Lundi dernier, à l’occasion de la semaine du Développement Durable, nous avons fait le point sur notre programme d’amélioration de l'impact environnemental de l'agence.
Le groupe de travail d’Eco Conseil qui nous accompagne, en a profité pour présenter à toute mon équipe les enjeux de la lutte contre le réchauffement climatique. Il reprenait en substance ce que je découvrais en septembre 2006 (voir ma note et suivantes)
100 millions de morts ? Et moi et moi, émoi…
Il y a quelque chose qui m’étonne. Plus de 3.000 scientifiques du GIEC affirment que si nos comportements actuels ne changent pas radicalement, les conséquences seront catastrophiques dans le siècle. Catastrophique, cela veut dire des centaines de millions de morts.
Et pourtant, je suis estomaqué par l’apathie de mes collaborateurs, une sorte d’incrédulité, comme d'ailleurs de toutes les personnes de mon entourage.
Mes collaborateurs respectent mon engagement et cherchent à comprendre. Mais plus d'une personne que je rencontre se moque de moi en public parce que je n'ai pas de voiture. Comme si j'étais un débile, un rêveur. 3.000 scientifiques ne disent pas la vérité socialement acceptable. Qui est débile ? Qui rêve ?
Autour de moi, je ne peux remarquer aucun changement de comportement, rien, on continue comme si de rien n’était à utiliser sa voiture, à pousser le chauffage, à laisser les lumières allumées.
Une société atteinte d’Alzheimer ne tarde pas à mourir
Comment se fait-il que, lorsque j’ai pris conscience de ce qui nous attendait, j’ai immédiatement réagi et changé mes comportements, et que la grande majorité des personnes autour de moi, y compris les jeunes, les premiers concernés, ne font rien ?
J’ai pensé à ceci : chaque époque produit sa catastrophe. La dernière en date, qui est gravée dans ma mémoire est l’idéologie totalitariste du XXe siècle, et en particulier le nazisme qui a tué des dizaines de millions de personnes.
Je garde en moi ce que mes parents m’en ont dit. En particulier, leurs efforts pour nous expliquer, à nous, enfants «qu'on ne savait pas».
J’ai mis en relation ce que l’école m’a appris sur le nazisme, comparé avec ce dont mes parents pouvaient témoigner, et j’ai été horrifié.
Ce qui me fait changer de comportement, c’est le rapport que j’ai à mes enfants : je ne me résoudrai pas à leur dire «on ne savait pas».
J’ai eu la chance d’avoir entendu, touché des gens qui ont vécu le nazisme. J’ai eu la chance d’avoir très jeune, une éducation solide qui nous faisait analyser ce qui se jouait.
Que dire aujourd’hui de la mémoire vivante, après plus de deux générations de paix ? Et que dire aujourd’hui de la culture et de l’éducation ? Trop de divertissement, pas assez de culture.
La mécanique confortable de la tête dans le sable
Aujourd’hui, je pense que la majorité de ma génération et de la génération suivante se prépare à dire à ses enfants : «on ne savait pas».
Le dictateur, de Charlie Chaplin est sorti en 1940, et on a dit : "on ne savait pas». « Une vérité qui dérange » est sorti en 2006, et on dira qu'«on ne savait pas» (avec la variante : «on pensait que le progrès technique allait trouver une solution»).
Jean-Noël Kapferer, dans son livre (épuisé depuis longtemps) « les chemins de la persuasion » expliquait que les premières publicités télévisées contre l’alcoolisme au volant montraient des accidents de la route particulièrement horribles. Résultat : les téléspectateurs occultaient les images et le message. Parce que c’était trop horrible.
C'est peut-être ça qui fait que personne ne veut entendre, que la majorité est paralysée. Essayez de concevoir 10 millions de morts. Essayez de concevoir 100 millions de morts. Essayez de vous regarder dans le miroir et de vous dire que vous agissez comme 10 Adolf Hitler.
Vous oubliez, parce que c'est insupportable. A moins d’être un malade. Pourtant, il faudra bien vous mettre en route, il faudra bien changer radicalement votre vision du monde, il faudra bien arrêter de rêver et redescendre sur cette bonne vieille terre.
Bref, il faudra plus qu'un apéro pour forger des consciences. Il faudra des témoins, des exemples et du courage.