| Qu'importe la nature du projet, les critères qui conduisent à un bon taux de crédit sont liés à l'argent et pas au projet. Cela revient à dire que plus vous avez d'argent, moins vous payez cher. Cela revient à dire que le projet n'a aucune espèce d'importance, qu'il peut détruire de la valeur, c'est égal, du moment que vous avez de l'argent pour rembourser. C'est comme ça qu'on finance des armes, des installations nucléaires dangereuses dans des pays peu sûrs et la drogue. |
Le Groupe Pingre est aigri, la Banque Pépettes, Money & Ass. roule au Prozac, la Caisse Pincettes et Trouillard ne répond plus, mais le Crédit Malabar, c'est du concret, on sait où on va. Au Crédit Malabar, c'est autre chose. Ca dépote !
En septembre 2008, pour trouver le financement de la rénovation de notre maison, je rame. Alors, lorsque le Crédit Malabar m'ouvre grand les bras, je me dis ça y est, je suis tombé sur une "vraie" banque. Je tombe sur un certain monsieur Juve qui n'y va pas par quatre chemins. Après lui avoir résumé au téléphone ce que je veux faire et ma situation personnelle, il me propose illico un rendez-vous dans son agence.
Monsieur Juve m'accueille à l'entrée, me conduit rapidement à son bureau de 3 m2 (il y a juste la place pour son bureau, lui, un de ses collègues et moi). Et monsieur Juve mène l'entretien avec vigueur. Il est costaud, il a une voix forte, des grosses mains, de grosses lunettes, de grosses chaussures avec des semelles à clous et un costume brun épais. Quand il s'assied sur sa chaise, elle craque. Quand il parle à son collègue, son collègue rentre sa tête dans les épaules. Monsieur Juve m'écoute avec intérêt lorsque je déroule ma présentation, prend des notes, fait deux ou trois remarques pertinentes.
Enfin, il me dit en substance : moi, ça m'intéresse de vous avoir comme client, alors on va faire ce qu'il faut pour ça, tous les deux. Vous répondez à mes questions, je vous explique comment ça marche chez nous, et après je vais négocier le bout de gras avec ma hiérarchie, vous allez voir, je vais vous sortir les meilleures conditions possibles, mais il faudra aussi y mettre du vôtre. Galvanisé par son charisme naturel, je dis banco, allez, on y va.
Il prend l'écran de son ordinateur d'une main pour le tourner vers moi, qui vacille sur son pied. Voilà, dit-il, chez nous, plus vous utilisez nos services, moins c'est cher. Par exemple, si vous mettez vos comptes chez nous, ça fait baisser le taux. Si vous garantissez de placer vos sous chez nous, ça fait baisser le taux. Si vous prenez l'assurance chez nous, ça fait baisser le taux. Si vous ouvrez d'autres comptes chez nous, ça fait aussi baisser le taux. Ca c'est la base. Et comme ça, moi j'ai des billes pour défendre votre dossier, vous voyez ? Je dis que je vois et je lui dis que ça a l'avantage d'être simple. Ouais, il dit, on se comprend.
On remplit le tableau ensemble et on sort un premier taux. Pas terrible. Il me dit : ah oui, c'est pas terrible, mais attendez que j'ai vu avec ma direction. Dès que j'ai des nouvelles, je vous envoie un mail. Là-dessus on se quitte, moi je n'y crois pas trop, depuis le temps qu'on me promet des mails.
La semaine suivante, Juve m'envoie sa proposition, tout fier. Pas de chance, entre temps les taux ont encore monté, et monsieur Juve ne peut pas lutter. Pourquoi payerais-je si cher, me dis-je, et puis je vais payer pendant 15 ans. Les taux sont hauts, le Crédit Malabar a fait un bel effort dans sa relation commerciale, mais le résultat n'est pas à la hauteur de la promesse. Aussi dis-je à mon bonhomme que vraiment tout ça c'est vraiment cher payé.
Monsieur Juve, brave homme, reconnait que ça fait du fric sur 15 ans, et las, nous laissons tomber en restant bons amis.
Je n'avais pas réalisé à quel point la négociation la plus malsaine s'était déroulée avec nous deux, honnêtes gens. Voilà un monsieur bien les pieds sur terre, franc du collier et sympathique qui parle à un type de bonne foi et que font-ils ? Ils parlent d'acheter de l'argent. Ils ne parlent pas de financer un projet.
Nous sommes des milliards à regarder nos chaussures au lieu de chercher un chemin.
Ca me rappelle une discussion que j'avais eu avec un banquier pour ma société qui m'avait sorti à froid : "Si vous voulez de l'argent il faudra être prêt à le payer" ce à quoi j'avais répondu du tact au tact "certes mais je n'ai pas envie de me réveiller dans une gare en Turquie avec une cicatrice à hauteur du rein".
Rédigé par: Stéphane Becker | 16 janvier 2010 à 18:31
Et il a répondu quoi ?
Rédigé par: Philippe Schoen | 16 janvier 2010 à 18:35
Un truc à base de "ahahah dans le jeu vidéo vous avez une imagination débordante" avec le ton des gens qui vous prennent pour un gamin.
Rédigé par: Stéphane Becker | 16 janvier 2010 à 22:39