C’était bien involontaire, mon blog a pris quelques semaines de vacances, le temps de remettre quelques idées en ordre. Comme on se réveille le matin. Mais qu’est ce qui se passe ?
Depuis avril 2008, les signes d’une crise économique sont patents, et n’ont cessé de croître en importance.
Au dernier trimestre 2008, il m’a semblé lire des messages totalement contradictoires : catastrophisme des grands médias, sérénité des patrons que je connais autour de moi, chutes de chiffre d’affaires vertigineuses parfois rattrapées par des hausses de même ampleur le mois suivant, fanfaronnades des politiques suivies d’hésitations et de désillusions, perspectives plus noires que jamais sur l’impact du réchauffement climatique et projets de relance appuyée sur du pétrole bon marché, revendications syndicales du XIXe siècle et réponses patronales… du XIXe siècle, perspective d’une relance économique mondiale sur fond de coopération politique internationale, guerre Israélo-Palestinienne.
Tout cela un peu ridiculement symbolisé par l’affolement de l’indicateur boursier qui, chaque jour, tantôt distille un excès d’adrénaline auprès de sorciers polyglottes en costume anthracite cravate de soie et diplôme de hautes écoles financières qui prédisent que le Paradis de l’argent facile est retrouvé, tantôt suffoque les mêmes, par la nouvelle perte abyssale de leurs valeurs crapuleuses établies sur des règles fausses et irréalistes, au point d’inhiber leurs quelques neuro-transmetteurs si tant est qu’on puisse considérer que des animaux qui font toujours les mêmes erreurs, avec toujours la même arrogance, avec toujours le même autisme, avec toujours le même uniforme psycho-rigide, les mêmes chaussures noires cirées tachées de sang et toujours les mêmes salaires démesurés et indécents par rapport au mal qu’ils font à la planète et en particulier aux travailleurs, disposent vraiment d’un cerveau (même un ordinateur aurait été moins bête : il aurait planté).
Notre avenir est absolument incertain, et c’est tant mieux
C’est tant mieux, parce que depuis la fin du XXe siècle, nous sommes dans une période de transition entre un ordre du monde et un autre.
Nous ne connaissons pas du tout ce nouvel ordre du monde : nous devons le construire. Ceux qui y voient une sorte de fatalité totalitaire ou de conspiration des puissants sont des imbéciles ou des lâches.
Cette crise est plus forte que les autres : elle nous rappelle que nous vivons probablement la période de l’humanité la plus cruciale de son histoire. Quand même. Ca ne vous fait pas frémir ? Frémir de terreur : quelle responsabilité ! Frémir d’aise, aussi : c’est pas tous les jours. Nous devons trouver des solutions pour vivre ensemble, durablement, le mieux possible, sur une planète finie et par conséquent un peuple unique de 6 à 9 milliards de citoyens. Mais ce n'est qu'une crise. Une crise, est une expérience : elle ne dure qu'un temps et elle doit servir de leçon.
C’est tant mieux parce que la majorité des jeunes sont en rupture radicale avec les modes de pensée de leur parents. Et j’espère que les adultes seront aussi clairvoyants qu'eux, qui ne voient plus dans le costume trois pièces, la business school, la rhétorique politicienne, l’arrogance et le mépris des nantis incultes la voie sacrée de l’épanouissement de l’individu. Ou alors oui, une certaine Voie Sacrée…
Exemple : extrait d’une réflexion d’un ami, vendredi soir
« …de toute manière, les Chinois n’ont pas le choix, avec 200 millions de personnes qui arrivent chaque année sur le marché du travail, en-dessous de 7% de croissance annuelle, ils seront obligés de déclarer la guerre pour occuper les chômeurs. La question est de savoir à qui ils vont déclarer la guerre… »
En entendant ça, j’ai pensé à mes parents qui me parlaient de la guerre, j’ai pensé à ma fille qui va donner naissance à une petite fille en mars, j’ai pensé à mon métier, et j’ai pensé ceci :
Nous n’avons plus de représentation claire de notre réalité sociale. La réalité est une construction. Nous fabriquons la réalité à partir de nos sens, de notre langue, que nous partageons avec les autres jusqu’à produire des normes qui nous rend la vie compréhensible et supportable.
Un facteur clé qui permettra de construire un nouveau monde durable, apaisé et joyeux est la communication. J’ai toujours défini la communication comme le moyen de partager une vision du monde.
Pour partager (au sens de « prendre part » et non « prendre des parts », comme dit Jean-Pierre Prudhomme) une réalité commune entre une société et une autre, pour partager une réalité commune entre ceux qui pilotent et ceux qui font confiance aux pilotes, pour partager la connaissance et produire des connaissances nouvelles.
Tiens, d'ailleurs : les entreprises doivent-elles encore penser à prendre des parts de marché ou pendre part au marché ?
Cela veut dire apprendre à communiquer, apprendre à partager, apprendre à dialoguer, apprendre les langues étrangères (l'anglais, mais aussi l'arabe, le wolof, le roumain, le chinois...), penser l'impensable, apprendre à apprendre...
Eh bien, en cette période dite de « crise », il y a du boulot. C’est nous qui décidons de ce que nous voulons devenir.
C'est amusant, mes pensées et envies semblent être en train de muter, pour se retrouver en phase presque parfaite avec ce que tu viens d'écrire brillamment ici !
Mais autant je pense réellement que l'individu est capable de transformation et de prise de conscience pour actions et réactions rapides, autant j'ai des doutes sur les entreprises transformant leur fonctionnement à court terme, pour le bien de tous. Les rares qui le font ont comme moteur la vision (individuelle donc) d'un fondateur ou président.
Rédigé par : Arnaud | 11 janvier 2009 à 22:25
Il faut bien commencer par la tête... C'est même plutôt une bonne nouvelle. Ta remarque éclaire bien ce que j'écris sur la communication : il faut trouver un terrain de construction d'une réalité partagée Qu'il y ait un architecte, un maître d'oeuvre, un maître d'ouvrage, c'est bien le minimum. Qu'ensuite on débatte de la construction, c'est un enjeu majeur pour que tout le monde se sente le mieux possible.
Evidemment, on n'évite pas les... raideurs (?). Ce matin, sur France Inter, j'ai entendu un représentant d'un syndicat de l'Education Nationale dire d'une intervention de Sarkozy avec un ton de mépris, très hautain : "c'est un exercice de communication".
Bigre. Ca veut dire quoi, ça, un "exercice de communication" ? Et en quoi c'est de la merde ?
Rédigé par : Philippe Schoen | 12 janvier 2009 à 08:38
L'autre grand sujet est celui des jeunes en rupture radical avec le mode de pensée des parents... Tu positives la chose, j'aimerais pouvoir en faire autant :-)
Rédigé par : Arnaud | 12 janvier 2009 à 11:18
Ouais, je sais, moi-même je suis très perplexe, mais je me dis deux choses :
1. Mes solutions sont sans doute les problèmes de mes enfants : je dois faire un gros travail pour comprendre
2. Comme dans tout groupe, il y a des cons et ils sont minoritaires. Les médias ont tendance à se gausser des jeunes cons, ça doit faire du bien aux adultes qui sont derrière les micros, les caméras ou les écrans.
Moi je vois surtout des jeunes qui ont envie de travailler, de construire, de participer, de réfléchir. Pas de la même manière que nous, sans doute, mais avec de la bonne volonté.
Rédigé par : Philippe Schoen | 12 janvier 2009 à 11:27
Mon Dieu comme l'homme est aveugle.
Je reprend : "Nous devons trouver des solutions pour vivre ensemble, durablement, le mieux possible, sur une planète finie et par conséquent un peuple unique de 6 à 9 milliards de citoyens. Mais ce n'est qu'une crise. Une crise, est une expérience : elle ne dure qu'un temps et elle doit servir de leçon."
Effectivement nous traversons une crise, mais une crise universelle dont personne ne parle ! Il faudrait arrêter de parler argent, économie et avenir... car celui-ci est compromis par mère nature. Mère nature que nous éradiquons de jour en jour par notre égoïsme grandissant. A l'heure ou le climat s’aggrave, ou les taux de gaz ne cesse de croître, à l'heure ou nous tuons la nature pour construire et cimenter, nous polluons pour vivre et nous pensons politique.
Une seule question : Voyez vous un avenir pour la politique alors qu'il faudrait prioritairement trouver un avenir pour notre terre et ainsi pouvoir continuer à vivre ? C'est alarmant et désastreux !
Rédigé par : satin | 14 mars 2011 à 15:30