Lors des rencontres Mobilis, que Latitude a organisées les 18 et 19 novembre à Belfort, j'ai vraiment mesuré la rupture que vit le marché de l'automobile. Les conférences de haut niveau ont montré que les repères ont changé : la "voiture" n'est plus le centre du monde, bien au contraire. C'est une révolution copernicienne.
Parallèlement aux tables rondes et ateliers se tenait une petite exposition où on pouvait découvrir des engins souvent étranges, assez différents les uns des autres, qui préfigurent les véhicules de demain.
La diversité des solutions proposées faisait un peu penser à la théorie de l'évolution de Darwin : de nouveaux modes de déplacement émergent, qui entrent en compétition pour s'adapter à un nouvel environnement. Bien malin celui qui prédira lesquelles de ces solutions gagneront la compétition des usages.
Ce qui m'est apparu évident, en circulant entre les
- "auto-lib" (F-City et Cristal) modulaires,
- les moteurs électriques nouvelle génération,
- les scooters hybrides à trois roues,
- les voitures scooters électriques,
- les véhicules électriques intelligents,
- les systèmes d'optimisation de trafic fondés sur la densité des signaux des téléphones mobiles
- ou les simulations de réalité virtuelle,
c'est qu'il y a une prime à l'esthétique. On est immanquablement attiré par ce qui est beau, ce qui "sé-duit" (conduit à soi).
L'esthétique : un langage du changement
On accepte le changement, on accepte l'autre, plus facilement s'il est beau. Voire on y succombe. Peut-être faudrait-il moins de consultants en conduite du changement et plus d'esthètes pour convaincre de changer ses habitudes.
Un mot d'abord sur la "beauté" : je ne me lancerai pas dans une définition, je ne suis pas philosophe. Simplement je voudrais relever le caractère relatif de la beauté, et plutôt défini par la norme. C'est cet aspect qui m'intéresse : l'innovation se caractérise par un changement de norme (l'innovation devenant une nouvelle norme).
Je me demande si la beauté n'est pas un langage du changement qui tricote la norme ancienne (ce avec quoi nous vivons et qui nous rassure) et la nouvelle (l'innovation). La beauté rend le changement acceptable, voire désirable.
Je relie ce constat à quelques études :
- Christine Forget, chercheur à l'Université de Laval au Québec a montré que des personnes jugées belles ont plus de chance de réussir socialement («Une belle femme a 8,7 % plus de chance d’être embauchée»).
- Plusieurs études montrent la relation entre beauté reconnue d'une personne et estime d'elle-même. La plus surprenante étant celle de Nick Yee, chercheur au centre de recherche de Palo Alto, qui montre qu'une personne qui se crée un avatar plus beau regagne de l'estime d'elle-même dans la vie réelle (effet Proteus).
- Philippe Davezies, chercheur en psychodynamique du travail à l'université de Lyon, montre que l'esthétique est un facteur de motivation (on peut être motivé pour faire un "beau travail", par exemple.
Une autre expérience, plus personnelle : j'ai fait l'apologie de l'Iphone, dans un post récent et je me suis fait incendié par les experts qui m'expliquaient que les choix technologiques et environnementaux de l'Iphone étaient catastrophiques. Oui, j'étais subjugué par son esthétique, je le reconnais volontiers, qui explique en grande partie le succès du téléphone d'Apple.
S'il est assez aisé de comprendre que l'esthétique est un langage de séduction, on a moins conscience que l'esthétique peut être un langage du changement.
En particulier en France, on a tendance à juger l'innovation sur sa performance technique ou d'usage, mais on néglige son esthétique. Qu'on le veuille ou non, le Shinkanzen est beaucoup plus beau que notre TGV, et la fonction design est moins développée qu'ailleurs.
Décideurs, managers et inventeurs français, encore un bel effort pour être innovateurs...
Bonjour,
Et le fait de s'appeler "Schoen" a t-il contribué à vos succès ?
Bon dimanche !
Christine
Rédigé par : Christine | 23 novembre 2008 à 09:20
Hé hé... je n'y avais pas pensé :)
A la réflexion, je pense que mes aïeux devaient être bien prétentieux.
Ca me fait penser que je n'ai pas encore répondu à votre dernier commentaire. La fin de l'année est agitée. J'aurai un peu de mal, mais j'y pense.
Rédigé par : Philippe Schoen | 23 novembre 2008 à 09:38
Pour le dernier commentaire en question, ne perdez pas trop de temps, il n'y a pas de grands concepts innovants de communication à dégager de son discours !! Si ce n'est que des fois, je la trouve complètement sidérante dans sa façon de communiquer...Y 'a t'il une stratégie ou est-elle complètement spontanée ??
Pour en revenir à la beauté, ce matin, après la lecture de votre post, je suis allée dans mon jardin récolter les derniers navets.
Il y en avait des petits, des gros, des tordus, des longs, des trapus, des bizarres...
Au final, après les avoir glacés, ils seront tous succulents...
Je vous laisse deviner le rapport avec la beauté...
Bon appétit !
Christine
Rédigé par : Christine | 23 novembre 2008 à 11:24
http://www.youtube.com/watch?v=s-Q87doHJlA
Rédigé par : Marguerite | 23 novembre 2008 à 20:08