Je ne savais pas : il parait que l'expression "Grenelle de quelque chose" signifie depuis mai 68 "toute grande conférence entre l'Etat et la partenaires sociaux".
L'expression tire vers le passé : passé de mai 1968 (les accords de Grenelle). Passé du bâtiment lui-même, construit avant la Révolution Française, occupé par un noble (décapité depuis), et empereurs avant d'être affecté au ministère du travail en 1905
Mais les sujets doivent parler d'avenir. Je me demande comment l'esprit peut sortir du cadre et imaginer un devenir autre, dans un cadre aussi chargé d'histoire.
Même si l'actuel Grenelle de l'Environnement se déploie dans toute la France, et même dans ce non-lieu qu'est son portail vidéo internet (une "atopie", à défaut d'être une utopie) les mots restent ancrés dans nos esprits.
Cela illustre le phénomène connu de la volonté de non-changement par ceux-là même qui disent désirer le changement :
- changeons, et commençons par nous réunir dans ce lieu si rassurant, ce passé que nous regrettons toujours,
- changeons aussi, et commençons par jeter un voile sur ce que nous voulons changer en l'affublant d'un terme bavard et institutionnel : grenelle social, grenelle de l'environnement, grenelle de l'insertion (heureux pauvres, vous aussi, vous aurez votre Grenelle)...
J'avais déjà perçu dans l'expression "changement" un fond d'immobilisme. Grenelle, c'est un peu la même chose : une forme de politesse, de rituel de la démarche de changement, sans doute indispensable dans une communauté humaine.
La danse du changement, c'est toujours un pas en arrière, un pas de travers et éventuellement un ou deux pas en avant. Maintenant, on en connaît la musique : un petit son de cloches qui fait "grenelle grenelle grenelle".
Mieux vaut greneller que grommeler. L'important est de ne pas confondre le protocole et l'objectif.
Bonjour Philippe,
Tes notes sont toujours pertinentes, pleines d'esprit, et capables de nous faire voir le dessous des choses...
Et si le vrai changement, en profondeur, dépendait aussi de notre capacité à envisager des à-prioris positifs ? (tu sais, l'avocat de l'ange...)
Qu'il s'agisse du Grenelle ou d'autres sujets, nous partageons tous deux la conviction que les propositions ne sont pas à la heuteur des enjeux, mais si on commençait à militer positivement en nous disant "et pourquoi ne sortiraient pas de ce grenelle des actions vraiment différentes, magré le cadre convenu et chargé de symboles du passé?"
"Quand on croit au meilleur, on y contribue..." non ?
Amicalement,
Rédigé par : Jacques | 14 octobre 2007 à 22:33
Tu as sans doute raison. Je ne pense pas autrement. Je crois que se relier au passé pour construire le futur est un processus sain, pour ne pas dire le seul qui puisse faire évoluer une société. Et c'est encore mieux si on n'est pas dupe.
Ce matin, sur France Inter, deux titres :
1. Livraison du premier Airbus A380, le plus gros avion du monde ouvre des possibilités de pollution inédites.
2. Synthèse du Grenelle de l'environnement, qui va sans doute permettre la promulgation d'une ou deux lois.
Rédigé par : Philippe Schoen | 15 octobre 2007 à 07:23