié depuis plus de 30 ans...
Rédigé par : Philippe Schoen | 28 mai 2006 à 18:01