Noam Chomsky, regard critique sur l'Amérique
Que cela soit bien clair : je ne sais pas ce que c'est que "les Américains", j'ai beaucoup de tendresse pour Mr Burns qui est fier d'être le profil parfait de l'Américain moyen, je connais des Américains brillants et d'autres qui sont des vrais cons, comme partout, je crois qu'on est toujours le con d'un autre et j'en fais partie, je souhaite beaucoup de courage à Barack Obama dans sa tâche et je n'aimerais pas être à sa place.
Ce ne sont ni "les Américains" ni Barack Obama que je mets en cause mais la distorsion de notre regard sur ces choses outre-atlantiques. C'est nous qui sommes en cause, et Silvio Berlusconi, parfait dans sa fonction de clown (qui dénonce une vérité cruelle en faisant rire), a révélé ce qui clochait tout juste après l'élection de l'actuel Président des Etats Unis : il est «jeune, beau et bronzé».
S'il faut que vous enleviez vos lunettes, pensez simplement : que penserais-je de lui s'il était blanc ?
- Un prix Nobel de la Paix immérité.
- Des réformes sociales qui n'avancent pas.
- Pas moins de militaires en Irak, plus de guerre en Afghanistan.
- Le blocage des négociations au Sommet de Copenhague (comme Bush refusait de ratifier les accords de Kyoto).
- Une nouvelle bouffée de haine très bushienne contre le terrorisme international...
Masque, mascarade et conservation du système
Chacun fait son boulot. Obama fait le sien. Il n'est ni noir ni blanc, il défend un système. Tout le reste n'est que maquillage qui s'inspire, comme l'explique Noam Chomsky, des activistes des années 60.
Le masque jeune, beau et bronzé d'Obama séduit. Le masque drôle de Chavez séduit. Les deux sont identiques. Qui produit le narcotique et qui le consomme ? A qui la faute ? A celui qui le produit ou celui qui le consomme ? Ces deux-là ne serviront pas le siècle, ils servent la conservation des intérêts de leur pensée conservatrice.
Et d'une manière générale, nous sommes gouvernés par des clowns qui se tiennent la barbichette. Je n'aimerais vraiment pas être à leur place : je ferais exactement la même chose. Brave électeur qui se dit qu'il s'est vraiment tout le temps trompé (lorsque j'ai donné ma voix à Mitterrand, lorsque je l'ai donnée à Sarkozy), je participe moi aussi à cette ronde où, un peu comme un satellite doit d'être en orbite parce qu'il rate sa cible à chaque instant, je tiens la barbichette de masques fuyants. Avec ça, on affirme encore que le ridicule ne tue pas... parlez-en à un enfant irakien.
Chavez à Obama: "Allez vous laver ce cul"
Alors, comment pouvons-nous, citoyens délicatement tenus à l'écart de petites saletés des puissants, nous détacher de notre fascination pour nos icônes rassurantes ?
Comment rendre notre regard plus acéré ? Comment Mr Burns peut-il libérer son point de vue sans renoncer (au contraire !) à sa fierté d'être l'incarnation de l'Américain moyen ? Comment puis-je penser autrement, là où je suis, sans autre ambition ? Où est le troisième oeil de monsieur Shoji Shiba ?
La première chose que j'essaye de faire, est de distinguer l'image (ce qui est perçu de soi par le récepteur) de l'identité (ce qu'on est, si tant est que ce soit possible, ou alors disons plutôt : de ce que la relation avec l'autre me permet de comprendre de l'autre).
Responsabilité et communication (éthique ?)
Distinguer le masque du visage. Il y a là trois responsabilités :
- Celle de l'émetteur, le porteur de masque (nous portons tous un masque) : mon image est-elle en accord avec ce que je suis (ou ce que je deviens) ?
- Celle de celui du récepteur : quelle est la fonction de son masque ?
- Celle de la communication : quelle relation constructive (au sens de la construction partagée d'une réalité) puis-je entretenir avec celui qui est derrière ?
Cela fait longtemps que je ne t'ai plus conseillé de lectures : essaie les Nègres, de Jean Genet. Tu devrais apprécier.
Rédigé par : Marguerite | 13 février 2010 à 09:37
Toujours aussi passionnant Philippe. Je voudrais tout de même un peu nuancer ton propos sur Obama.
Il me semble qu'il n'a même pas été candidat pour le Nobel et le moins que l'on puisse dire est que ce prix est un boulet pour lui, souviens toi de sa gêne le jour de l'annonce.
La réforme du système du santé a quand même fait des progrès malgré une hostilité des républicains. La situation géopolitique dans la région serait-elle meilleure avec le départ des américains en Irak et en Afghanistan ? J'en doute même si je vois bien qu'elle ne s'améliore guère avec eux. Fichu dilemme...
Concernant Copenhague, j'ai l'impression qu'Obama pensait surtout à amadouer les sénateurs au moment du vote de sa réforme du système de santé.
J'ai raté l'épisode "au secours Bush revient..." , je vais regarder ça.
Rédigé par : www.facebook.com/profile.php?id=656155739 | 13 février 2010 à 09:57
Ah ben oui, je viens d'en lire un commentaire sur internet :
http://www.e-litterature.net/publier2/spip/spip.php?article204
Je vais le lire, ça me changera d'Arnaldur Indridason qui a un effet tellement soporifique que je n'arrive même pas à terminer la page sans m'endormir.
Merci de commenter, mes posts doivent être de plus en plus mauvais, mes statistiques tombent et plus personne ne commente. Mais bon, ça fait rien, ça m'aide à réfléchir.
Rédigé par : Philippe Schoen | 13 février 2010 à 09:58
Ah ben si !! Un deuxième commentaire !!! Ouaaa... Mais ouiii, Stéphane, je ne m'en prends pas à monsieur Obama, comme j'ai pris la précaution de le rappeler plusieurs fois. Et l'exemple du Nobel est vraiment le sujet : il n'a rien demandé (officiellement) et il lui a été donné. C'est donc vraiment le regard des autres qui est en question.
Pour l'Irak, je ne sais pas, je n'ai pas la compétence. Il a juste promis le retour des troupes et il ne l'a pas fait. Pour le système de santé, il peine. Bien sûr ce n'est pas de sa "faute". Mais dans les films, les superhéros ont plus de panache quand il s'agit de passer à l'action. Encore le regard des autres : tu te souviens de l'hystérie de son élection ?
Quant à Copenhague, là, non. Aucun dirigeant n'a la moindre excuse.
J'ai écrit ce post il y a un mois, lorsque ce pauvre nigérian s'est crâmé les poils des jambes avec sa lotion explosive et que les passagers lui ont cassé la gueule. Obama a fait son Bush, à ce moment-là. Au fait... les accidents de la route représentent un attentat du World Center par jour. Comparaison facile, certes. Elle illustre néanmoins le regard des autres (et du coup je te renvoie au post de la semaine dernière sur les lois de proximité).
Merci de vos commentaires :))))
Rédigé par : Philippe Schoen | 13 février 2010 à 10:09