Ce week-end, je suis à Bruxelles. Depuis que j'ai décidé de limiter au strict minimum mes déplacements en avion, il ne m'était pas venu l'esprit de faire le voyage autrement qu'en train. Heureux état d'esprit par les temps qui courent, et les nuages abrasifs qui survolent l'Europe…
Lu dans le Monde ce matin :
"L'Association internationale du transport aérien (IATA) estime à plus de 200 millions de dollars par jour le coût de ces perturbations pour les compagnies aériennes."
200 millions d'euros par jour : c'est le tiers de ce qu'ont coûté les guerres en Irak chaque jour, sans compter les peines et les haines qui se poursuivent. Sans compter non plus les leucémies des centaines de milliers d'enfants d'Irak du Sud qui ont été contaminés par les débris des obus à uranium appauvri des chars Leclerc français envoyés par le pétaino-socialiste François Mitterrand lors de la "première" guerre du Golfe. De cela, on a très très peu parlé. Incorrect ?
200 millions d'euros par jour : c'est ce qu'on ne dépense pas pour l'avion et qu'on peut dépenser autrement sans se faire tuer. Aller au restaurant pour un moment de convivialité, être accueilli dans un hôtel, changer ses habitudes et faire une conférence Skype, prendre le train. Le train n'étant pas la plus mauvaise idée, en ce siècle où l'ubiquité est à la mode : on peut y travailler, s'y reposer, tout en se déplaçant.
Bien sûr, ce n'est pas charitable pour l'industrie du transport aérien et encore moins pour le consommateur momentanément coincé dans les aéroports. Pas plus charitable que le marché l'a été pour l'industrie sidérurgique ou pour les éleveurs de chevaux de trait. Mais il n'y a pas mort d'homme.
Catastrophes malignes, catastrophes benignes
Il y aurait trois formes de catastrophes :
Les catastrophes dont on ne peut que pleurer les morts : Haïti, Chili, Chine..
Les catastrophes qui nous révoltent : insécurité des transports routiers (l'équivalent d'un 11/09 tous les jours), l'Afghanistan (des familles innocentes assassinées pour un 11/09, par la faute d'une poignée, je devrais dire quelques familles coupables et ultra riches), l'Irak (des millions de morts et de l'énergie dépensée en pure perte pour capter... l'énergie fossile).
Les catastrophes qui nous questionnent : et si je faisais autrement ? C'était le cas des grèves de la télévision, par exemple, quand j'étais enfant. Tout d'un coup, la télé ne déversait plus son flot de "nouvelles", et en famille, entre nous, nous parlions, jouions, lisions, sortions de nos maisons.
Inventer la catastrophologie ?
Cela fait belle lurette que je n'ai pas d'illusion sur la capacité à mobiliser un groupe de plusieurs milliards d'individus autour d'un projet commun destiné à trouver une issue pacifique à l'effet de tenaille que représente d'ici dix ans la crise énergétique (passage du fossile au renouvelable) et le dérèglement climatique.
A l'instar de Paul Wolfowitz et du PNAC qui pensait dans les années 90 que les USA devraient subir une catastrophe salutaire pour comprendre que le monde est dangereux, je me dis que l'ensemble des nations ne se coordonneront qu'en cas d'événement émotionnel perceptible et compris par tous.
Et ce petit événement à l'échelle européenne me fait penser qu'on devrait poursuivre la pensée de Jean-Pierre Dupuy et de son "catastrophisme éclairé" pour inventer la catastrophologie. La science et la technique de la catastrophe. Ca éviterait à quelques familles objectivement nuisibles, de Bush à Ben Laden, et quelques petits chefs peu scrupuleux de jouer avec le feu.
Nous dépasserions ainsi la supersolution, chère à Paul Watlawick dans son livre "comment réussir à échouer", qui consiste à répéter à une échelle disproportionnée des solutions anciennes , avec le résultat: "la maladie est vaincue, le patient est mort".
La catastrophologie, science pluridisciplinaire où se côtoieraient histoire, géographie, science politique et communication serait une piste ténue dans le dédale complexe de notre chemin vers une issue pacifique des défis qui arrivent maintenant.
On n'est pas au bout de nos peines...
Bien sûr, je rêve. Nous sommes englués dans l'ultrasolution, la répétition des comportements passés (plus de la même chose). Deux extraits de presse qui en témoignent :
Dans le Monde :
"De nombreux voyageurs bloqués en Scandinavie se tournent vers les taxis, même pour des grandes distances, comme un Oslo-Paris commandé par un client dans la capitale norvégienne. La principale compagnie de taxis à Stockholm fixe à 750 euros le prix d'un trajet vers Oslo et à 950 euros une course pour Copenhague. Un ancien membre des Monty Python, John Cleese, bloqué à Oslo où il participait à une télé-entrevue, a ainsi rejoint Bruxelles en taxi. Prix de la course : 3 800 euros."
Monsieur Cleese, que j'adore par ailleurs, je vous ai connu plus pertinent...
Dans Science Fair :
"Fortunately for the USA, Sennert says the wind direction is such that the ash cloud is traveling east-southeast, toward Europe and away from the USA."
Fortunately... formidable. "Mein Reich über alles".
Ecrit dans le Thalys entre Paris et Bruxelles et sous le cil bleu, en face de mon épouse.
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