A force de rencontrer des clients, des partenaires et de voir travailler mes collaborateurs, j'ai fini par simplifier la pyramide de Maslow. Voici ce que ça donne :
J'ai toujours tendance à simplifier les choses. Parfois on me reproche d'être caricatural. C'est difficile d'expliquer qu'il ne s'agit que d'un chemin pour appréhender la complexité, et qu'au même titre que la caricature, il vaut mieux ne pas trop me prendre au sérieux.
Cette simplification me semble intéressante parce qu'elle m'apporte quelques interprétations utiles à mon métier. Je vous les livre dans ce tableau :
Evidemment, c'est très synthétique. C'est bien utile, à mon avis pour démarrer la conception de tout message de communication : dans notre société, le moteur principal de l'action est la satisfaction de l'égo.
- Le modèle n'est pas manichéen : nous nous comportons probablement dans les trois registres (j'ai faim, j'ai besoin de reconnaissance, j'ai mon truc à moi qui me fait plaisir). Il y a simplement des modèles de société ou de bêtes réalités physiques qui nous incitent à être plutôt l'un des trois.
- Un bien peut être appréhendé sous l'angle des trois besoins : j'ai besoin d'une voiture pour gagner ma croûte et nourrir ma famille (c'est souvent celle, dans les sociétés dites riches, que le fils du voisin va brûler, cqfd) - j'ai besoin d'une voiture pour épater mon voisin, mon ami, mon collègue (celle que le fils du voisin ne brûlera pas, respect, quoi, merde) - j'ai besoin d'une voiture s'il n'y a pas d'autre solution alternative.
- Notre modèle de société capitaliste (primat de l'économie de marché) et rationaliste (besoin de calculer pour se rassurer sur l'avenir) n'est possible que dans des sociétés pauvres ou fondées sur la lutte pour la domination de son égo : les deux produisent des flux prévisibles de consommation de biens et de services.
- Une société fondée sur la lutte pour la domination de son égo (pays dits riches, et modèle pour les pays en développement comme la Chine) est suicidaire parce qu'elle fait primer la réalité sociale sur la réalité physique (finalement, le capitalisme ne serait-il utile que pour une certaine société pauvre ? Voir à ce sujet le livre de Muhammad Yunus "Vers un nouveau capitalisme").
- Il n'existe pas de modèle de rechange pour l'instant. Les "nouveaux consommateurs" (dont se revendiquerait sans peine Adam Smith, le moraliste écossais et premier fondateur de la théorie du capitalisme) sont plutôt inquiétants : ils sont les seuls à savoir ce qu'ils veulent ici et maintenant, ils se foutent des marques et ils consomment peu, ils n'ont pas (encore) d'idéologie de référence. A propos du détournement des usages des produits, lire ce petit billet de l'Oeil du Xeul.
Un expert en géopolitique m'a expliqué un jour que nous étions entre deux ordres mondiaux et que l'Histoire montre qu'il n'y a jamais plus d'un demi-siècle entre deux ordres. Le dernier ordre mondial s'est effondré en 1989 (il nous reste une petite génération, wow : quel boulot pour mes enfants). Je pense aussi qu'il n'y a pas d'ordre mondial sans idéologies. Le prochain ordre pourra difficilement être fondé sur la société du gâchis. Alors ?
Voilà. J'ai essayé de faire court et c'est déjà très long...
Bonjour Philippe,
Intéressante sur le plan pédagogique ta vision de la pyramide, elle me parle bien
je la compléterais par deux choses :
1. "J'agis pour obtenir de la reconnaissance" me parait être la motivation la plus forte. Elle se traduit par "de quoi j'ai besoin pour être bien et performant". Et elle va se nourrir de" choses différentes en fonction de ma typologie et de mon chemin de vie
2. Je ne sais plus qui suggérait de remplacer la pyramide par l'"échelle de Maslow" : une étape supplémentaire, qui s'élargit à nouveau, est le besoin de se surpasser...
Amicalement,
Jacques
Rédigé par : Jacques | 18 août 2008 à 12:43
Merci, Jacques pour ta contribution.
Concernant la reconnaissance, je ne pense pas qu'il y ait un lien entre le besoin de reconnaissance et la recherche de la performance. Tout est là... La question est bien : la performance pour quoi faire ?
Oui, en fait la pyramide de Maslow pourrait être une pyramide inversée. Je ne sais pas pourquoi elle est pointue, finalement. Question de point de vue, sans doute. Peut-être faudrait-il inventer le millefeuille de Maslow ? Ou le sandwich de Schoen ? Ou plutôt la tartine : le pain, le beurre, le jambon, et puis au-dessus de tout ça, le cornichon ? Mettons du goût dans les sciences sociales !!!
Rédigé par : Philippe Schoen | 19 août 2008 à 08:17
Excellent. Le sandwich de Schoen, pas mal, ça fera date dans les Sciences Humaines dans qq années...
Sérieusement, je vais faire le coup dans l'une de mes prochaines interventions histoire de sentir la portée du concept. Propose aussi l'idée à Cendrine, pour l'une de ses formations.
En fait, Maslow himself évoquait l'idée que certaines personnes fonctionnait avec une pyramide inversée : pour ces personnes le besoin d'accomplissement est plus fort que tous les autres, vitaux y compris
Ce que j'exprimais avec l'idée d'échelle est encore autre chose : la pyramide s'élargit à son sommet pour intégrer le besoin de se surpasser, qui est un besoin induit pâr notre environnement, personnel et professionnel, et qui est encore autre chose que le besoin d'accomplissement. C'est ce besoin qui suscite souvent des demandes de coaching
Pour les besoins, je distingue habituellement trois familles de besoins psychologiques
- besoin vital : s'il n'est pas satisfait un certain temps, je suis très mal
- besoin dynamisant : il me pulse
- besoin sur-dynamisant : je sens que c'est un besoin qui commence à me chatouiller, il va vraisemblablement être dynamisant pour moi dans quelques temps...
Mais sur les trois niveaux nous sommes chacuns mus par des besoins différents. Ce qui est dynamisant pour l'un peut être insignifiant pour un autre...
Rédigé par : Jacques | 19 août 2008 à 19:21
Se surpasser, ça me rappelle immanquablement la phrase de Philippe Gelluck dans un chat (non, pas "tchat", un chat, avec des oreilles) : "quand j'étais petit je voulais être le maître du monde, maintenant je suis déjà content de rester maître de moi-même".
Alors la tartine de Schoen (je préfère conceptuellement au sandwich, le pain c'est la nourriture de base, le beurre c'est superflu, et le jambon c'est du cochon, mais surtout à cause du cornichon qui est au-dessus de tout, au fond, le besoin de se surpasser est bien illustré ici par le cornichon) traite de la perception de la réalité et de la ré-action à cette perception : réalité physique, sociale et humaine.
J'ai l'impression qu'il manque un maillon dans notre échange. Tu parles de "besoins " (mais oui, en plus tu as bien raison : pour Maslow, c'est une échelle de besoins). Moi je parle de comportements.
Rédigé par : Philippe Schoen | 19 août 2008 à 19:34
Si mes besoins psychologiques fondamentaux (mes sucres lents) ne sont pas assurés, je ne vais pas bien, mon comportement s'en ressentira forcément à long terme, je vais m'éteindre.
Si les besoins psychologiques qui me motivent (mes sucres rapides) manquent à l'appel, je vaîs fonctionner normalement, mais l'ennui me guette.
Par besoins psychologiques j'entends par exemple (liste non exhaustive, en fonction de mon tempérament) : besoin de contact, besoin sensoriel, d'être reconnu pour mes résultats, besoins de retraits, ...
Rédigé par : Jacques | 19 août 2008 à 23:07
Je reviens sur ma note sur le PEC : pour François Balta il est impossible pour l’autre de connaître la pensée et les émotions de la personne. On ne peut constater qu'un comportement.
Au fond, est-ce bien pertinent de connaître ou de supposer des besoins ? Le comportement me semble plus mesurable. On revient à la distinction entre la psychanalyse (répondre au pourquoi) et la psychologie systémique (expliquer comment ça marche).
Rédigé par : Philippe Schoen | 23 août 2008 à 19:13
Oui Philippe, ça me paraît vital pour un manager d'identifier ce dont ses collaborateurs ont besoin pour se sentir bien dans leurs baskets. Je ne connais pas de meilleur recette pour être performant, il suffit de le vérifier avec soi-même, ou de se remémorer une situation où mes besoins vitaux n'étaient pas satisfaits... On est bien dans une logique systémique : ce qui m'intéresse c'est comment faire en sorte que mes collaborateurs soient bien, pas le pourquoi
Amicalement,
Jacques
Rédigé par : Jacques | 25 août 2008 à 17:33
Il va falloir que je fasse un additif à mon livre "Le Marketing de l'Égo" !
Bravo pour cette analyse d'autant + forte qu'elle est simple.
Henri
Rédigé par : henri kaufman | 06 septembre 2008 à 17:43
Depuis j'ai repensé à des trucs : sur la frontière entre les différents niveaux (surtout depuis mon voyage en Roumanie). J'y reviendrai.
Rédigé par : Philippe Schoen | 06 septembre 2008 à 19:02