Une oeuvre a du sens par son actualité. Les deux derniers films allemands que je suis allé voir, "la chute" et "la vie des autres" montrent l'envers de notre monde.
Ce que ces films nous apprennent, ici et maintenant
"La chute" nous dit que Hitler était un homme avec ses émotions et ses gentillesses. Aujourd'hui, il dit que le visage affable de tout chef d'Etat n'est pas une caution suffisante pour espérer que les circonstances ne feront pas de lui un criminel de l'Humanité. Dans un monde démocratique, où les élections se jouent à la bonne tête du candidat (plus de 90% de ce qu'un public retient d'un discours ne concerne pas le contenu), c'est d'une actualité brûlante.
"La vie des autres" nous dit qu'un honnête et froid petit exécutant de la Stasi pouvait sauver un artiste dissident. Aujourd'hui, il dit que n'importe qui peut contribuer à casser un système incohérent en étant cohérent avec lui-même. Dans un monde où la liberté conduit à étouffer l'avenir de nos enfants (il n'est pas question d'interdire au consommateur d'acheter un 4 x 4 ou de prendre l'avion), ce n'est pas du luxe.
Se satisfaire du passé de l'autre pour ne pas questionner son présent
Je reprocherai à ces films le piège du premier degré : il est facile de ne pas voir leur sens actuel, de se cacher derrière le passé, tellement il est convenable, confortable, de s'offusquer de ce que les Allemands cherchent une "réconciliation nationale" à bon compte.
C'est, hélas, mal connaître l'Allemagne, sa culture et le profond travail de mémoire et de réflexion de l'Allemagne contemporaine. Mais bon, on ne peut pas demander aux Français de comprendre des autres ce qu'ils n'ont pas encore été capables de comprendre pour eux-mêmes.
C'est peut-être parce que nous n'avons pas été assez nombreux, assez majoritaires, à avoir vécu, ressenti dans notre chair, dans nos larmes, assumé puis inscrit dans notre culture, que nos parents ont accepté en eux Hitler, Staline, Pétain, Le Pen en Algérie, Mitterrand en Irak (et son grandiloquent "les armes vont parler" qui a provoqué entre autres la mort de 100.000 enfants irradiés par l'uranium appauvri des obus du char Leclerc), parce que nous ne pouvons pas encore admettre que cela a été, que nous continuons à voir une élection présidentielle comme un match de boxe ou de tennis, à deux seulement, il ne peut y en avoir que deux, la dualité c'est tellement plus facile à lire, match à l'issue duquel il n'y aura qu'un gagnant, le meilleur, le plus brillant, le plus clinquant, prometteur, bien sûr, et que nous ne comprenons pas que l'Allemagne soit aujourd'hui dirigée efficacement et sans gloire par une équipe où chacun a laissé son Parti respectif au vestiaire, présidée par une femme volontaire, responsable et humble.
Communication, réalité et liberté
Je crois que la réalité est une construction, que nous élaborons avec notre langage et en interaction avec les autres. Il y a beaucoup à apprendre à faire le tour du propriétaire.
Notre liberté est d'abord une liberté de parole, ici et maintenant, parce que ce sont les circonstances qui font (éventuellement) les héros, et pas l'inverse.

