| Les critères du Crédit Coopératif sont fondés sur la valeur du projet. Plus le projet apporte de la valeur environnementale ou sociale, c'est-a-dire une valeur réelle, plus le taux de crédit est bas. La coopérative bancaire considère que ce n'est pas son produit, l'argent, qui a de la valeur, mais l'effet de l'usage de cet argent sur la réalité. Une éthique à méditer pour chaque chef d'entreprise. |
Echaudé par mes négociations infructueuses avec les banques, j'ai attendu que les taux baissent. A partir de septembre 2009, je me suis remis timidement à questionner le Groupe Pingre, Pépettes, Money & Ass. et le Crédit Malabar. Ce dernier me dit qu'il n'avait pas d'offre intéressante à faire.
Pépettes, Money & Ass. comme à son habitude, traina des pieds mais fit une proposition intéressante et bien documentée. Le Groupe Pingre pareil, les deux offres étant comparables à peu de choses près. Je m'apprêtais à signer avec le Groupe Pingre. Monsieur Jekyll s'était calmé et moi je m'étais fait à l'idée de payer des frais d'entrée et des frais de sortie iniques, malgré mon ancienneté dans la maison. Et puis l'assistante de monsieur Jekyll avait fait du bon travail. Tout travail mérite salaire.
Enfin, après l'intervention de Yannick Roudaut, dont j'ai déjà parlé, je me suis dit que le Groupe Pingre était toujours mieux classé parmi les banques "éthiques" que Pépette, Money & Ass. qui trainait quelques casseroles, comme en témoigne le tableau ci-dessous :
Source : les amis de la Terre - Téléchargement GUIDE_BANQUES
Mais au cours de cette séance, j'ai aussi entendu parler des "banques éthiques" et de "finance islamique". N'ayant pas idée comment accéder à une banque orientale, je me suis assez naturellement tourné vers une banque dite "éthique". Le mot est inapproprié, mais bon, je vais faire avec.
La Fédération Européenne des banques Ethiques et Alternatives (FEBEA) compte 25 membres, dont le Crédit Coopératif qui dispose d'une agence à Strasbourg. Je téléphone donc à cette banque. On m'écoute avec gentillesse et simplicité, oui, oui, on peut financer votre projet, ça rentre dans nos critères. Rendez-vous est pris pour la semaine suivante.
J'arrive à l'agence au centre ville. Elle ne paye pas de mine. La porte est un peu branlante, pas de marbre, pas de granit et pas de dorure. Je croise un client et son tout petit garçon dans le sas d'entrée, j'arrive à l'accueil souriant, l'ambiance est familiale. Mon interlocuteur se présente et me fait entrer dans son bureau de 3 m2 vitré (on est quasiment sur le trottoir). Pendant l'heure et demie qu'a duré l'entretien, la question du "prix" du crédit a pris moins de 10 minutes. Je présente mon projet, comme les autres fois, en insistant plus particulièrement sur les aspects environnementaux qui se sont précisés depuis un an (j'ai eu le temps d'y penser pendant le long hiver bancaire…). Mon interlocuteur s'y intéresse, me pose quelques questions.
Vient la discussion sur les conditions de crédit et le prix. Le fait de domicilier ses comptes au Crédit Coopératif est une conditions sine qua non pour l'obtention du crédit, pas un élément de négociation. Au Crédit Malabar, la domiciliation permet de négocier un prix. Au Crédit Coopératif, elle participe à l"engagement de financement d'entreprises sociales et solidaires. Le même acte, mais dans un cas, il est égoïste, dans l'autre, il a du sens. Question de communication.
Le calcul du taux d'intérêt se fonde sur les caractéristiques environnementales de la rénovation. Mon interlocuteur me tend un questionnaire sur les équipements destinés à préserver la nature et économiser l'énergie. Mon projet est plutôt avancé dans ce domaine, et je coche beaucoup de lignes. Puis, nous discutons sur les choses que je pourrais faire en plus. Un récupérateur de pluie, vous y avez pensé ? Bah, non, je dis, y a assez d'eau en Alsace. Allons, c'est pas bien cher, et ça évite du traitement de l'eau… Bon, ok, vous avez raison, hop, j'en prends un. Et voilà mon banquier qui devient co-concepteur de mon projet.
Résultat des courses : le taux de crédit est légèrement inférieur à la meilleure proposition que j'ai reçue depuis le début de mon parcours du combattant. Les frais d'entrée sont 6 fois inférieurs. Les frais de remboursement anticipés sont raisonnables et justifiés et je choisis l'assurance que je veux. Il me dit : nos conditions ne sont pas les meilleures qu'on pourrait obtenir, mais c'est comme ça, et nous ne négocions pas le taux.
Je m'inquiète des frais de tenue de mon compte ? Pas d'inquiétude : il n'y en a pas. Par contre, le découvert est cher. C'est pour vous inciter à ne pas l'utiliser, dit mon interlocuteur. On n'est pas là pour gérer votre compte. Au moins, c'est dit.
L'affaire réglée, nous parlons pendant trois quarts d'heure de mes projets professionnels. Je vais rencontrer un responsable de compte professionnel dans les semaines à venir.
J'ai été frappé par la similitude du processus entre le Crédit Malabar et le Crédit Coopératif. Je passe sur les relations humaines, ce côté authentiquement chaleureux qui m'a rassuré dans les deux cas. Le plus significatif a été cette liste de critères. D'un côté un prix fondé sur la valeur du patrimoine du porteur de projet : l'homme est considéré comme une marchandise. De l'autre, un prix fondé sur l'effet du projet sur la société humaine : l'homme est au centre du projet.
Le Crédit Coopératif m'a réconcilié avec le métier de banquier. C'est même tout à fait passionnant : l'argent n'est pas une commodité.
Happy end alors !
Rédigé par : Julien | 23 janvier 2010 à 11:14
Bah, oui, désolé :-)
Rédigé par : Philippe Schoen | 24 janvier 2010 à 10:47