Peut-on faire changer un comportement si on ne donne aucun espoir d'en montrer les effets ? L'indicateur de résultat est la pierre angulaire de toute communication efficace.
Or en matière environnentale, on en est pratiquement privé : les effets de l'augmentation des gaz a effet de serre vont se produire à l'échelle d'une génération, et l'effet des actions qui visent à limiter, stopper ou réduire la concentration de ces gaz dans l'atmosphère se produiront à l'échelle du siècle.
Difficile, dans ces conditions, de convaincre une masse de remettre en cause toute une vie d'habitudes. Les "masses", pour reprendre ce terme ancien qu'on a un peu oublié, sont pour l'essentiel, sensibles au spectaculaire, à ce qui est donné à voir :
- les marées noires et "catastrophes" industrielles, dérisoires par rapport à la pollution quotidienne des villes et de l'agriculture françaises,
- les tempêtes ou canicules, épiphénomènes, certes allégoriques de ce que nos enfants vivront plus régulièrement, mais dont la corrélation avec le réchauffement climatique n'est pas (encore) significative,
- les famines, très souvent orchestrées, m'a un jour expliqué un conseiller du Ministère de la Défense, par des bandes mafieuses pour détourner à leur profit les aides humanitaires,
- etc…
Une des premières actions que les entreprises ont mené à bien a été le tri des déchets. Le grand intérêt de cette action : ça se voit, ça se mesure sur le lieu de travail, ici et maintenant. Pour le reste :
- les prévisions sur l'état de notre environnement à l'échéance de la fin du siècle, même venant de scientifiques ou d'économistes (l'institution), ont peu d'effet sur les comportements. Un film, aussi spectaculaire et bien ficelé soit-elle comme "une vérité qui dérange", ne dérange pas plus longtemps que sa programmation dans les salles,
- l'activisme environnemental se fonde sur une croyance, voire une foi, avec ses travers (excès, intolérances, prophéties) : au mieux il se tire dans le pied, au pire il brouille et décrédibilise le message,
Quel autre indicateur que le PIB ?
La question n'est plus de convaincre les convaincus, ni même de leur donner les arguments pour convaincre les autres. Il y a un mur épais d'incompréhension, un autisme de la masse face à l'urgence d'agir et de changer. La masse, dont nous faisons bien entendu partie, a besoin de points de repères.
Un des axes de travail essentiel est l'indicateur : quelle mesure, pertinente, compréhensible, accessible et partagée par la majorité permet de motiver et guider l'action de chacun vers le développement durable ?
Il ne s'agit rien de moins que remplacer ou compléter le PIB ou en modifier son contenu. Un passionnant chantier entrepris par des nombreux chercheurs, institutions et associations depuis fort longtemps.
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