Hier, je propose à ma femme d'aller un cinéma. Elle souhaite voir Vol 93, je trouvais que c'était une bonne idée, j'avais le sentiment que ce serait un bon film. Ce n'est pas un bon film. Ce n'est pas un film, c'est un Objet Filmé Non Identifié. Je n'ai jamais rien ressenti de pareil.
Ce n'est pas le sujet de cette note, je voudrais parler d'autre chose. Mais rapidement : formellement, ca se rapproche de Cassavetes dans le travail de la caméra, et le jeu de certains acteurs, mais aussi du Blair Witch Project, dans la tension permanente, un documentaire fiction qui n'est pas un documentaire et pas une fiction, et autre chose, de totalement neuf que j'ai du mal à vous décrire. Allez le voir, simplement.
Tout le monde peut se tromper, mais quand même
Avant la projection, j'ai vu la bande annonce de WTC, le film d'Oliver Stone qui sortira bientôt. Dans la bande annonce, quelque chose ne va pas. C'est le premier slogan, vers la fin de la bande annonce :
"The world saw the evil that day"
Mince. Mais alors Hittler et la "première guerre mondiale", c'était quoi ? Les dizaines de milliers d'enfants morts irradiés par les obus à uranium appauvri lors de la "première guerre du Golfe", c'était quoi ? Les massacrés du Rwanda, c'était quoi ? On ne pourrait même pas écrire "The USA saw the evil that day", puisque sinon, le massacre des indiens d'amérique, c'était quoi ? L'esclavage des africains, c'était quoi ?
Je vous laisse comparer les deux bande-annonces :
Voilà. Une phrase mal placée, peut-être une critique de ma part mal placée, je ne sais pas. Vol 93, film beaucoup moins ambitieux, beaucoup moins médiatisé, me semble beaucoup plus juste :
Dans un avion, des gens s'affrontent, ils ont tous peur, ils ne savent pas exactement pourquoi ils sont dans cette situation là, ils doutent tous, victimes comme bourreaux (les terroristes ne sont jamais jugés) les passagers deviennent des héros comme on ne les a jamais filmé, mais comme, probablement, ont été de tout temps tous les héros : des gens comme vous et moi, qui crèvent de trouille, et qui se battent parce que c'est le seul choix qu'impose les événements, qu'imposent les tripes. Hors de l'avion, un chaos et l'impuissance.
Simplement les conséquences morbides de la réalité, d'une construction sociale de la réalité absurde.
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