Nos entreprises, nos équipes, devront trouver des modèles de développement inouï. Voilà. Je préfère inouï à durable, parce que l'oxymore Développement Durable commence vraiment à puer. Il y a dans inouï l'idée de n'avoir jamais été entendu et le mot suscite une sorte de jubilation. Et les entreprises européennes ont intérêt à faire plus vite que les autres.
Comme je réfléchis à un mode de management participatif radical, j'avais notamment inscrit, il y a un mois, une règle qui me semblait intéressante : "j'accepte de revenir sur nos décisions". En regardant cette présentation de Tom Wujec lors d'un TED Talk (encore...), j'ai eu la confirmation que c'était une piste qui avait ses avantages.
En demandant à des groupes de construire quelque chose qui n'avait jamais été fait, le groupe le plus performant était celui qui construisait par essai - erreur. Il "avance en marchant" en construisant prototype après prototype, la solution la plus performante.
Quelle équipe, me demanderez-vous, a développé spontanément cette approche aussi performante, loin devant les équipes de diplômés des écoles de commerce et talonnée par une équipe de CEO ? Une équipe d'enfants de maternelle.
Il me semble que c'est une très belle leçon de "management" (du verbe to manage : réussir, parvenir à, se débrouiller...)
Je n'ai trouvé que cette version française sous-titrée en espagnol d'un des extraits les plus instructifs du film de Pierre Carles "la sociologie est un sport de combat". Il montre à merveille la perdition dans laquelle s'enlise la pensée politique de la fin du XXe siècle. Le malaise est palpable, on souffre à regarder ça. Les "sachants" transpirent à grosses gouttes, justifiant jusqu'à l'absurde leur pensée par une caution scientifique. Les petits bourgeois bien pensants arborent des sourires gênés, entre mépris et peur. La plupart s'expriment sans cohérence, sans but. Tragique... Mais a-t-on fait du chemin depuis ?
Vous vous rappelez ces moments cardinaux, depuis votre enfance jusqu'à aujourd'hui, où vous ressentiez concrètement, physiquement, un basculement dans votre vie ? Tiens, faites l'expérience de vous en souvenir. Vous êtes enfant. Vous prenez conscience de quelque chose de nouveau, d'inédit. Certains appellent ça un "insight".
Ca va ? Ca vous dit quelque chose ? Agréable, non ? Même si le contexte est parfois tragique, il s'est passé quelque chose d'important pour vous : vous êtes "devenu" autre. Comme le disait Rimbaud, dans une correspondance : "je est un autre".
Mais c'est plus qu'un insight (quelque chose qui se passe en soi) : ce changement de perception s'accompagne souvent d'un changement de l'environnement. Puisque vous changez, dans un système relationnel, les autres changent avec vous. Et peut-être même est-ce parce que les autres ont changé "imperceptiblement", vos parents, vos potes, votre instituteur, que vous avez vous-même changé, etc... Et ça bascule. Comme quelque chose de vertigineux, un déséquilibre qui devient un nouvel équilibre.
Il est toujours hasardeux de faire des homologies entre un individu et la société, surtout si cette société compte six milliards d'humains, plusieurs milliers de langues vivantes, au moins autant de cultures, et cinq continents. Alors, je hasarde : nous sommes très près de ce basculement.
Quels sont les indices qui me font penser ça ?
Nous vivons depuis une vingtaine d'années sansidéologie : au risque de perdre quelques amis, je pense que le monde n'a pas de sens sans idéologie. Parce que l'idéologie est un dispositif d'idées et de pensée fausses qui donne un sens à une vie sociale. Et après vingt ans, ma foi, les primo-arrivants de l'humanité (qualifiés avec une sorte de crainte, de peur, même, de "jeunes"), n'ont rien, pas d'histoire, pas de mythe, pas d e logique (même fausse, on s'en fiche) à laquelle ils peuvent se relier.
Un ensemble d'idées et de pensées sont en train de s'agglomérer : 2.0, participatif, développement durable, complexité, systémique... Il dessine les contours d'une utopie : un lieu qui n'existe pas (ou-topia), et un lieu "bon" (eu-topia, dont on entend l'écho dans "a better world", terme récurrent depuis le début des années 2000).
Le politique est toujours très absent du débat idéologique et c'est normal : le politique est au service du présent et le présent est plutôt vide. Le seul dépassement possible du politique serait de faire état de sa vacuité actuelle, mais il n'y a pas encore de femme et d'homme politique suffisamment courageux pour faire de l'aveu simple et franc de leur impuissance un programme politique. Et peut-être que, à la décharge du personnel politique, ils n'ont pas le temps de penser, tellement les outils de gestion du monde sont compliqués à utiliser. Pendant que les politiques gèrent, la politique se fait ailleurs.
La contestation du monde présent se ravive. Il ne s'agit plus seulement de combattre le vieux monde. Combattre le conservatisme est devenu en soi conservateur depuis les années 1960.Non. La contestation est celle du monde actuel : les pamphlets fleuve de Naomi Klein ont donné le ton. Mais d'autres contestations plus pertinentes encore voient le jour. Par exemple celle de Geert Lovink dans La société de la requête. Comme un arrière-goût de souffre, il fait référence au livre de Guy Debord, la société du spectacle.
La limite physique de la société, c'est-à-dire l'argent, pointe son nez avec la crise financière et économique en Europe. Elle force, physiquement, à changer. Mais changer dans quel sens ? Avec quelle représentation du monde ?
Le forum ouvert - Open Space Technology Le site des facilitateurs de la méthode participative du forum ouvert (ou Open Space Technology). Une méthode qui favorise l'intelligence collective et la mise en route des plans d'action.
WorldCafé Site des utilisateurs de la méthode participative du World Café. Une méthode pour favoriser l'intelligence collective.
Le manifeste des evidences Un manifeste pour un nouveau marketing qui date de 1999. Prophétique et utopique, il s'appuie sur le modèle du Web2.0 comme Freud s'appuyait sur la thermodynamique et Watzlavick sur la cybernétique.
L'alter entreprise - le blog de Yannick Roudaut Yannick Roudaut est économiste. Il analyse de manière claire le système financier et les méfaits de la spéculation. Il explore des pistes alternatives.