J'ai eu la chance, il y a deux ans, de voir Claude Onesta, entraîneur de l'équipe de France de handball, de l'écouter parler de son équipe et de sa conception de l'entraînement. C'est un homme impressionnant de talent et de modestie.
Il a participé à la victoire de l'équipe de France de Handball aux derniers championnats d'Europe de handball… après avoir conquis la coupe du monde et obtenu la médaille d'or aux jeux olympiques de Pékin. Une série de victoires unique dans l'histoire de ce sport.
Pourtant, au début de la compétition, l'équipe a été jugée décevante, tenue en échec par des adversaires de haut niveau. Elle ne s'est révélée la meilleure que dans les derniers matchs et a remporté brillamment la coupe. Ainsi, au début, étonnés par cette prestation jugée médiocre de l'équipe des "experts", les journalistes tartinaient leurs journaux de spéculations vaines et pour certains raillaient.
Au-delà de la victoire : le retour
Moi, je me souviens de ce que disait Claude Onesta. Il disait en substance, que cela allait devenir de plus en plus difficile pour l'équipe de France, parce qu'elle n'avait plus rien à conquérir, contrairement à ses adversaires. Ce n'était pas la "faute" à l'un ou à l'autre, c'était comme ça, et qu'il fallait s'attendre à ce que l'équipe de France ne reste pas éternellement championne, qu'elle cède son titre. Son rôle était de faire en sorte qu'elle le reste le plus longtemps possible.
Il montrait que perdre n'était pas un déshonneur, qu'il admirait autant l'adversaire que ses joueurs, que ce n'était pas la victoire qui était le sommet, mais le sport.
Il me faisait penser à cet autre sportif, Erik Decamp, alpiniste et compagnon de Catherine Destivelle, que j'ai aussi eu le plaisir de rencontrer et qui disait : l'objectif d'une course en montagne n'est pas le sommet, c'est de rentrer.
Confondre positif et négation de la négation
Je ne suis pas du tout sportif et je n'ai pas la télévision. Et pourtant je lis avec délice les témoignages de ces gens qui retirent de leur parcours sportif autre chose que la musculation, la gloire médiatique ou l'argent. Ils sont des leçons de vie. Je pèse ce dernier mot, parce que ce dont parle Claude Onesta ou Erik Decamp, c'est tout simplement le respect de la mort.
Je crois qu'il n'y a rien de plus digne que de réussir ce qu'on s'est assigné de plus haut pour soi et d'accepter le verdict de ce qui nous dépasse. Qui que nous soyons et quel que soit notre projet.
En parlant de montagne, pour illustrer ce propos, Carl G. Jung, dans "L'homme et ses symboles", évoque un de ses patients (je crois) très ambitieux et féru d'alpinisme. Il est mort dans un accident de montagne, d'après des témoins, en mettant un pied dans le vide. Lapsus mortel…
La négation de la mort est le sport favori de notre siècle. Il consiste, somme toute, à occuper sa pensée à vivre le plus longtemps possible avant de penser à ce qu'on va faire de sa vie. C'est tout le drame, je devrais dire la tragicomédie, du monde d'aujourd'hui : il semble communément admis que ce qui est positif est la négation de la négation. Mais cette proposition est fausse. Le tout petit exemple de Claude Onesta montre que l'acceptation du négatif peut produire une grande victoire. |
Vivre pour accomplir son oeuvre à peu près
Ca me fait penser à cette interview de Salvador Dali qui expliquait que la plupart des gens travaillaient pour vivre, mais que lui, vivait pour travailler. Et c'était la raison pour laquelle il faisait de la publicité: la publicité lui apportait beaucoup d'argent en ne faisant pas grand chose en très peu de temps.
Ainsi, disait-il, il pouvait se consacrer trois ans à peindre un tout petit tableau. Ca a fait beaucoup rire Jacques Chancel qui n'a cessé, pendant toute l'interview, de traiter le peintre comme un toqué. Des coups bas qui auraient mis des bleus au moral à n'importe qui, mais pas à Dali, qui survolait la médiocrité du médiacrate comme on marche au-dessus d'une merde de chien.
Au fond, Claude Onesta et Salvador Dali parlent de la même chose. De notre projet, du sens de notre vie, notre oeuvre qui nous anime, et du retour dans l'ombre, une fois l'oeuvre à peu près accomplie. Ils partagent tous les deux la même vision des choses, la même hauteur, la même sérénité.
Etonnant ? Non. Le talent est lisible partout. Onesta est un exemple pour chacun de nous, chacun de nos petits et grands projets. Je vous donne un truc : quand les journalistes commencent à ricaner, le talent n'est pas loin.
J'ai vu Erik Decamp mardi, il a été moins univoque .Il nous a dit qu'ils existaient différents objectifs pour aller en montagne.
Rédigé par : Eric SENET | 27 février 2010 à 22:08
Il faudrait parler alors du but : le but c'est de rentrer. Et je me souviens effectivement qu'il disait qu'il y avait de multiples motivations pour faire une course de montagne.
Rédigé par : Philippe Schoen | 28 février 2010 à 00:14