Pour la Saint-Valentin, ma chérie m'a offert un Ipod Touch. Wow. J'ai passé quelques heures à découvrir cet objet pratique et sensuel à la fois. Je n'ai jamais écouté autant de musique, écouté autant de podcasts de France Culture et vu autant de vidéo sur YouTube. Ce petit appareil est un concentré de génie, tant dans les usages qu'il a imposés que dans l'habileté à avoir détecté les pépites de talent dans les laboratoires, les marges de secteurs d'activité si différents que sont l'informatique, les médias, l'édition...
Je me demande pourquoi la France d'Airbus et du TGV n'est pas capable de produire de tels concepts. Et je me dis que l'Airbus et le TGV ne sont que des objets améliorés. Un meilleur avion, un meilleur train. Et encore... Boeing se réveille, les avions alternatifs non polluants émergent en Californie, et pour qui a pris le nouveau Shinkansen, le TGV fait figure de vieille motrice à vapeur.
Ce qui m'inquiète, c'est l'état d'esprit français qui a, somme toute, assez peu bougé en un quart de siècle. Une sorte de narcissisme pathologique national. Nous avons raison, puisque nous sommes la raison et la raison a raison de tout. Sauf que c'est faux.
Nous avons un esprit ordonné, nous classifions les objets comme personne. Par exemple, nous classons les innovations. Toute les aides à l'innovation sont fondées sur le produit. Mais l'objet du classement n'est pas pertinent : l'innovation n'est pas un produit mais un processus. C'est l'innovateur qu'il faut accompagner, pas le produit. Avec une hypothèse de départ fausse, on arrive à une conclusion fausse.
La plupart des personnes que je rencontre ne parviennent simplement pas à admettre que le talent et la culture sont ailleurs, aux Amériques, en Asie, ailleurs en Europe et bientôt en Europe centrale. Mais plus en France. Il est impossible de parler de ce qui se passe à l'étranger sans qu'on me dise "Oui mais, nous, nous avons ceci... Oui, mais nous nous faisons cela..." La France est encore un assez bon atelier et un gîte rural agréable pour les vacances. Est-ce que cela suffit pour s'élever ?
Nous ne sommes plus le centre du monde depuis très longtemps, et nous pensons comme si c'était le cas. Nous ne sommes pas l'empire du Milieu, nous sommes l'empire des regrets éternels. Un territoire que se place au centre du monde perd. Combien de temps nous faudra-t-il pour que nous mettions le monde au centre de notre territoire ?
Alors celle-là, je pouvais pas la rater ;-)
Fan absolu de mac depuis 1985 j'ai hélas vite fait une croix sur l'iPhone... Je ne vais pas faire ici la liste de ses insuffisances - elles sont nombreuses et d'autres s'en chargent très bien - mais revenir sur celles qui me concernent de près, et donc la non-innovation qu'il représente. Il n'est, comme le TGV et Airbus, que le développement d'un concept largement développé par ailleurs par d'autres fabricants qui n'ont pas la chance de recueillir - comme Apple sait si bien le faire - bienveillance et indulgence à la sortie de chaque nouveau produit... voire même avant la sortie.
Qu'iPhone ou l'iPod Touch soit une réussite innovante, c'est aller un peu vite : les options technologiques retenues par Apple sont largement en deçà des exigences utilisateurs d'aujourd'hui. Certaines même (blocage du viewport par exemple) totalement contre-productives en terme d'interopérabilité des contenus web, nécessitant un javascript et un media-query dédiés pour pouvoir permettre des gestion différenciées d'affichage et restitution en l'absence d'implémentation de feuille Css handheld.
Alors au moment où même MS se met aux standards (avec IE8) voilà qu'Apple décide de s'en écarter... à peine en a-t'on fini avec les scripts dédiés IE qu'on doit maintenant se mettre à en développer pour iPhone... On va où, là ?
Un organisme international, le W3C, est en charge de la normalisation de l'internet, produit des outils, langages, normes et recommandations censés rendre les contenus indépendants des supports et Apple, pour des raisons encore à comprendre, se permet à la fois d'ignorer les specs CSS handheld précisément conçues pour les mobiles, préférant mettre en avant son navigateur en version dégradée, et le concept de fenêtrage, supplanté par un viewport porté à 940px (on se demande pourquoi, avec son écran de mobile ?).
Résultat des courses : tout site web conçu avant l'iPhone pour être utilisable en format mobile (optimisation écran 320x240) doit être désormais réimplémenté d'une ligne de code JS + un media-query spécifique supplémentaire.
Deux solutions pour les développeurs :
- ignorer iPhone et ses utilisateurs qui n'auront qu'à se débrouiller avec ce qu'ils ont,
- reprendre chaque site manuellement un par un.
Au moment où on se bat pour la pérennité des contenus et l'industrialisation des process,
dans les deux cas c'est un pas en arrière. C'est dommage.
Suite au Barcamp5 d'hier je continue à poser la question de la pertinence d'une innovation menée pour elle-même (produit marketé) indépendamment des grands enjeux concernant les contenus, les outils et les utilisateurs.
Pour les développeurs, un petit hack "home made" en attendant des solutions plus stables et plus robustes :
1/ créer une balise meta name="viewport" avec comme content "width=450" pour débloquer le paramétrage par défaut d'Apple
2/ créer un commentaire conditionnel sur base !--[if !IE] appelant la Css handheld du site/document, avec comme media "only screen and (max-device-width:450px)", ce qui permet de d'implémenter la feuille handheld non-native sur l'iPhone
3/ dans le JS, interagir sur l'objet concerné par une condition if(viewport>450) {...}
Avec ça l'engin devrait se comporter de façon relativement standard.
AB
Rédigé par: Alain Brégy | 02 mars 2008 à 16:50
Mais... Alain... qu'est-ce que tu fiches sur mon blog ? On n'avait pas dit que tu contribuerais ex-clu-si-ve-ment sur http://www.barcampalsace.org ??
Mais nooon.... je blague. Merci pour ton commentaire. J'espère juste qu'il est accessible pour mes modestes lecteurs.
Rédigé par: Philippe Schoen | 02 mars 2008 à 16:56
Oui, tu peux effectivement supprimer ce post, ça n'a pas d'importance, c'était juste pour tempérer le postulat iPhone=innovation :-)
Rédigé par: Alain Brégy | 03 mars 2008 à 10:14
Ah non, je ne le supprime pas. 1) parce qu'il est intéressant et participe au début (même si je pense que c'est un peu hors sujet) 2) parce que ça ne se fait pas
Rédigé par: Philippe Schoen | 03 mars 2008 à 10:19
Pour apporter ma pierre au schmilblick...
Je ne suis pas loin s'en faut un fan du mac, j'ai encore en travers de la gorge le déploiement d'une trentaine de poste + serveur Mac à l'époque du système 7 en travers de la gorge.
Depuis je suis le premier à reconnaitre qu'ils ont fait de *GROS* progrès aussi bien au niveau du hard que du soft. A ce titre l'iPhone est un très bel objet qui fait frissoner ma colonne vertébrale de geek (même si on passe notre temps à vanner Yann sur son Parisianisme depuis qu'il a un iPhone.) Ma première interrogation fut "mais bordel pourquoi on a attendu aussi longtemps pour avoir une interface belle, intuitive et réactive comme ça, ça roupille sec chez Nokia et consort".
Maintenant j'hésite vraiment à m'en acheter un, pas pour les mêmes raison qu'Alain vu que je pense que l'axe de communication de Apple n'est pas de dire "nous sommes un viewer internet mobile de plus" mais "nous sommes un viewer internet à part entière qui tient dans la poche". C'est en substance ce que dit la pub.
Non ce qui me hérisse le poil, c'est que récemment leur SDK est sorti et il confirme l'orientation extrêmement fermé de la plateforme. En gros bienheureux les développeurs d'application sur iPhone qui pourront se voir retirer leur droit d'exister du jour au lendemain. En clair un beau jardin entouré de barbelés.
Je trouve d'ailleurs fascinant que le rôle du méchant est toujours tenu par Microsoft alors qu'à côté on a un Apple avec les mêmes tactiques qui est super populaire... go figure.
Sinon pour revenir au sujet réel de l'article au delà de l'iPhone. Bon je vais pas te dire ce qu'il y a de bien en France sinon je vais passer pour un odieux réactionnaire. Je pense que comme le disait un mec qui était passé par tes bureaux que nous sommes malades de nos élites. Les écoles type polytechniques normalisent les cerveaux brillant qui y entre avec les résultats que l'on sait. Mais je pense que les nouvelles technologies, où l'on peut bricoler des trucs sans avoir besoin des fonds qui ont servis à lancer l'airbus, sont un formidable terrain d'expérimentation où on trouve des "français" avec de bonnes idées qui arrivent à faire des trucs.
Peut être suis je à la marge mais dans mon environnement proche j'ai plutôt des gens qui pensent qu'il faudrait se bouger pour apporter notre lot de trucs neufs parce qu'on a vu ça à l'étranger et ça a l'air kiewl.
Enfin on pourra en discuter à l'occasion.
Rédigé par: Stéphane Becker | 08 mars 2008 à 00:34
Ce post est vraiment le plus intéressant de tout mon blog, non par ce que j'ai écrit, mais par vos commentaires, Alain et Stéphane.
(sinon, je maintiens que le post le plus intéressant que je n'ai jamais écrit est ici : http://tenirparole.blog.latitude.fr/tenir_parole/2006/04/abdul_rahman_da.html mais personne ne l'a jamais lu, apparemment)
Qu'est ce qui est bon et utile dans vos commentaires ?
@ alain, tu parles constamment de la norme : l'innovation casse les normes pour imposer la sienne jusqu'à devenir une norme qu'une nouvelle innovation va casser.
Dans cette perspective, la vitesse et l'ampleur de la diffusion de l'innovation devient un indicateur pertinent : ça veut dire que si une invention ne respecte pas la norme et s'impose auprès des utilisateurs c'est ce produit qui est l'innovation.
J'évite à dessein le mot "marché", mais c'est une partie de l'idée. L'autre partie de l'idée du mot "utilisateur" c'est "l'usage" et non "l'usabilité". Je ne sais pas si je me fais bien comprendre.
@ stéphane : personne n'a attendu, il a fallu qu'il y en ait un qui ait le courage de prendre le risque, c'est tout. Après ça, Steve Jobs et consorts sont aujourd'hui des "institutions", mais, comme Google, ce sont des institutions qui bousculent plus que d'autres les règles du jeu.
"Normalement", l'innovateur ne le reste jamais longtemps : une fois qu'il a atteint son statut de "normal" ou "d'institutionnel" il n'a plus intérêt à innover. Pourquoi Google, Apple et jusqu'il y a peu de temps Ikea (mais pour eux, pour l'instant, c'est terminé) continuent à bousculer les marchés et prendre de très gros risques, alors qu'ils sont reconnus et richissimes ? Pour être encore plus reconnus ? Encore plus riche ? Encore plus marginaux ? Ou est-ce simplement une psychopathologie ? Ou encore un emballement systémique ?
Moi je pense que c'est un nouveau capitalisme. On connaissait le capitalisme anglo-saxon, court-termiste, le capitalisme japonais ou rhénan, visionnaire, eh bien le capitalisme2.0 est un mix de tout ça, et s'appuie d'ailleurs sur la collaboration à un niveau mondial.
Et pour en terminer avec les franchouillards, le jour où on prendra conscience que le monde se fait dans le monde et pas en France, que ceux qui ont raison, ce sont ceux qui font, plus que ceux qui pensent, le franchouillard trouvera sa place dans le monde : le développement durable se fait en Chine et en Roumanie, les produits de demain se font aux Etats-Unis, les produits d'après demain se font déjà en Amérique du Sud et en Chine.
Il nous reste toujours les gîtes ruraux.
Rédigé par: Philippe Schoen | 08 mars 2008 à 08:47
@Philippe
"l'innovation casse les normes pour imposer la sienne jusqu'à devenir une norme qu'une nouvelle innovation va casser."
Oui mais non :-) la question de la norme ne se pose pas ici en terme de frein qui viendrait brider une démarche innovante, c'est là une vision un peu trop romantique à mon goût. L'explosion des contenus numériques et celle des outils en charge de les afficher - en gros ce qui dessine notre futur technologique proche - nécessite une ouverture à la fois des langages, des outils et des esprits, mais cette ouverture ne peut s'appuyer que sur un socle commun à partir duquel **échanger** (le mot-clé : échanger des contenus, échanger des savoirs, échanger des informations, échanger des univers potentiels, échanger des expériences utilisateurs, échanger des productions, des rêves ou des réalités même virtuelles, etc.) Or de quel socle disposons-nous aujourd'hui ? Quelle langue pouvons-nous parler pour nous comprendre ? Sur quel background commun minimal contraindre nos outils à communiquer intelligemment entre eux ?
Posée autrement, la question est celle de la mondialisation : tant que chacun développait son univers dans son petit coin du monde tout allait pour le mieux. Aujourd'hui cela ne marche plus, comme tu le fais remarquer. Aujourd'hui les technologies qui ne jouent pas le jeu de l'ouverture aux autres et qui, pour ce faire, ne tiennent pas compte du background normatif à partir duquel les échanges sont potentiellement les plus ouverts se trompent de siècle. Même M$ s'en rend compte, c'est dire...
@Stéphane
"nous sommes un viewer internet à part entière qui tient dans la poche"
Un appareil pour afficher des contenus internet sans en exploiter les possibilités et potentialités (pour aller vite : convergence des contenus, mutabilité, ouverture à l'interopérabilité, etc.) mérite-t'il le nom encore de viewer ? ;-)
Pour le SDK je te renvoie à http://www.techcrunch.com/2008/03/07/iphone-sdk-some-of-the-details-arent-great/ et à http://techdirt.com/articles/20080306/213410471.shtml, que tu dois déjà connaitre je suppose.
Rédigé par: Alain Brégy | 09 mars 2008 à 23:46
Sur mon blog, je viens de faire un billet suite à mon passage aux portes ouvertes de l'IUT d'Illkirch concernant la mondialisation et la vision des gens de cette mondialisation. Je me suis rendu compte que peut être je suis dans un environnement qui ne me laisse pas vraiment voir la peur des gens face à ce monde en mouvement.
En tout cas je ne suis pas prêt de l'acheter ce gîte rurale !
Rédigé par: Stéphane Becker | 10 mars 2008 à 23:41