En ces temps imprévisibles, les prophéties auto-réalisatrices me semblent un outil tout à fait indiqué en management.
Ca m’est venu en lisant une réponse à mes vœux pour 2009 d’un ami chef d’entreprise qui disait ceci : « Bonne année à toi aussi, j'espère que nous ferons tous mentir les pronostiqueurs de tous bords ».
La petite présentation de Wikipedia sur le sujet des prophéties auto-réalisatrices est très bien faite. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, allez-y vite.
Le principe est simple : le fait de prédire quelque chose favorise sa réalisation. Par exemple, vous allez voir une voyante. Elle vous prédit que vous aurez un accident de voiture dans un futur proche. A la prochaine situation difficile en voiture, vous vous direz "ca y est" et vous aurez tendance à provoquer l'accident.
Quelques points clés qui m’intéressent :
- C’est un outil qui fonctionne dans une interaction : c'est la relation entre la voyante et l'automobiliste qui produit le phénomène. C'est-à-dire qu'il faut une relation de dépendance (je crois dans la voyance et la voyante est légitime) et un échange entre les deux personnes.
- Il fonctionne dans un système pratiquement fermé : la prédiction doit être dominante. Dans un système ouvert, il y a des prédictions contradictoires. Une autre voyante pourra dire qu'elle voit que l'automobiliste échappera à un accident de voiture. Un système fermé est par exemple : la famille, l’entreprise, par exemple. Je pense qu'une prédiction à moins de chance de se réaliser à l’échelle des grands nombres, même si le phénomène est courant.
- Il fonctionne sur des réalités sociales, c’est à dire sur des objets admis comme réels par l’ensemble du groupe social : la crise économique, le terrorisme, l'art, etc... (même pour des réalités sociales contestées, comme par exemple l'insécurité : le simple fait de la contester, c'est lui donner une existence).
- A contrario, il ne fonctionne pas si une prophétie est contredite par une réalité physique. Par exemple, je peux émettre la prophétie : « le prix du pétrole va baisser durablement dans les 20 ans qui viennent », tous les actes que je peux faire qui pourraient valider la prophétie se heurteront à l’épuisement physique des ressources.
- Il a un corollaire très intéressant : la prophétie auto-destructrice. Le fait d’annoncer quelque chose fait que cela ne se produira pas, parce qu’elle va produire des comportements qui empêcheront sa réalisation. Par exemple, je peux émettre la prophétie : « la chute de notre chiffre d’affaires est inévitable », suivant le contexte de l’entreprise, l’action de l’équipe permettra d’obtenir exactement le résultat opposé. Dans le cas de la voyante, tout dépend de la nature de la relation entre l'automobiliste et la voyante. S'il ne "croit pas", il aura tendance à vouloir prouver que la voyante a tort.
Ha ! Voilà. Nous y sommes : comment utiliser les prophéties auto-réalisatrices et auto-destructrices en management ?
Le manager enchanteur
Quand plus rien n’est prévisible, il va falloir construire sa propre réalité. Voici donc ce que je vais tester :
- Rechercher une prophétie auto-réalisatrice non limitée par la réalité physique (le fait de dire « nous aurons une croissance de 20% cette année, comme les 6 dernières années » ne me semble pas suffisante, parce que pour plusieurs raisons, elle se heurte à une limite physique).
- Fermer le système : non pas en demandant aux collaborateurs d’arrêter de lire les journaux (ce que j'ai fini par faire, mais spontanément), mais en créant les conditions pour transformer la prophétie actuelle (on n’est pas loin de la fin du monde) en prophétie auto-destructrice. Comme pour le cas de la voyante, on pourra mettre en doute la légitimité des auteurs de mauvaises nouvelles économiques et leurs prédictions associées (du genre : "le pire est devant nous").
Chez tout patron, il y a un côté pisse-vinaigre et un côté enchanteur. A défaut d’avoir le pouvoir de transformer l’eau en vin, je vais mettre en veilleuse mon côté pisse-vinaigre et mettre en avant celui d’enchanteur.
Tiens, au moment où j’écris ces lignes, je reçois un message via Facebook : Alerte Crise Systémique Globale - Eté 2009 : Cessation de paiement du gouvernement américain.
Vous savez maintenant ce qu’il vous reste à faire d’une information comme celle-là... et pourquoi je déteste Facebook.
Bonjour,
Intéressant...
On peut rapprocher les prophéties auto-réalisatrice de l'effet pygmalion. Quant à utiliser cette technique on est encore dans la manipulation, ce qui est un des aspects du management... http://pascalfrancois.blogemploi.com/management/2007/02/ces_mentors_qui.html
Personnellement je suis un manager romantique.
Rédigé par : Indelocalisable | 07 février 2009 à 09:01
Oui, l'effet Pygmalion est une forme de prophétie auto-réalisatrice.
Oui, bien sûr, on est dans la manipulation. Mais toute communication est manipulation. Il n'y a pas de mal à cela. Watzlawick explique ça très bien en donnant cet exemple simple : vous entrez dans votre chambre d'hôtel, un hôtel de qualité médiocre (genre hôtel parisien à 150 Euros la nuit...). Vous vous comportez d'une certaine manière. Puis vous entendez un autre client qui entre dans sa chambre, juste à côté de la vôtre. Vous ne vous comportez pas de la même manière. Vous voilà "manipulé". On ne peut pas ne pas communiquer, on ne peut pas ne pas manipuler. Alors autant le faire sciemment dans un objectif affiché.
C'est joli, un manager romantique :)
Ca mériterait d'être développé.
Rédigé par : Philippe Schoen | 07 février 2009 à 11:09
Je suis d'accord sur la manipulation, simplement il faut en être conscient.
Le management romantique ? je developpe un peu là : http://pascalfrancois.blogemploi.com/management/2006/12/lre_du_manageme.html
Oh certes c'est un peu utopique, mais j'en développé des bribes sur le terrain...
Rédigé par : Indelocalisable | 08 février 2009 à 11:48
Oui, d'ailleurs c'est le sujet, d'une certaine manière de mon dernier post :
http://tenirparole.blog.latitude.fr/tenir_parole/2009/02/de-quel-z%C3%A9ro-fautil-partir-.html
Au fond, nous, consultants en communication, sommes utilisés par ceux qui ont le pouvoir (l'argent et l'accès). Et lorsqu'il s'agit de communication vers le "grand public", il y a une dissymétrie entre ceux qui peuvent "manipuler" (je dirais plutôt : coder et décoder) et ceux qui n'ont pas les ressources pour décoder.
Rédigé par : Philippe Schoen | 08 février 2009 à 12:16
voila , juste pr dire sue quoi qu'on raconte moi j'aime bcp ire ton blog! ;)
Rédigé par : Wiki | 26 avril 2009 à 17:35
Merci :)
Rédigé par : Philippe Schoen | 26 avril 2009 à 19:10