Si vous n'avez pas compris (ou aimé) mon dernier post, regardez cette vidéo. Dans le cas contraire, regardez-là aussi.
En 2048, j'aurai 90 ans :)
Accessoirement, j'espère que le TED Alsace en Octobre sera de même qualité.
Si vous n'avez pas compris (ou aimé) mon dernier post, regardez cette vidéo. Dans le cas contraire, regardez-là aussi.
En 2048, j'aurai 90 ans :)
Accessoirement, j'espère que le TED Alsace en Octobre sera de même qualité.
Rédigé à 08:00 dans Economie, Humanité, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
J'ai passé une très agréable journée au BarCampAlsace6.5. Après avoir assisté à 4 séances qui m'ont apporté beaucoup, j'ai animé ma propre session sur l'avenir du BarCampAlsace.
Les apports des 4 premières sessions :
L'agence de développement économique du futur
J'ai appris à retrouver des personnes que j'aime beaucoup et que je n'ai pas revues depuis longtemps. Le temps est une belle thérapie, qui filtre les souvenirs désagréables pour ne garder que le meilleur. Quel dommage que nous vivons une époque de pénurie de temps. Peut-être que la fin du pétrole, cette drogue de l'économie qui dope la vitesse, nous permettra de ralentir notre rythme et de jouir du temps qui passe.
De la colère a émergé de la conversation. Il y aurait une sorte de maillon manquant entre les pouvoirs publics, dont le rôle est de redistribuer les richesses, et les entrepreneurs qui créent la richesse d'aujourd'hui et de demain.
Dans une autre session est apparue l'idée d'un médiateur. Mon expérience a montré que chaque fois qu'il y a l'idée d'un médiateur, c'est le symptôme d'une déresponsabilisation des acteurs. On transfère la responsabilité de la relation sur une interface supplémentaire (le médiateur). Qui est en général, intrinsèquement, incompétente. Ca m'a fait penser à une répétition de l'ancestral sacrifice de la vierge innocente.
A priori, on peut faire mieux : apprendre à se parler, à se respecter et à faire autrement ensemble.
Dental Life : lieu de formation des métiers de la médecine dentaire en univers virtuel
Second Life semble se professionnaliser et apporter des solutions de formations intéressantes. J'ai aimé la présentation de Dental Life. J'ai constaté qu'il fallait déployer beaucoup d'efforts, de générosité (ou d'abnégation) pour emmener les professionnels sur Second Life.
L'ère est encore pionnière. Ce qui m'est apparu, c'est que seules les très grandes entreprises pouvaient mobiliser les fonds, les équipes dédiées nécessaires à exploiter Second Life et les collaborateurs. Il y a ici un avantage à la taille qui favorise à terme les positions dominantes.
J'ai appris à distinguer ce que Second Life peut apporter comme valeur ajoutée unique. Par exemple, la formation des langues étrangères. Dans mon entreprise, Latitude, la seule formation des collaborateurs dont j'estime que le résultat n'a pas été atteint est l'apprentissage de l'anglais. La formation classique est très vite limitée. L'immersion dans un pays étranger est assez irréaliste, à moins de déménager toute l'entreprise aux US ou en Chine (c'est peut-être pas idiot, après tout...). L'immersion dans un univers virtuel, où on peut allier l'écrit (chat) et oral (voice) est peut-être une solution habile.
J'ai aimé cette réflexion qui m'a fait évoluer : "virtuel ne s'oppose pas à réel : un monde virtuel est bien réel, puisque je suis là et que j'agis sur ce monde. Un monde virtuel ne s'oppose à rien. Il est complémentaire du monde matériel."
CoWorking
L'équipe d'Alsace Digitale se bat pour développer un espace de CoWorking (encore une autre écriture...) à Strasbourg. J'y ai vu un véritable cas d'école de ce que les psychologues sociaux appellent la théorie de l'engagement. En vrac : pas d'aide publique (non rémunération, coût élevé), communication externe du projet (visibilité publique de l'acte), autisme des pouvoirs publics (augmentation de l'engagement par l'opposition), motivation par les valeurs (explications dites internes). Le résultat est... qu'il y a du résultat. L'espace existe et les animateurs mouillent leur chemise.
Ils m'ont donné envie de faire quelque chose dans mon domaine d'activité. Je réfléchis à quelque chose qui pourrait se tricoter avec eux. Il y a beaucoup de questions : le lieu, les outils, les moyens et les risques, les partenaires, la promotion, la mise en réseau (voir notamment The Hub)...
Entrepreneur Commons
Cette session, présentée par Grégoire Japiot et Christophe Ducamp ne pouvait qu'être perturbante pour moi. C'est la raison pour laquelle je tenais à y assister. J'aime ces deux-là comme j'aime Hölderlin : leur langage m'est presque incompréhensible. Tout est dans le "presque". J'ai d'autres amis, comme ça. Des types en marge, qui sont loin dans leur pensée et qui souffrent de ne pas être entendus. Ils parlent, souriants, mais leur sourire est inquiet parce qu'ils voient bien qu'ils ne sont pas "entièrement compris" (pardonnez-moi ce presque pléonasme...). Or ce sont eux qui apportent le plus, si on fait l'effort de suivre leur chemin. Parce qu'ils parlent de ce qui n'est pas encore concevable par leurs interlocuteurs, ou pas encore perçu.
Grégoire a proposé un format de dialogue, le ProjectCamp, dédié aux entrepreneurs. Il permet de faire se rencontrer investisseurs, financeurs, accompagnateurs et porteurs de projet dans un format court proche du BarCamp. Un format de ce type existe déjà ici. J'en parlerai dans mon prochain post.
Christophe a proposé de créer à Strasbourg un chapitre du réseau Entrepreneur Commons. 9 villes ont déjà leur chapitre : San Francisco, Menlo Park, Palo Alto, Oakland (CA), New York, Miami, Chicago, Paris et Madrid. Ah oui... quand même.
L'idée est simple, au fond :
Je me suis demandé comment intégrer cela à l'existant : APM, Alsace Entreprendre, Créacité, Semia...
Espèce d'espace...
Le point commun des quatre sessions est l'ambition de créer un espace de rencontre. Idéalement, on pourrait avoir envie de refaire le monde : créer un lieu de production réel (matériel et virtuel), d'un nouveau présent entre pouvoirs publics et entreprise privée, entre entrepreneurs individuels, entre proches et lointains.
Le monde n'est pas idéal, parce qu'il est ici et maintenant le résultat d'un passé. Et de ce passé, dont nous sommes co-responsables, nous héritons une multitude d'espaces de rencontres et de production, institutionnalisés ou non.
Alors, imaginons une ville à reconstruire. Est-ce qu'on va tout raser et tout refaire ? Est-ce qu'on va créer un énième espace ? La réalité est différente : dans certains cas, on reconstruit, dans d'autres on rénove, on fusionne, on crée des ponts, dans d'autres encore, on réorganise le processus de production de l'espace. On accepte notre passé. On cherche à en tirer le meilleur.
Je soumets quatre réflexions :
Rédigé à 13:22 dans Economie, Humanité, Innovation, Méthodes participatives, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Alsace, BarCamp, BarCampAlsace, développement économique, entrepreneurs, innovation, méthode participative, réseaux sociaux, Second Life, Strasbourg
Ma petite entreprise connaît la crise. Nous entrons dans la troisième année d'une mutation où les marges de manoeuvre sont de plus en plus étroites. Les coûts enflent et l'activité est incertaine. La question du "que faire ?" est devenue presque illusoire : toute stratégie peut être remise en question du jour au lendemain. Ce qui marchait l'année dernière peut ne plus marcher maintenant. La question la plus importante est "comment faire ?". |
Depuis que j'ai créé Latitude, il y a vingt sept ans, je n'ai jamais connu de période aussi passionnante et aussi dangereuse. Latitude a traversé des problèmes internes, des crises économiques, des mutations technologiques, des évolutions de l'offre. Jamais tout en même temps et jamais à une telle vitesse. Il y a sans doute des solutions, mais elles ne sont pas sûres. Et les marges de manoeuvre sont étroites.
Une agence de communication doit aujourd'hui tout repenser : son fonctionnement, l'intégration de ses compétences, son offre, ses choix de clients. Certains ont anticipé. D'autres appliquent brutalement les recettes du passé. Entre les deux, on ne sait pas. De nouveaux entrants ont pris des parts de marché.
En 2009, le marché de la communication a décru pour la deuxième année consécutive. J'ai le sentiment que l'année 2010 ne sera ni pire ni meilleure : elle sera ce que chaque agence en aura fait. Du travail, de la valeur à créer, il y en a. Mais plus du tout avec les mêmes annonceurs, les mêmes médias et les même approches.
En période de rupture, on ne sait pas si nos choix sont les meilleurs. On sait seulement qu'il ne faut plus faire les mêmes choix qu'avant. Ce constat simple est lourd de conséquences. Il implique, je crois, ces quatre hérésies stratégiques :
Faire le deuil des clients qui n'ont pas décidé de faire autrement
J'ai entendu un chercheur indien dire sur le ton de la boutade que le métier des agences marketing était de vendre des publicités qui plaisaient au CEO. C'est tellement vrai que si votre client n'a pas compris que les stratégies de communication d'aujourd'hui n'ont plus rien à voir avec celles qu'on pouvait encore tolérer il y a trois ans (pour peu qu'on avait les moyens de ne pas en mesurer les résultats), vous êtes perdants à tous les coups. Car en faisant ce qui plait à ce client, vous contribuez à sa perte. Et si vous ne le faites pas, vous perdez le client.
Tous les responsables d'agences savent que l'énergie dépensée pour convaincre un client de mener une stratégie de communication différente de celle qu'il croit être bonne est disproportionnée par rapport au gain attendu.
Il faut donc accepter d'abandonner certains clients, et de grandir avec les autres. Les nouveaux clients sont ceux qui font des choix différents.
Accepter de revenir sur ses décisions
Dans l'incertain, avoir des certitudes est irresponsable. Or, on accepte mal qu'un manager ne soit pas sûr de lui. Pourtant, dans un marché qui se transforme aussi rapidement que le nôtre, le manager qui reconnaît rapidement qu'il s'est trompé et propose une alternative a plus de chances de réussir qu'un autre.
Aujourd'hui, tous les projets, tous les plans d'action, devraient être en "version ß" : tout est expérimental, tout est observé. Ce qui marche, on le continue. Ce qui ne marche pas, on le change.
Une "version ß" est toujours un travail collectif, une somme partagée d'expérimentations, de corrections, et d'observations de chacun. De sorte que la relation du manager avec son équipe est différente. Il n'est plus le responsable qui délègue les tâches. Il est celui dont la tâche est de responsabiliser.
Refuser d'être l'esclave de l'autre
Comme tout métier de prestation de service, la guerre des prix est une guerre du mépris. Faire une "remise" sur un prix qui comprend 80% de travail humain, signifie ou bien appauvrir l'entreprise, ou bien appauvrir le travailleur.
Sur certains dossiers, nous passons tellement de temps par manque de rigueur de nos partenaires que le prix réel de l'heure vendue est inférieur au taux horaire du SMIC. Cela est insupportable.
Il n'est plus possible d'accepter la domination des prix par le client. Lors d'une mise en concurrence récente, l'agence de communication Novembre a offert sa prestation à un prix deux fois inférieur au nôtre. Aujourd'hui, Novembre est en redressement judiciaire. Rien d'étonnant avec de telles pratiques. Tout le monde a perdu. Peut-être pas les dirigeants de l'entreprise, qui pourront toujours se "recentrer sur Paris", mais surtout les salariés et les contribuables qui vont payer.
Facile à dire ? Pas facile à faire, non. Mais c'est le devoir du dirigeant de défendre la valeur de l'entreprise pour l'ensemble des parties prenantes. Pour cela il doit être créatif, gestionnaire et pédagogue. Créatif, parce que c'est notre métier. Gestionnaire, parce que nos heures de travail sont précieuses. Pédagogue, parce que toute l'entreprise doit le comprendre. Si votre patron ne désire pas être tout ça en même temps, fuyez.
La relation maître / esclave est la solution de facilité la plus odieuse qui soit. Elle consiste à faire payer à l'autre sa propre incompétence sous couvert de son pouvoir. Tout le monde est concerné : le client, le dirigeant de l'agence, les cadres et même les salariés entre eux.
Le talent du maître n'est pas de posséder ses esclaves, mais d'élever ses disciples au rang de maîtres. Quel effort exigeons-nous de nos clients pour libérer le talent de notre agence ? Que faisons-nous pour libérer le talent de nos collaborateurs ? Pour libérer l'intelligence collective ? Il y a beaucoup de chemin à faire encore, y compris pour moi-même.
Aimer ce qu'on fait, avec qui on le fait et pour qui on le fait
Si vous ne faites pas votre métier avec passion, vous allez perdre, parce qu'il y aura toujours quelqu'un de passionné qui sera meilleur que vous. Or pour aimer son métier, il faut aimer son client et aimer l'équipe avec laquelle vous travaillez.
Si ces conditions ne sont pas réunies, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour que ces trois conditions soient réunies.
Cette solution fait appel à l'intelligence relationnelle. Elle part du principe qu'il ne faut pas (plus) attendre de l'entreprise qu'elle réponde à toutes vos questions. Au contraire.
Aujourd'hui, c'est l'entreprise qui pose question : A quoi ça sert de travailler ensemble ? Qu'est-ce que j'y gagne ? Qu'est-ce que je concède ? Qu'est-ce que je peux apporter comme solution à ce qui ne me convient pas ? Si chacun dans l'équipe réfléchit à sa solution et la tricote avec les autres, c'est une équipe qui a du sens.
Ce week-end, je suis à Bruxelles. Depuis que j'ai décidé de limiter au strict minimum mes déplacements en avion, il ne m'était pas venu l'esprit de faire le voyage autrement qu'en train. Heureux état d'esprit par les temps qui courent, et les nuages abrasifs qui survolent l'Europe…
Lu dans le Monde ce matin :
"L'Association internationale du transport aérien (IATA) estime à plus de 200 millions de dollars par jour le coût de ces perturbations pour les compagnies aériennes."
200 millions d'euros par jour : c'est le tiers de ce qu'ont coûté les guerres en Irak chaque jour, sans compter les peines et les haines qui se poursuivent. Sans compter non plus les leucémies des centaines de milliers d'enfants d'Irak du Sud qui ont été contaminés par les débris des obus à uranium appauvri des chars Leclerc français envoyés par le pétaino-socialiste François Mitterrand lors de la "première" guerre du Golfe. De cela, on a très très peu parlé. Incorrect ?
200 millions d'euros par jour : c'est ce qu'on ne dépense pas pour l'avion et qu'on peut dépenser autrement sans se faire tuer. Aller au restaurant pour un moment de convivialité, être accueilli dans un hôtel, changer ses habitudes et faire une conférence Skype, prendre le train. Le train n'étant pas la plus mauvaise idée, en ce siècle où l'ubiquité est à la mode : on peut y travailler, s'y reposer, tout en se déplaçant.
Bien sûr, ce n'est pas charitable pour l'industrie du transport aérien et encore moins pour le consommateur momentanément coincé dans les aéroports. Pas plus charitable que le marché l'a été pour l'industrie sidérurgique ou pour les éleveurs de chevaux de trait. Mais il n'y a pas mort d'homme.
Catastrophes malignes, catastrophes benignes
Il y aurait trois formes de catastrophes :
Les catastrophes dont on ne peut que pleurer les morts : Haïti, Chili, Chine..
Les catastrophes qui nous révoltent : insécurité des transports routiers (l'équivalent d'un 11/09 tous les jours), l'Afghanistan (des familles innocentes assassinées pour un 11/09, par la faute d'une poignée, je devrais dire quelques familles coupables et ultra riches), l'Irak (des millions de morts et de l'énergie dépensée en pure perte pour capter... l'énergie fossile).
Les catastrophes qui nous questionnent : et si je faisais autrement ? C'était le cas des grèves de la télévision, par exemple, quand j'étais enfant. Tout d'un coup, la télé ne déversait plus son flot de "nouvelles", et en famille, entre nous, nous parlions, jouions, lisions, sortions de nos maisons.
Inventer la catastrophologie ?
Cela fait belle lurette que je n'ai pas d'illusion sur la capacité à mobiliser un groupe de plusieurs milliards d'individus autour d'un projet commun destiné à trouver une issue pacifique à l'effet de tenaille que représente d'ici dix ans la crise énergétique (passage du fossile au renouvelable) et le dérèglement climatique.
A l'instar de Paul Wolfowitz et du PNAC qui pensait dans les années 90 que les USA devraient subir une catastrophe salutaire pour comprendre que le monde est dangereux, je me dis que l'ensemble des nations ne se coordonneront qu'en cas d'événement émotionnel perceptible et compris par tous.
Et ce petit événement à l'échelle européenne me fait penser qu'on devrait poursuivre la pensée de Jean-Pierre Dupuy et de son "catastrophisme éclairé" pour inventer la catastrophologie. La science et la technique de la catastrophe. Ca éviterait à quelques familles objectivement nuisibles, de Bush à Ben Laden, et quelques petits chefs peu scrupuleux de jouer avec le feu.
Nous dépasserions ainsi la supersolution, chère à Paul Watlawick dans son livre "comment réussir à échouer", qui consiste à répéter à une échelle disproportionnée des solutions anciennes , avec le résultat: "la maladie est vaincue, le patient est mort".
La catastrophologie, science pluridisciplinaire où se côtoieraient histoire, géographie, science politique et communication serait une piste ténue dans le dédale complexe de notre chemin vers une issue pacifique des défis qui arrivent maintenant.
On n'est pas au bout de nos peines...
Bien sûr, je rêve. Nous sommes englués dans l'ultrasolution, la répétition des comportements passés (plus de la même chose). Deux extraits de presse qui en témoignent :
Dans le Monde :
"De nombreux voyageurs bloqués en Scandinavie se tournent vers les taxis, même pour des grandes distances, comme un Oslo-Paris commandé par un client dans la capitale norvégienne. La principale compagnie de taxis à Stockholm fixe à 750 euros le prix d'un trajet vers Oslo et à 950 euros une course pour Copenhague. Un ancien membre des Monty Python, John Cleese, bloqué à Oslo où il participait à une télé-entrevue, a ainsi rejoint Bruxelles en taxi. Prix de la course : 3 800 euros."
Monsieur Cleese, que j'adore par ailleurs, je vous ai connu plus pertinent...
Dans Science Fair :
"Fortunately for the USA, Sennert says the wind direction is such that the ash cloud is traveling east-southeast, toward Europe and away from the USA."
Fortunately... formidable. "Mein Reich über alles".
Ecrit dans le Thalys entre Paris et Bruxelles et sous le cil bleu, en face de mon épouse.
Rédigé à 11:11 dans Economie, Science, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Catastrophe, catastrophisme éclairé, communication, développement durable, guerre en Irak, transport aérien
| Les critères du Crédit Coopératif sont fondés sur la valeur du projet. Plus le projet apporte de la valeur environnementale ou sociale, c'est-a-dire une valeur réelle, plus le taux de crédit est bas. La coopérative bancaire considère que ce n'est pas son produit, l'argent, qui a de la valeur, mais l'effet de l'usage de cet argent sur la réalité. Une éthique à méditer pour chaque chef d'entreprise. |
Echaudé par mes négociations infructueuses avec les banques, j'ai attendu que les taux baissent. A partir de septembre 2009, je me suis remis timidement à questionner le Groupe Pingre, Pépettes, Money & Ass. et le Crédit Malabar. Ce dernier me dit qu'il n'avait pas d'offre intéressante à faire.
Pépettes, Money & Ass. comme à son habitude, traina des pieds mais fit une proposition intéressante et bien documentée. Le Groupe Pingre pareil, les deux offres étant comparables à peu de choses près. Je m'apprêtais à signer avec le Groupe Pingre. Monsieur Jekyll s'était calmé et moi je m'étais fait à l'idée de payer des frais d'entrée et des frais de sortie iniques, malgré mon ancienneté dans la maison. Et puis l'assistante de monsieur Jekyll avait fait du bon travail. Tout travail mérite salaire.
Enfin, après l'intervention de Yannick Roudaut, dont j'ai déjà parlé, je me suis dit que le Groupe Pingre était toujours mieux classé parmi les banques "éthiques" que Pépette, Money & Ass. qui trainait quelques casseroles, comme en témoigne le tableau ci-dessous :
Source : les amis de la Terre - Téléchargement GUIDE_BANQUES
Mais au cours de cette séance, j'ai aussi entendu parler des "banques éthiques" et de "finance islamique". N'ayant pas idée comment accéder à une banque orientale, je me suis assez naturellement tourné vers une banque dite "éthique". Le mot est inapproprié, mais bon, je vais faire avec.
La Fédération Européenne des banques Ethiques et Alternatives (FEBEA) compte 25 membres, dont le Crédit Coopératif qui dispose d'une agence à Strasbourg. Je téléphone donc à cette banque. On m'écoute avec gentillesse et simplicité, oui, oui, on peut financer votre projet, ça rentre dans nos critères. Rendez-vous est pris pour la semaine suivante.
J'arrive à l'agence au centre ville. Elle ne paye pas de mine. La porte est un peu branlante, pas de marbre, pas de granit et pas de dorure. Je croise un client et son tout petit garçon dans le sas d'entrée, j'arrive à l'accueil souriant, l'ambiance est familiale. Mon interlocuteur se présente et me fait entrer dans son bureau de 3 m2 vitré (on est quasiment sur le trottoir). Pendant l'heure et demie qu'a duré l'entretien, la question du "prix" du crédit a pris moins de 10 minutes. Je présente mon projet, comme les autres fois, en insistant plus particulièrement sur les aspects environnementaux qui se sont précisés depuis un an (j'ai eu le temps d'y penser pendant le long hiver bancaire…). Mon interlocuteur s'y intéresse, me pose quelques questions.
Vient la discussion sur les conditions de crédit et le prix. Le fait de domicilier ses comptes au Crédit Coopératif est une conditions sine qua non pour l'obtention du crédit, pas un élément de négociation. Au Crédit Malabar, la domiciliation permet de négocier un prix. Au Crédit Coopératif, elle participe à l"engagement de financement d'entreprises sociales et solidaires. Le même acte, mais dans un cas, il est égoïste, dans l'autre, il a du sens. Question de communication.
Le calcul du taux d'intérêt se fonde sur les caractéristiques environnementales de la rénovation. Mon interlocuteur me tend un questionnaire sur les équipements destinés à préserver la nature et économiser l'énergie. Mon projet est plutôt avancé dans ce domaine, et je coche beaucoup de lignes. Puis, nous discutons sur les choses que je pourrais faire en plus. Un récupérateur de pluie, vous y avez pensé ? Bah, non, je dis, y a assez d'eau en Alsace. Allons, c'est pas bien cher, et ça évite du traitement de l'eau… Bon, ok, vous avez raison, hop, j'en prends un. Et voilà mon banquier qui devient co-concepteur de mon projet.
Résultat des courses : le taux de crédit est légèrement inférieur à la meilleure proposition que j'ai reçue depuis le début de mon parcours du combattant. Les frais d'entrée sont 6 fois inférieurs. Les frais de remboursement anticipés sont raisonnables et justifiés et je choisis l'assurance que je veux. Il me dit : nos conditions ne sont pas les meilleures qu'on pourrait obtenir, mais c'est comme ça, et nous ne négocions pas le taux.
Je m'inquiète des frais de tenue de mon compte ? Pas d'inquiétude : il n'y en a pas. Par contre, le découvert est cher. C'est pour vous inciter à ne pas l'utiliser, dit mon interlocuteur. On n'est pas là pour gérer votre compte. Au moins, c'est dit.
L'affaire réglée, nous parlons pendant trois quarts d'heure de mes projets professionnels. Je vais rencontrer un responsable de compte professionnel dans les semaines à venir.
J'ai été frappé par la similitude du processus entre le Crédit Malabar et le Crédit Coopératif. Je passe sur les relations humaines, ce côté authentiquement chaleureux qui m'a rassuré dans les deux cas. Le plus significatif a été cette liste de critères. D'un côté un prix fondé sur la valeur du patrimoine du porteur de projet : l'homme est considéré comme une marchandise. De l'autre, un prix fondé sur l'effet du projet sur la société humaine : l'homme est au centre du projet.
Le Crédit Coopératif m'a réconcilié avec le métier de banquier. C'est même tout à fait passionnant : l'argent n'est pas une commodité.
Rédigé à 08:00 dans Economie, Humanité, Techniques de communication | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Tags Technorati: banque éthique, communication, Crise financière, crédit coopératif
| Qu'importe la nature du projet, les critères qui conduisent à un bon taux de crédit sont liés à l'argent et pas au projet. Cela revient à dire que plus vous avez d'argent, moins vous payez cher. Cela revient à dire que le projet n'a aucune espèce d'importance, qu'il peut détruire de la valeur, c'est égal, du moment que vous avez de l'argent pour rembourser. C'est comme ça qu'on finance des armes, des installations nucléaires dangereuses dans des pays peu sûrs et la drogue. |
Le Groupe Pingre est aigri, la Banque Pépettes, Money & Ass. roule au Prozac, la Caisse Pincettes et Trouillard ne répond plus, mais le Crédit Malabar, c'est du concret, on sait où on va. Au Crédit Malabar, c'est autre chose. Ca dépote !
En septembre 2008, pour trouver le financement de la rénovation de notre maison, je rame. Alors, lorsque le Crédit Malabar m'ouvre grand les bras, je me dis ça y est, je suis tombé sur une "vraie" banque. Je tombe sur un certain monsieur Juve qui n'y va pas par quatre chemins. Après lui avoir résumé au téléphone ce que je veux faire et ma situation personnelle, il me propose illico un rendez-vous dans son agence.
Monsieur Juve m'accueille à l'entrée, me conduit rapidement à son bureau de 3 m2 (il y a juste la place pour son bureau, lui, un de ses collègues et moi). Et monsieur Juve mène l'entretien avec vigueur. Il est costaud, il a une voix forte, des grosses mains, de grosses lunettes, de grosses chaussures avec des semelles à clous et un costume brun épais. Quand il s'assied sur sa chaise, elle craque. Quand il parle à son collègue, son collègue rentre sa tête dans les épaules. Monsieur Juve m'écoute avec intérêt lorsque je déroule ma présentation, prend des notes, fait deux ou trois remarques pertinentes.
Enfin, il me dit en substance : moi, ça m'intéresse de vous avoir comme client, alors on va faire ce qu'il faut pour ça, tous les deux. Vous répondez à mes questions, je vous explique comment ça marche chez nous, et après je vais négocier le bout de gras avec ma hiérarchie, vous allez voir, je vais vous sortir les meilleures conditions possibles, mais il faudra aussi y mettre du vôtre. Galvanisé par son charisme naturel, je dis banco, allez, on y va.
Il prend l'écran de son ordinateur d'une main pour le tourner vers moi, qui vacille sur son pied. Voilà, dit-il, chez nous, plus vous utilisez nos services, moins c'est cher. Par exemple, si vous mettez vos comptes chez nous, ça fait baisser le taux. Si vous garantissez de placer vos sous chez nous, ça fait baisser le taux. Si vous prenez l'assurance chez nous, ça fait baisser le taux. Si vous ouvrez d'autres comptes chez nous, ça fait aussi baisser le taux. Ca c'est la base. Et comme ça, moi j'ai des billes pour défendre votre dossier, vous voyez ? Je dis que je vois et je lui dis que ça a l'avantage d'être simple. Ouais, il dit, on se comprend.
On remplit le tableau ensemble et on sort un premier taux. Pas terrible. Il me dit : ah oui, c'est pas terrible, mais attendez que j'ai vu avec ma direction. Dès que j'ai des nouvelles, je vous envoie un mail. Là-dessus on se quitte, moi je n'y crois pas trop, depuis le temps qu'on me promet des mails.
La semaine suivante, Juve m'envoie sa proposition, tout fier. Pas de chance, entre temps les taux ont encore monté, et monsieur Juve ne peut pas lutter. Pourquoi payerais-je si cher, me dis-je, et puis je vais payer pendant 15 ans. Les taux sont hauts, le Crédit Malabar a fait un bel effort dans sa relation commerciale, mais le résultat n'est pas à la hauteur de la promesse. Aussi dis-je à mon bonhomme que vraiment tout ça c'est vraiment cher payé.
Monsieur Juve, brave homme, reconnait que ça fait du fric sur 15 ans, et las, nous laissons tomber en restant bons amis.
Je n'avais pas réalisé à quel point la négociation la plus malsaine s'était déroulée avec nous deux, honnêtes gens. Voilà un monsieur bien les pieds sur terre, franc du collier et sympathique qui parle à un type de bonne foi et que font-ils ? Ils parlent d'acheter de l'argent. Ils ne parlent pas de financer un projet.
Nous sommes des milliards à regarder nos chaussures au lieu de chercher un chemin.
Rédigé à 08:00 dans Economie | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
Tags Technorati: banque, communication, Crise financière, recherche de sens, éthique
| Cette expérience m'a laissé le temps de réaliser un paradoxe : le crédit est une "commodité", c'est à dire un produit sans valeur ajoutée, qu'on ne peut pas différencier d'une entreprise à l'autre sauf par le prix, tout comme les matières premières ou les produits alimentaires de base. Et pourtant, c'est un marché où le fournisseur (la banque) est le plus souvent en situation de force. C'est un peu comme si Auchan ou Leclerc décidaient si vous êtes dignes ou non d'acheter leurs produits. Vous voulez un litre de lait, ma p'tite dame ? Mmmm.... vous pouvez me montrer votre fiche de paie ? |
Fâché avec la Banque Pingre et dépité par la Pépettes, Money & Ass., je me retrouve sans le sou pour financer mon projet de rénovation de notre maison. Huit mois ont passé. Je promène ma contrariété le long de la rivière qui passe non loin du village. De là où je suis, je peux voir au loin, au-delà des champs, le village voisin plus important. Surgissant au-dessus des toits des maisons alsaciennes, deux enseignes attirent mon regard. L'une est celle d'une agence du Crédit Malabar. L'autre, celle d'une agence de la Caisse Pincettes et Trouillard.
Mince, je me dis, j'aurais du commencer par là : voici sans doute des gens plus proches de leur client, les pieds sur terre, et aussi plus efficaces. Avant de téléphoner pour prendre rendez-vous, je passe mon week end à rédiger une présentation des travaux de rénovation. Un cahier des charges de 30 pages où je décris ma vision du projet, le parti pris écologique, j'y mets du coeur, des images et même un business plan.
Je commence par la Caisse Pincettes et Trouillard. Je téléphone et on m'accueille avec surprise : ah bon ? Vous avez un projet immobilier ? Vous êtes bien conscient de ce que vous faites ? Il faut dire qu'entre temps, la crise immobilière bat son plein. Comme je dis que oui, j'ai déjà payé la maison et je veux faire les travaux de rénovation, nouvelle incrédulité : ah bon ? Vous avez déjà payé votre maison ? Vous n'avez pas de dette ? Je dis que non, et j'obtiens un rendez-vous assez facilement.
A l'agence de la Caisse Pincettes et Trouillard au centre du village d'à côté, je suis reçu par madame Hobson. Elle a un bureau de taille normale, une tête normale, des habits normaux, une fenêtre normale qui donne sur une rue normale, cette banalité me rassure, je pousse un soupir de soulagement. Elle me prie de m'asseoir, me demande si je veux un café (qui m'est effectivement servi, un café tout ce qu'il y a de plus normal) et, une fois assise, elle me regarde sans rien dire. Puis, après un long moment qui commence à me mettre mal à l'aise : alors comme ça, vous voulez un crédit pour rénover votre maison ? Je dis oui, et je sors ma présentation de 30 pages.
Elle m'arrête tout de suite : non ! Non ! Attendez, je vais appeler mon collègue, vous comprenez, il faut qu'il voit ça, elle prend son téléphone : Boris ?.. oui... il est là... si, si, dans mon bureau.. oui… oui… d'accord. Elle sourit, me regarde, raccroche. Il vient, dit-elle. Arrive un jeune homme normal, lui aussi. Il me tend une main chaleureuse, il sourit, me regarde avec bienveillance et aussi, il me semble, avec une certaine curiosité. Madame Hobson nous présente, voilà, je vous présente monsieur Karloff, mon collègue, nous sommes tous enchantés, nous nous asseyons et je présente mon projet. Je n'oublie rien : le projet, le montant, la nature des travaux, les aides, les garanties, les différentes garanties possibles, l'adresse de mon cardiologue, mes certificats médicaux, les prévisions de toutes sortes, mon casier judiciaire, mes revenus, ma feuille d'impôt, mon profil Facebook, l'échéancier des dépenses prévisionnelles, la projection de mes revenus actualisés futurs à partir des revenus des dix dernières années pondérées par le risque climatique, le nom des principaux clients de mon entreprise, mon carnet de vaccination, mon livret de famille et les dernières photos de la maison. Ils ne disent rien pendant toute la présentation et continuent à sourire benoîtement.
Je leur remets mon dossier, et je leur demande : alors, pour le crédit, je peux avoir quel taux ? Ils ne disent toujours rien, ils me regardent, souriants. Euh, je fais, le taux… combien ? Monsieur Karloff se ressaisit brusquement, comme s'il sortait d'une rêverie. Il ne sourit plus et dit : est-ce qu'on peut avoir les trois derniers bilans de votre entreprise ?
Je ne suis plus surpris de rien, alors je dis oui. On reprend rendez-vous et on se revoit quinze jours après. J'avais envoyé les trois derniers bilans par la poste, comme ça, disais-je, on pourrait parler du crédit lors de notre prochaine rencontre. Le jour J, Hobson et Karloff et moi discutons dans le même bureau. Je pensais qu'on irait droit au but, mais monsieur Hobson me dit que ce n'était pas si simple, holaaa, molo - molo, ha haaa, vous êtes un rapide, vous, hein ? C'est qu'il faut étudier votre dossier avec soin, ho la laaa. Je ne lui dis pas que ça fait dix mois que je l'étudie, mon dossier, et que ça commence à faire long.
A l'issue de ce deuxième rendez-vous, Hobson et Karloff me saluent, souriants à nouveau, me tiennent la porte en sortant et me disent, écoutez, alors la proposition, hein, on vous l'envoie vite-vite dans trois semaines par mail, hein ? D'accord comme ça ? C'est d'accord ? Je dis oui, en partant, je les vois me regarder à travers la vitre en me faisant des petits signes d'adieu.
J'ai passé deux heures avec deux cadres de cette banque. C'était en septembre 2008. Depuis j'attends. Ca fait plus d'un an. Je n'ai jamais rien eu. J'ai bien relancé par mail, par téléphone, mais pas de réponse. J'ai bien compris que les banques étaient tétanisées par la crise financière qui secouait la planète. Y compris dans mon petit village.
Ce qui a été déplaisant, c'était de ne pas avoir eu de réponse. Pourtant madame Hobson et monsieur Karloff m'ont semblé des gens tout à fait normaux. Et pendant environ 6 mois depuis Septembre 2008, les banques n'ont pas répondu. Les taux étaient élevés et malgré tout, aucune banque ne se pressait pour faire crédit. Il y avait certainement des raisons objectives à ce comportement, mais pourquoi ne pas l'expliquer ?
Je n'ai jamais plus eu envie d'aller à la Caisse Pincettes et Trouillard.
Rédigé à 08:00 dans Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Tags Technorati: argent, banque, commodité, communication, crise financière, Crédit, Mafia, responsabilité
| Dans les croyances du système bancaire actuel, la Pépette, Money & Ass. n'a pas le choix. Elle consacre toute son énergie à deux activités essentielles : gagner de l'argent avec l'argent des riches sur les marchés internationaux par la spéculation (c'est ce qu'on appelle "sortir par le haut") et perdre le moins d'argent possible avec ses pénibles clients (c'est ce qu'on appelle le "cost killing"). Ecartelés entre gains pharaoniques et irréels sur les marchés exotiques et pertes abyssales et réelles sous leur pieds, ses employés sont comme les pantins victimes des monstres de l'Enfer dans le troisième tableau du Jardin des délices de Jérôme Bosch. Je sens confusément qu'aborder un banquier en lui demandant le taux le moins cher n'est pas la meilleure manière d'aborder le problème. |
Il se trouve que cette année-là, alors que je louais encore les services du Groupe Pingre auprès de tous mes amis, je recevais monsieur Fernand, chargé de compte à la Pépette, Money & Ass. qui me dit que mon argent l'intéresse et qu'il est prêt à faire toutes les contorsions pour m'inscrire sur sa liste de nouveaux clients.
Et de fait, quand je comparais, la Pépette, Money & Ass. était bien moins chère que le Groupe Pingre et ses services judicieux. Au début, je lui disais mais non, je suis fidèle au Groupe Pingre, pensez donc, 25 ans de collaboration, ça ne se biffe pas comme ça d'un trait de plume. Tiens, tu parles comme j'étais naïf...
Je pris donc mes comptes professionnels sous le bras, et je les déposai à la Pépette, Money & Ass., en laissant prudemment mes comptes privés au Groupe Pingre, on ne sait jamais. La sagesse populaire de mes amis businessmen me rappelait de ne pas mettre tous mes oeufs dans le même panier.
La Pépette, Money & Ass., quant à elle, était ravie de me voir arriver. Sise pas bien loin du Groupe Pingre, je la visitai, une façade art nouveau, des dorures partout, elle me déroula le tapis rouge. Je découvris que monsieur Fernand avait été remplacé par monsieur Raoul. Monsieur Fernand avait changé de service, de toute manière, maintenant qu'il avait 50 ans, la sortie ou le placard le guettaient.
Monsieur Raoul occupe une pièce de 3,9 m2 (leader oblige) meublé d'un ensemble Steelcase hêtre et cuir, et un ordinateur qui trône sur le tiers de son bureau. C'est un petit homme sec, maigre, au rire nerveux. Il est compétent, rapide et joue à une sorte de jeu vidéo.
Pendant que nous parlons, il pianote nerveusement sur son clavier, lance des missiles pour faire baisser les taux, c'est notre nouveau logiciel développé par l'agence de communication du groupe, dit-il, c'est ludique, ça augmente notre productivité et ça nous abrutit en même temps, c'est vraiment bien, la communication. Je dis : le taux de découvert, là, je peux l'avoir encore moins cher ? Mais bien sûr, cher client, bien entendu et wooof un missile tactique sol-sol creuse mon autorisation de découvert et ratatine le taux. Je dis encore : et le crédit d'investissement, ici, pourriez-vous encore faire un petit effort ? Ah mais certainement, mille excuses de n'avoir point été plus proactif, la proactivité, ça nous connait, et wooooof un tomahawk réduit la marge sur l'Euribor 3 mois en petits confettis, on prête même d'avance, chez nous, d'ailleurs tenez, regardez sur le graphique : j'ai envoyé les chars sur notre prochain plan social et voici que vos frais se réduisent comme peau de chagrin, rien que pour vous, que c'est fantastique, la technologie de l'information, tout de même.
Ma lune de miel, dès lors, n'a jamais cessé à la Pépette, Money & Ass. Bien sûr, nous eûmes des orages, mille fois Raoul partit en clientèle me laissant sans nouvelle, mille fois je tombai sur sa messagerie : mon doux, mon tendre, mon merveilleux client, si de l'aube claire jusqu'à la fin du jour je ne suis pas joignable, essaye sur mon portable, si là encore j'échappe à ton appel sagace, tu peux contacter Lulu la Nantaise, et si d'aventure elle était à Saïgon, rabat-toi sur monsieur Paul, au pire tu peux toujours essayer l'ami Fritz, et si vraiment il te semble que la Pépette, Money & Ass. est vide de tout être humain, envoie un mail, mon répondeur automatique te renseignera.
Jusqu'au jour où je leur demande un crédit pour la rénovation de ma maison. Monsieur Raoul se rembrunit, puis se montre insistant et un peu louche : vous êtes vraiment sûr que vous ne voulez pas rencontrer un consultant patrimoine de notre banque privée ? Non, je dis, c'est pas le sujet. Vous n'êtes pas sûr ? Si, je dis non parce que je ne veux pas. Sûr sûr ? Non. Vous voulez ? Non, je répète. Parce que nos consultants… insiste-t-il. Quelle partie du mot "non" vous ne comprenez pas, je demande. Las, il m'envoie chez un responsable de compte particulier, en tapant une dernière fois sur son clavier, l'écran affiche "game over".
Je rencontre un certain Tomate dans un placard, il fait assez sombre, je ne le vois pas bien. Il me dit : vous êtes absolument décidé à vouloir une proposition de notre part ? Parce que vous comprenez, c'est quand même du travail. Je dis oui bon, enfin moi des propositions j'en fais tous les jours dans mon boulot, comment voulez-vous gagner une affaire si vous ne commencez pas par une proposition ? Il me dit que oui, ça se tient (mais vraiment je ne le vois pas bien, il a une voix caverneuse qui vient du fond du placard), mais justement, c'est peut-être pas une affaire, parce que chez Pépette, Money & Ass., les crédits de ce type-là c'est compliqué. Quoi, c'est compliqué, je demande, c'est pas compliqué, je rénove ma baraque et j'ai besoin d'un crédit, c'est quoi qui est compliqué ? Ouiiii, bien sûr, mais siiii, chez nous il y a plein de gens au-dessus qui vérifient les garanties, vérifient les vérifications, ils interrogent les responsables de compte dans des salles spéciales à la cave et jaugent le taux qu'on peut faire en fonction du profil du client, enfin quand je dis le client… ils évaluent les évaluations individuelles, croisent les données et ensuite, une fois que le crédit est accordé, s'il est accordé, nous, on ne fait pas comme les autres, hein, on lâche la thune au compte-goutte, on prend les factures, on les contrôle ligne par ligne, on les évalue. On est prudent, quoi. C'est tout à votre honneur, dis-je, admiratif. Ah mais monsieur, du coup, nous, les crédits pour la rénovation de votre maison, on n'est pas très compétitifs. On veut bien vous donner un taux, mais on ne sera pas du tout placé et en plus on va perdre de l'argent et ça sera pas bon pour mes objectifs. Ah, vous seriez passé le mois dernier, c'aurait été autre chose, on a fait une promo, mais là non.
Finalement ce responsable de compte ne me fera jamais de proposition. J'ai du attendre 6 mois qu'un certain Louis dit "Le Mexicain", un autre responsable de compte "particulier", me transmette une proposition tellement chère que ni une ni deux, je file voir la concurrence. J'en parlai à monsieur Raoul et je crois que c'est la seule fois où je l'ai vu franchement sourire.
J'éprouve pour la fine équipe des tontons flingueurs de la Pépette, Money & Ass. une sincère compassion. La Pépétte, Money & Ass. est la quintessence de la banque moderne : tellement fusionnée (la Pépette Corp. fusionna avec la Money Inc. qui racheta la Bucks SA qui fusionna avec la Flouz GmbH, qui fut rachetée puis fusionnée avec la Barbade & Jersey Finance Global Trust), qu'elle doit mettre en place des processus de contrôle tellement complexes et coûteux que personne n'y comprend rien (jusqu'à se prendre dans le tapis), une sorte de château kafkaïen dans lequel errent des responsables de compte qui croulent sous le poids des charges dues à une stratégie de taille qui aurait du pourtant apporter des économies d'échelle.
Je suis toujours leur client, mais le jour où je m'en irai, je pense qu'ils ne s'en rendront même pas compte.
Rédigé à 08:00 dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Tags Technorati: acquisition, Banque, communication, concentration bancaire, crise financière, fusion, stress
| La fidélité n'a aucun prix au Groupe Pingre. Pas plus dans les autres banques. Elles mettront beaucoup d'énergie à gagner un nouveau client, mais ne s'intéressent pas à leurs clients acquis. Le course à la croissance, les fusions, les acquisitions, la concurrence font du client un élément accessoire de la stratégie de l'entreprise bancaire. Cette logique est plus forte que les voeux pieux : dans un tel système, si un établissement bancaire s'avisait de mettre le client au centre de sa stratégie, elle produirait des cadres schizophrènes, usés ou cyniques, ou les trois en même temps. Ca arrive, d'ailleurs. |
Lorsque j'ai compris comment les acteurs de la finance tordaient notre perception de la réalité, je me suis rappelé mon aventure ubuesque pour obtenir un crédit destiné à financer la rénovation de notre maison.
Et j'ai pris conscience de ma responsabilité dans la corruption du système. Laissez-moi vous raconter comme ça s'est passé.
J'ai acheté notre maison au plus haut de la bulle immobilière, pas de chance, mais bon, le vendeur était habile, je suis un piètre acheteur et de toute manière, la maison et sa situation nous plaisaient.
J'ai consulté ma banque habituelle, le Groupe Pingre, pour mon crédit. Les taux s'envolaient, c'est pourquoi j'ai demandé à mon responsable de compte, monsieur Jekyll, de modérer ses ardeurs au regard de ma fidélité de plus de 25 ans dans l'établissement et de me faire l'offre la moins chère possible. Au téléphone il me dit que je suis du miel et me prie de bien vouloir le rejoindre dans son bureau tel jour, telle heure, pour me faire une proposition des plus honnêtes (il rit de ce bon mot).
Je suis allé le voir au siège de l'agence de Strasbourg, un audacieux building en plein centre ville, façade parée de granit genre étal de boucher parcouru depuis peu de lierre (une concession sans regret au développement durable, annonça fièrement à la presse Gaëtan Pingre, troisième du nom, Président du Directoire du groupe) un parvis garni de marbre et de pierre semi-précieuses à l'instar du Taj Mahal.
J'entrais dans le mausolée d'Adolphe Pingre, le fondateur dont la devise était gravée sur les marches : "il n'y a de client qu'argenté, les reste est à molester". A l'accueil derrière un comptoir vitré pare-balle, une femme plutôt forte, boudinée dans un tailleur Kenzo, permanentée et très maquillée, me dit avec un fort accent local (son look aurait été étudié par de consultants en communication parisiens et coûteux pour affirmer ainsi la nouvelle politique de l'actuel Président : "pensez pognon et faites local") : monsieur Jekyll vous attend au troisième étage, deuxième à gauche, troisième à droite, puis tout droit, et tournez encore une fois à droite, puis prenez le rond point, contournez la salle de réunion Gilbert Pingre II, et tenez votre gauche, c'est le troisième bureau à droite, voici un plan, mais ç'est mieux si vous avez un GPS, voulez-vous que je vous apporte un café ? La banque a bien profité, il y a 25 ans, c'était plus simple.
Mon responsable de compte m'attendait dans son bureau de 3 m2, sans fenêtre, au murs crème et néons lumière du jour au plafond, je m'assis, nous étions nez à nez. Notre croissance est forte, me dit-il un peu embêté par cette promiscuité, alors un des axes du dernier projet d'entreprise est de réduire la taille des bureaux. Ah, dis-je, c'est bien, vous créez de l'emploi. Euh, non, répond-il, c'est pour les ordinateurs et les coffres. Alors je remarquai son bureau, deux tréteaux et une belle planche épaisse en merisier et je lui dis pour le consoler, mais au moins on s'est pas foutu de vous question bureau, le vôtre est magnifique. Oui merci, enfin, dit-il, c'est moi qui l'ai acheté chez Leroy Merlin, vous comprenez, les restrictions budgétaires….
En 25 ans, il est mon septième responsable de compte et le deuxième en deux ans. Je ne l'ai pas vu beaucoup, la première fois, c'était quand il est arrivé. La deuxième fois, eh bien, c'était maintenant. Monsieur Jekyll est un homme d'une quarantaine d'année, d'allure sportive, des yeux bruns profonds mais un peu inquiets, le teint plutôt gris dans son costume bleu marine, cravate prune. Il ouvrit un dossier noir, sortit trois feuilles remplies de tableaux et commenta sa proposition d'un ton faussement jovial qui résonnait bizarrement dans ce bureau. Le taux n'était pas mauvais, mais oh surprise, à la fin du contrat, me voici pieds et poings liés, entre garanties, garanties de garantie, obligation (non : forte recommandation) de souscrire une assurance décès auprès des Assurances Marie-Louise Pingre, un engagement à placer sur un compte titre tous mes biens liquides, frais d'entrée non négligeables et frais de sortie dissuasifs au cas où je m'aviserais de rembourser avant l'échéance de 15 ans. Je répondis que le taux me convient, il n'est pas folichon mais bon, les temps sont durs pour tout le monde, mais les frais autour, et tous ces trucs, là, ça vraiment, c'est la première fois en 25 ans, je ne suis pas tout à fait d'accord. Alors Jeckill me regarda d'un air absent, ferma brutalement son dossier et me répondit : c'est ça ou merde.
Je me fâchai, je dis que c'est pas une façon de traiter les clients fidèles, que si c'est comme ça, je retire mes comptes professionnels et que je vais voir ailleurs si on me prends moins pour un con. Je claquai la porte, priai la bonniche de l'accueil de se garder son café qu'elle ne m'a jamais servi et je rentrai chez moi.
Quelques jours après, tôt le matin, je rappelai Jekyll pour lui confirmer que je prenais mes cliques et mes claques et que je me cassais chez le concurrent s'il ne tenait pas compte de mes états de service dans son établissement. A l'autre bout du fil, Jekyll devint fou furieux, me gueula dessus comme si j'étais son chien, me dit que tout ça c'était fini, qu'il en avait marre de perdre de l'argent avec moi, je lui répondis mais enfin faites donc le compte de tout le blé que vous m'avez piqué en un quart de siècle, ça va bien oui ? puis, lui, répliqua un truc du genre pour qui vous vous prenez et me dit : re-merde.
C'est ainsi que j'ai décidé de changer de banque.
Rédigé à 18:07 dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
J’ai assisté il y a quinze jours à une énième conférence sur la crise financière. Cette fois-ci, l’intervenant était Yannick Roudaut, auteur du livre « l’alter entreprise ».
Eh bien ça change quand c’est clairJe passe sur les explications techniques qu’il a données sur la mécanique de la crise. Ce n’est pas mon sujet d’aujourd’hui. Je note en tout cas, que tous les intervenants que j'ai pu écouter jusqu'à présent sont à peu près d'accord.
Quelques points clés de ce que j'ai compris de la présentation de Yannick Roudaut :
Tout ça peut être approfondi, il suffit de demander (par exemple à Google : explication des crises financières).
Les périodes de spéculation financière sont une machine à produire de l’injusticeA richesse équivalente, il y a création de monnaie qui est attribuée à ceux qui spéculent (et ne produisent pas de richesse). Mais cette monnaie ne correspond à aucune richesse créée.
| Analogie : c’est comme si au lieu de partager un gâteau en quatre, on le partage en cinq. Mais le cinquième n'a rien fait pour produire le gâteau. Une sorte d’allocation sociale pour super-riches : on passe un coup de fil, on fait monter une "valeur" et on touche un bonus. Tant que c'est autorisé et qu'il est plus facile de passer un coup de fil que de faire un gâteau, il ne faut pas s'étonner qu'il y ait des gens pour passer des coups de fil. |
Ceux qui produisent de la richesse réelle sont donc ponctionnés par ceux qui spéculent. Il se peut qu’un agent économique produise de la richesse et spécule simultanément. C’est le cas d’agents économiques qui ont accès à l’information financière. Mais la plupart du temps, les populations ouvrières ou peu éduquées n’y accèdent pas. Ce sont elles qui sont le plus pénalisées par le système.
C’est une période marquée par des écarts de revenus extrêmes entre les « super-riches » et les plus pauvres. Je crois que c’est ce phénomène qui donne l’illusion que nos enfants auront des conditions de vie moins bonnes que nous.
Matériellement, ça n’a aucun sens. La population de la génération suivante ne sera pas plus nombreuse que la génération actuelle. Les progrès techniques faciliteront le confort et la santé. Il y a du travail pour tout le monde : les besoins élémentaires pour une vie décente sur Terre ne sont pas servis pour plus de la moitié de la population mondiale.
Nous vivons avec cette très tordue représentation du monde :
J’appellerais les spéculateurs ou les bénéficiaires de produits financiers irréalistes de bienséants malfaiteurs. Ils sont bien assis, aux avant-postes des pouvoirs, de bons notables dans leur cathédrale, d’inattaquables augures qui prennent les oracles. Mais ils font le mal, en loucedé, on pourrait presque dire : en toute innocence.
Et tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a quelque chose qui cloche, mais enfin, puisque rien ne l’interdit… pour ne pas dire que la morale, les cultes de l'individualisme, de la compétition et du héros l'approuvent.
Voilà pour le constat. A croire que les tenants du libéralisme ont oublié leur origine judéo-chrétienne. Moïse a conduit son peuple vers la liberté en lui apportant des Lois.
La suite et comment j'ai décidé de changer de comportement au prochain post…
Rédigé à 15:59 dans Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Tags Technorati: bulle financière, crise financière, crise économique, cupidité, dérégulation, marxisme, moïse, régulation, économie