Si vous n'avez pas compris (ou aimé) mon dernier post, regardez cette vidéo. Dans le cas contraire, regardez-là aussi.
En 2048, j'aurai 90 ans :)
Accessoirement, j'espère que le TED Alsace en Octobre sera de même qualité.
Si vous n'avez pas compris (ou aimé) mon dernier post, regardez cette vidéo. Dans le cas contraire, regardez-là aussi.
En 2048, j'aurai 90 ans :)
Accessoirement, j'espère que le TED Alsace en Octobre sera de même qualité.
Rédigé à 08:00 dans Economie, Humanité, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Je n'ai trouvé que cette version française sous-titrée en espagnol d'un des extraits les plus instructifs du film de Pierre Carles "la sociologie est un sport de combat". Il montre à merveille la perdition dans laquelle s'enlise la pensée politique de la fin du XXe siècle. Le malaise est palpable, on souffre à regarder ça. Les "sachants" transpirent à grosses gouttes, justifiant jusqu'à l'absurde leur pensée par une caution scientifique. Les petits bourgeois bien pensants arborent des sourires gênés, entre mépris et peur. La plupart s'expriment sans cohérence, sans but. Tragique... Mais a-t-on fait du chemin depuis ? |
Vous vous rappelez ces moments cardinaux, depuis votre enfance jusqu'à aujourd'hui, où vous ressentiez concrètement, physiquement, un basculement dans votre vie ? Tiens, faites l'expérience de vous en souvenir. Vous êtes enfant. Vous prenez conscience de quelque chose de nouveau, d'inédit. Certains appellent ça un "insight".
Ca va ? Ca vous dit quelque chose ? Agréable, non ? Même si le contexte est parfois tragique, il s'est passé quelque chose d'important pour vous : vous êtes "devenu" autre. Comme le disait Rimbaud, dans une correspondance : "je est un autre".
Mais c'est plus qu'un insight (quelque chose qui se passe en soi) : ce changement de perception s'accompagne souvent d'un changement de l'environnement. Puisque vous changez, dans un système relationnel, les autres changent avec vous. Et peut-être même est-ce parce que les autres ont changé "imperceptiblement", vos parents, vos potes, votre instituteur, que vous avez vous-même changé, etc... Et ça bascule. Comme quelque chose de vertigineux, un déséquilibre qui devient un nouvel équilibre.
Il est toujours hasardeux de faire des homologies entre un individu et la société, surtout si cette société compte six milliards d'humains, plusieurs milliers de langues vivantes, au moins autant de cultures, et cinq continents. Alors, je hasarde : nous sommes très près de ce basculement.
Quels sont les indices qui me font penser ça ?
J'ai passé une très agréable journée au BarCampAlsace6.5. Après avoir assisté à 4 séances qui m'ont apporté beaucoup, j'ai animé ma propre session sur l'avenir du BarCampAlsace.
Les apports des 4 premières sessions :
L'agence de développement économique du futur
J'ai appris à retrouver des personnes que j'aime beaucoup et que je n'ai pas revues depuis longtemps. Le temps est une belle thérapie, qui filtre les souvenirs désagréables pour ne garder que le meilleur. Quel dommage que nous vivons une époque de pénurie de temps. Peut-être que la fin du pétrole, cette drogue de l'économie qui dope la vitesse, nous permettra de ralentir notre rythme et de jouir du temps qui passe.
De la colère a émergé de la conversation. Il y aurait une sorte de maillon manquant entre les pouvoirs publics, dont le rôle est de redistribuer les richesses, et les entrepreneurs qui créent la richesse d'aujourd'hui et de demain.
Dans une autre session est apparue l'idée d'un médiateur. Mon expérience a montré que chaque fois qu'il y a l'idée d'un médiateur, c'est le symptôme d'une déresponsabilisation des acteurs. On transfère la responsabilité de la relation sur une interface supplémentaire (le médiateur). Qui est en général, intrinsèquement, incompétente. Ca m'a fait penser à une répétition de l'ancestral sacrifice de la vierge innocente.
A priori, on peut faire mieux : apprendre à se parler, à se respecter et à faire autrement ensemble.
Dental Life : lieu de formation des métiers de la médecine dentaire en univers virtuel
Second Life semble se professionnaliser et apporter des solutions de formations intéressantes. J'ai aimé la présentation de Dental Life. J'ai constaté qu'il fallait déployer beaucoup d'efforts, de générosité (ou d'abnégation) pour emmener les professionnels sur Second Life.
L'ère est encore pionnière. Ce qui m'est apparu, c'est que seules les très grandes entreprises pouvaient mobiliser les fonds, les équipes dédiées nécessaires à exploiter Second Life et les collaborateurs. Il y a ici un avantage à la taille qui favorise à terme les positions dominantes.
J'ai appris à distinguer ce que Second Life peut apporter comme valeur ajoutée unique. Par exemple, la formation des langues étrangères. Dans mon entreprise, Latitude, la seule formation des collaborateurs dont j'estime que le résultat n'a pas été atteint est l'apprentissage de l'anglais. La formation classique est très vite limitée. L'immersion dans un pays étranger est assez irréaliste, à moins de déménager toute l'entreprise aux US ou en Chine (c'est peut-être pas idiot, après tout...). L'immersion dans un univers virtuel, où on peut allier l'écrit (chat) et oral (voice) est peut-être une solution habile.
J'ai aimé cette réflexion qui m'a fait évoluer : "virtuel ne s'oppose pas à réel : un monde virtuel est bien réel, puisque je suis là et que j'agis sur ce monde. Un monde virtuel ne s'oppose à rien. Il est complémentaire du monde matériel."
CoWorking
L'équipe d'Alsace Digitale se bat pour développer un espace de CoWorking (encore une autre écriture...) à Strasbourg. J'y ai vu un véritable cas d'école de ce que les psychologues sociaux appellent la théorie de l'engagement. En vrac : pas d'aide publique (non rémunération, coût élevé), communication externe du projet (visibilité publique de l'acte), autisme des pouvoirs publics (augmentation de l'engagement par l'opposition), motivation par les valeurs (explications dites internes). Le résultat est... qu'il y a du résultat. L'espace existe et les animateurs mouillent leur chemise.
Ils m'ont donné envie de faire quelque chose dans mon domaine d'activité. Je réfléchis à quelque chose qui pourrait se tricoter avec eux. Il y a beaucoup de questions : le lieu, les outils, les moyens et les risques, les partenaires, la promotion, la mise en réseau (voir notamment The Hub)...
Entrepreneur Commons
Cette session, présentée par Grégoire Japiot et Christophe Ducamp ne pouvait qu'être perturbante pour moi. C'est la raison pour laquelle je tenais à y assister. J'aime ces deux-là comme j'aime Hölderlin : leur langage m'est presque incompréhensible. Tout est dans le "presque". J'ai d'autres amis, comme ça. Des types en marge, qui sont loin dans leur pensée et qui souffrent de ne pas être entendus. Ils parlent, souriants, mais leur sourire est inquiet parce qu'ils voient bien qu'ils ne sont pas "entièrement compris" (pardonnez-moi ce presque pléonasme...). Or ce sont eux qui apportent le plus, si on fait l'effort de suivre leur chemin. Parce qu'ils parlent de ce qui n'est pas encore concevable par leurs interlocuteurs, ou pas encore perçu.
Grégoire a proposé un format de dialogue, le ProjectCamp, dédié aux entrepreneurs. Il permet de faire se rencontrer investisseurs, financeurs, accompagnateurs et porteurs de projet dans un format court proche du BarCamp. Un format de ce type existe déjà ici. J'en parlerai dans mon prochain post.
Christophe a proposé de créer à Strasbourg un chapitre du réseau Entrepreneur Commons. 9 villes ont déjà leur chapitre : San Francisco, Menlo Park, Palo Alto, Oakland (CA), New York, Miami, Chicago, Paris et Madrid. Ah oui... quand même.
L'idée est simple, au fond :
Je me suis demandé comment intégrer cela à l'existant : APM, Alsace Entreprendre, Créacité, Semia...
Espèce d'espace...
Le point commun des quatre sessions est l'ambition de créer un espace de rencontre. Idéalement, on pourrait avoir envie de refaire le monde : créer un lieu de production réel (matériel et virtuel), d'un nouveau présent entre pouvoirs publics et entreprise privée, entre entrepreneurs individuels, entre proches et lointains.
Le monde n'est pas idéal, parce qu'il est ici et maintenant le résultat d'un passé. Et de ce passé, dont nous sommes co-responsables, nous héritons une multitude d'espaces de rencontres et de production, institutionnalisés ou non.
Alors, imaginons une ville à reconstruire. Est-ce qu'on va tout raser et tout refaire ? Est-ce qu'on va créer un énième espace ? La réalité est différente : dans certains cas, on reconstruit, dans d'autres on rénove, on fusionne, on crée des ponts, dans d'autres encore, on réorganise le processus de production de l'espace. On accepte notre passé. On cherche à en tirer le meilleur.
Je soumets quatre réflexions :
Rédigé à 13:22 dans Economie, Humanité, Innovation, Méthodes participatives, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Alsace, BarCamp, BarCampAlsace, développement économique, entrepreneurs, innovation, méthode participative, réseaux sociaux, Second Life, Strasbourg
Dans une semaine, je participerai au BarCampAlsace 6.5. Un BarCamp doublement particulier :
C'est pour ça qu'il s'appelle 6.5 (prononcer "six point cinq"). C'est Stéphane (Becker) qui a eu l'idée :)
(Stéphane c'est le type qui a dit un jour : "il faut dégeekiser les geeks !" Pour lui, je crois, c'était une des missions du BarCampAlsace.)
Un autre Stéphane (Bayle) fait sa liste de courses sur Facebook : "engager une conversation sur la co-création de notre Cantine strasbourgeoise, évoquer le thème gouvernement 2.0, parler des nouvelles stratégies de valorisation des contenus audiovisuels sur le web..."
J'ai bien deux ou trois sujets que j'aimerais partager à l'occasion de cette rencontre. En particulier soumettre à la critique :
Et ce qui me tient particulièrement à coeur est de réfléchir à un nouveau format BarCampAlsace : si on fait autrement, c'est pourquoi faire d'autre ?
J'ai quelques convictions, nées de l'expérience récente de Latitude dans l'animation de méthodes participatives et des conseils de quartier.
Il me semble qu'à Strasbourg, beaucoup de gens sont en colère. La colère c'est l'émotion qu'on éprouve quand on a l'impression d'avoir épuisé toutes les solutions pour résoudre un problème et que ça ne marche toujours pas.
Ca veut dire qu'il y a un déficit de solutions. Pour des tas de choses : se déplacer, créer une activité, vivre tranquille, se sentir bien dans son quartier, apprendre, recruter, se défendre, voyager, être en accord avec ses croyances, s'intégrer dans son voisinage, aider ceux qui ne vont pas bien, apaiser les conflits, préparer l'avenir, etc...
Je parie qu'il ne faut pas grand chose pour produire autant de solutions qu'il y a d'idées. Les idées, il faut les partager pour qu'elles deviennent bonnes et réalistes.
C'est pourquoi je tenterai de réfléchir à ce sujet : quel format simple dans son organisation, judicieux dans son processus permettrait de créer un espace de résolution collectif de problèmes économiques et sociaux ? |
Il s'agit de créer un espace défini par :
dont l'objectif est de créer les meilleures conditions de communication pour :
Le bénéfice économique et social d'un tel outil est considérable :
Si ça vous tente...
Tentez joyeusement de refaire le monde. Laissez-vous surprendre au BarCampAlsace 6.5... Inscription pour participer gratuitement au BarCampAlsace 6.5 |
Rédigé à 15:07 dans Humanité, Innovation, Méthodes participatives, Société, Techniques de communication | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Tags Technorati: BarCamp, BarCampAlsace, communication, conseils de quartier, création d'entreprise, Latitude, méthodes de créativité, méthodes participatives, non-conférences, résolution de problèmes, vie de quartier, économie sociale
L'Ipad représente bien plus qu'un produit. C'est aussi un symbole annonciateur. Je ne sais pas si nous en sommes conscient ou non, si cela influe notre relation avec ce nouvel objet. Voici la troisième histoire que je me suis racontée: |
L'iPad, comme outil unique, convergent, de la connaissance pourrait être assimilé à une sorte de tour de Babel. Un lieu unique où tous les hommes parlent une seule langue qui s'élève.
«Voici, un seul peuple, une seule lèvre pour tous ! Cela, ils commencent à le faire. Maintenant rien n’empêchera pour eux tout ce qu’ils préméditeront de faire !" (Bible Chouraqui). Et YHVH de s'inquiéter de ce que les hommes pourraient avoir derrière la tête (Il ne précise pas quoi), pour finalement créer la "confusion" et séparer l'humanité par les langues.
On peut lire dans ce texte deux oppositions :
Ces deux "courants" verticalité - unicité, et horizontalité - diversité, existent ici et maintenant. Les opposer, c'est encore une fois cloisonner, hiérarchiser et finalement faire le jeu de la tour de Babel :
Il y a des organisations hiérarchisées bénéfiques, comme il existe des structures horizontales, voire chaotiques, qui produisent d'autres formes d'efficacité. Il y a une tendance à communiquer avec le globish, comme il existe toujours des milliers de langues.
Moi j'accepte de vivre dans ce monde à deux dimensions. Avec ses axes aléatoires hiérarchique et chaotique. Et encore, horizontalité et verticalité ne forment pas un espace complet. Il manque une troisième dimension, appelons-la la dimension humaine.
Ni la bibliothèque, ni l'iPad ne font la pensée
Dans la nouvelle de Jorge L. Borges, "la bibliothèque de Babel" des lecteurs errent à la recherche du livre qui contient la Vérité. Ils pourraient tomber par hasard sur le livre de leur propre vie, et la description de leur propre mort. Ou pas. Ils peuvent découvrir un livre complètement incompréhensible, mais dont le sens caché est redoutable. Prendre un livre après l'autre, dans cette bibliothèque, n'a rien d'humain. C'est un travail mécanique.
La fenêtre sur la bibliothèque de Babel que constitue aujourd'hui l'ordinateur et internet, et demain l'iPad et ses successeurs, est aussi débilitante que la télévision si on ne pense pas.
Elle contient toutes les menaces de la verticalité (uniformisation) et de l'horizontalité (confusion), toute l'errance mécanique des copistes-collistes. Elle en contient également toutes les opportunités si nous devenons des auteurs-tricoteurs.
Comment passer de copistes-collistes à auteurs-tricoteurs ?
Encore une fois, à chaque fois qu'un nouvel outil de communication (ou de partage de la compréhension du monde) est inventé (l'écriture, la littérature, la religion, l'imprimerie, l'industrialisation, la numérisation...), c'est l'ouverture de nouveaux possibles.
J'ai déjà décrit en quoi nous sommes dans une des périodes historiques les plus importantes en 7.000 ans. La communication est peut-être la discipline qui nous perdra par défaut de pensée. Voici, à mon avis, pourquoi :
L'enjeu actuel de la pérennité de l'humanité tient dans une équation assez simple et finalement marxiste:
Matériellement et technologiquement, le problème ne réside pas dans les ressources : il y a assez de bras, d'énergie (la Terre reçoit du soleil l'équivalent de 100 à 10.000 fois les besoins énergétiques actuels), et de matière (notamment alimentaire).
Les problèmes ne sont "que" sociétaux, c'est-à-dire qu'ils ne dépendent pas de la nature, ou d'un Dieu aigri, mais de nous :
Changements, représentations, vision du monde, comportements... on voit bien que les solutions passent nécessairement par la communication. Et ce qui nourrit la communication, ce n'est pas l'outil mais ce qu'on met dedans en informations, en émotions et en valeurs.
Ce qui me pose problème, c'est qu'il me semble que nous avons développé des outils de science-fiction pour véhiculer majoritairement des contenus, des modes de pensée et des ambitions qui n'ont guère changés depuis Babylone.
Rédigé à 21:02 dans Humanité, Langue de bois, Religion, Science, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Tags Technorati: Babylone, Bentham, bibliothèque de Babel, communication, iPad, Marx, sousveillance, Tour de Babel
L'Ipad représente bien plus qu'un produit. C'est aussi un symbole annonciateur. Je ne sais pas si nous en sommes conscient ou non, si cela influe notre relation avec ce nouvel objet. Qu'importe. Voici la deuxième histoire que je me suis racontée: |
La Bible
Aujourd'hui même, Apple lance l'Ipad. Qu'importe si c'est un "bon" ou un "mauvais" produit marketing. Apple, comme à son habitude, est aux avant-postes de ce qui transforme notre rapport à l'information et à l'écriture (en tandem cette fois avec Google). L'IPad est le premier et imparfait nouvel outil de notre lecture du monde.
Associé à l'internet, l'IPad commence à matérialiser ce qui est en gestation et controversé depuis un quart de siècle. L'objet que nous tiendrons entre les mains et que nous manipulerons avec des gestes qui feront penser aux magiciens, sera (grâce aussi, à 80% à Google...) un seul livre ("biblos") tendant à contenir l'ensemble de la connaissance écrite de l'Humanité (en texte, en image et en film).
On s'amusera à y chercher le catalogue de l'ensemble de cette connaissance qui ne pourra pas contenir le catalogue lui-même (paradoxe de Russel). On se lassera de ne pas trouver, parmi les milliards de pages imbéciles, le texte de la Vérité (bibliothèque de Babel).
L'objet en lui-même suit les lois d'évolution des systèmes techniques de la théorie TRIZ. Notamment :
Destruction de valeur... et d'intelligence en perspective
C'est la raison pour laquelle je n'ai aucun doute sur la contraction massive de l'activité de la filière de l'imprimerie, dernière innovation de rupture en matière de diffusion de la connaissance (autour de 700 ap.JC en Asie, et environ 1440 ap.JC en Europe).
Les transformations des secteurs de la presse et de la distribution s'accéléreront. A quelle échéance, je ne sais pas. Mais plus vite qu'avant, ça me semble évident.
Mais à part la stimulation entrepreneuriale qu'apporte cette innovation, tout ça est somme toute assez anecdotique. Plus intéressante est ce que j'appellerais la "méta-innovation" du concept qui sous-entend un utilisateur cultivé et apprenant.
En effet, la bonne nouvelle, c'est que l'iPad préfigure le livre universel où tout le savoir est accessible à tout le monde. La mauvaise nouvelle, c'est que lorsque Gutenberg annonçait la fin des copistes, l'Ipad, lui, annonce la domination des copistes-collistes. |
Un détour de 7.000 ans pour aller droit au but
Le concept qui est à l'origine de l'Ipad et de ses successeurs n'a rien à voir avec la quantité ou l'exhaustivité de la connaissance. La connaissance, une fois écrite, a toujours été disponible, qu'importe la vitesse. Dans cette perspective, l'Ipad n'apporte rien de plus que la tablette d'argile sumérienne.
Ce qui est important est l'accès à des connaissances et des pensées multiples et notre capacité à les relier.
Voici une petite synthèse que je me suis amusé à dessiner des "méta-innovations" des technologies de l'information (innovations qui modifient la vision du monde d'une société humaine). Ca n'a rien de "scientifique", c'est juste l'assemblage de différentes connaissances personnelles et professionnelles.
(cliquez sur l'image pour avoir un format lisible)
Je fais deux constats :
Premier constat : une des plus fortes ruptures depuis 7.000 ans
Trois types de méta-innovations se succèdent :
La dernière méta-innovation putative (numérisation et réseaux) permet le croisement aisé d'un grand nombre de connaissances (accessibilité) et la production d'intelligence collective (web2.0).
On remarquera au passage que l'objet (tablette, rouleaux, codex, écran, réseau, iPad...) n'est que le support de la méta-innovation. En soi, il est insensé.
Je me hasarderais à imaginer que la quatrième méta-innovation a le potentiel de construire une cosmologie partagée par tous. C'est-à-dire une vision du monde physique et sociale à peu près conforme à l'observation, ou au moins modeste et cohérente (comme par exemple l'acceptation du flou dans la réalité sociale).
Avec pour conséquence la paix, qui n'a jamais été obtenue en 7.000 ans de communication.
L'enjeu est d'autant plus essentiel que cette méta-innovation arrive au troisième moment clé de l'humanité.
Le premier moment est la création (Sumer, naissance de la civilisation).
Le deuxième moment est la croissance (expansion géographique vers l'occident qui se nourrit des perdants orientaux, augmentation de la longévité humaine, augmentation du confort et nouveaux besoins...).
Ces deux premiers moments ont majoritairement produit de la barbarie, et minoritairement de la civilisation. Si vous n'en n'êtes pas convaincus, expliquez-moi ce qui a compensé la barbarie au XXe siècle. Siècle assez comparable à beaucoup d'autres depuis 7.000 ans.
Le troisième est celui de la finitude :
Ce troisième moment est celui du libre arbitre, celui qui nous a été légué par Yhvh et la pomme croquée. Ces deux courbes illustrent avec brio notre liberté :
Elles nous projettent dans le futur et nous disent :
Deuxième constat : l'accélération des phénomènes
Le point commun des trois illustrations ci-dessus est l'accélération exponentielle. Dans un espace fini, cela signifie que chaque année qui passe nous rapproche plus rapidement de la rupture que l'année précédente.
Les domaines soumis à l'accélération exponentielle sont :
Quand j'observe ces courbes, je sens intuitivement que c'est dans les dix - trente ans à venir que nous aurons besoin de toutes les intelligences de tous pour construire une vision du monde et une civilisation ni "durable", ni "soutenable", ni "idéale", mais faisable. Et radicalement nouvelle de tout ce que nous avons créé en 7.000 ans.
Le changement de paradigme qui nous attend est aussi important que celui qui a eu lieu lors de la naissance de l'agriculture et de l'écriture. |
Comment lire ce drôle de livre ?
Tout ça pour revenir à l'iPad... Pour comprendre le rapport, il faut encore une fois revenir à un basique : comment accédons-nous à la compréhension de la réalité ?
Le mot "Biblos" signifie "Livre". Difficile de lui détacher son sens religieux de "recueil d'écritures jugées saintes (ou Vraies) par les croyants". Nous jugeons que quelque chose est "Vrai" par ce que nous croyons à cette représentation du monde.
Toute connaissance est croyance :
La question est : comment lire autrement pour penser une croyance qui nous permettra de construire une humanité "faisable" ?
Ce qui est accessible aujourd'hui grâce aux TIC et l'iPad, sa dernière interface, c'est de faire facilement du bout des doigts ce qu'on fait péniblement tous les penseurs de tous temps : faire des liens entre les connaissances et les intégrer à quelque chose de neuf.
Très concrètement, l'iPad permet d'accéder facilement à une connaissance (un livre, un fait, un article, la réflexion d'un autre, ...). En lisant cette connaissance, on peut s'arrêter sur une pensée et, en quelques gestes, chercher une relation avec une autre pensée dans un autre livre, un autre article, un autre fait, une autre réflexion. On peut fertiliser les connaissances et en produire de nouvelles.
On ne lira plus : on lira, reliera, relira et écrira des choses qui seront lues, relues, reliées...
Je connais très peu de gens qui font ça aujourd'hui avec le livre papier. On me dit : j'ai lu tel livre, ou tel livre, et puis c'est tout. Les livres ont des couvertures, et les couvertures sont autant de murs.
Je n'ai connu qu'une personne à qui j'ai offert un livre un soir et qui m'a dit le lendemain matin : "je te remercie pour ton cadeau, je l'ai lu dans la nuit et quand je l'ai fini, j'avais treize livres autour de moi que j'avais relié à celui-là."
J'espère que ce nouveau Livre saura être bien utilisé. Pour cela, les lecteurs devront être cultivés, ouverts, curieux, patients et généreux. Et ça, ça s'apprend dès l'enfance.
Rédigé à 17:19 dans Actualité, Humanité, Innovation, Livres, Religion, Science, Société, Techniques de communication | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Tags Technorati: apple, eden, genèse, innovation, libre arbitre, pomme, symboles
La sortie imminente de l'Ipad représente bien plus qu'un lancement de produit. C'est aussi une effervescence de symboles. Je ne sais pas si nous en sommes conscients ou non, si cela influe notre relation avec ce nouvel objet. Qu'importe. Voici la première histoire que je me suis racontée : |
La pomme
Dans la Genèse, la sortie du Paradis est inspirée par le Mal. Des exégèses pensent que la sortie du Paradis est paradoxalement un don de Dieu. Ce don, c'est le libre arbitre.
En lisant les premiers chapitres de la Genèse, très importants et très riches de sens, vous constaterez que le fruit défendu n'est jamais nommé. Si on parle de pomme, c'est vraisemblablement une confusion ultérieure due au latin. Dans le jardin d'Eden, deux fruits étaient défendus : celui de l'arbre de la Vie, et celui de l'arbre de la "connaissance du Bien et du Mal". C'est un fruit de ce dernier qui a été consommé par Adam et Eve. En latin, "Pomme" est un homonyme de "Mal" : "Malum". Quoi qu'il en soit, dans l'imaginaire chrétien actuel, l'image du péché originel est celle de la pomme croquée.
Apple : la multiplication industrielle des pommes croquées
Parmi les smartphones, un produit en forte croissance dans un contexte économique déprimé, Apple, la marque à la pomme croquée affiche une croissance encore plus exceptionnelle. Le logo d'Apple se multiplie et s'affiche partout.
Il s'inspire d'une toute autre légende, comme le montre cette image du premier logo de l'entreprise : celle d'Isaac Newton qui aurait eu la révélation de la théorie de la gravitation universelle en recevant une pomme sur la tête. La réalité est probablement assez différente. Mais l'image de la pomme aurait bel et bien été utilisée par Isaac Newton. Il se situe dans un contexte où il devait justifier l'originalité de sa théorie.
Si l'origine du logo d'Apple est assez bien cernée, et disponible sur internet, un grand nombre de légendes ont circulé à son sujet. Ainsi, lorsque j'ai acheté mon premier Mac Intosh, en 1985, la rumeur qui se transmettait (et qu'on ne retrouve plus aujourd'hui, il me semble) disait que les fondateurs inventèrent l'ordinateur individuel dans leur garage. Ils n'avaient plus d'argent et il ne leur restait qu'une pomme à grignoter lorsqu'ils terminèrent leur oeuvre. C'est ce qui leur aurait inspiré le logo en forme de pomme croquée.
Un symbole magique de passage
Le mythe du fruit défendu de la Genèse, la légende de la pomme de Newton (qu'on peut aussi affilier à celle d'Archimède dans son bain : l'illumination, on dirait aujourd'hui : "l'insight") et la rumeur du logo d'Apple sont tous les trois des symboles magiques de passage.
La consommation du fruit défendu de la Genèse expulse l'Humanité de l'Eden et du non-sens (faire partie du décor n'est pas un destin folichon). La pomme qui tombe sur la tête de Newton éclaire la totalité des mouvements physiques visibles sur Terre (le très grand et le très petit ne nous étant pas directement accessible).
Dans les deux cas, il n'y a ni bien ni mal. Il y a seulement des possibles qui questionnent notre responsabilité humaine : que faire de cette connaissance ?
Chaque fois que je vois un Iphone dans la rue, c'est sa pomme croquée au dos que je vois. Quel est ce passage qu'elle annonce ? Un monde de libre arbitre dans une réalité floue, libéré pour le meilleur et pour le pire de la protection de la Vérité ? Une nouvelle représentation physique du monde, qui permettra de calculer et fabriquer des pensées qui nous dépassent ?
Pour l'instant on ne peut faire que le constat des tontons flingueurs autour de la table de la cuisine, s'interrogeant sur une boisson mystérieuse :
- "'j'y trouve un goût de pomme..."
- "y en a !"
Rédigé à 09:26 dans Actualité, Humanité, Religion, Science, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
Tags Technorati: apple, eden, genèse, innovation, libre arbitre, pomme, symboles
J’ai initié le concept de BarCampAlsace en 2006. C’était un des résultats de mes recherches et réflexions sur mon métier. Depuis, j’ai poursuivi ma formation et ma pratique des méthodes participatives.
A l'occasion de l'organisation du BarCampAlsace6.5 (auquel je vous propose de participer joyeusement en vous inscrivant ici), voici ma réflexion sur ces pratiques.
Je suis aujourd’hui convaincu que ces méthodes de communication sont des outils pertinents et utiles pour faire face aux temps qui viennent.
Les BarCamps, Open Space, World Café, Future Search, et autres, sont des lieux de production d’intelligence collective orientée action. L’expérience m’a montré qu’ils créent à terme des rapports apaisés entre des participants qui apprennent à écouter, suspendre leur jugement et construire ensemble. Ce sont des méthodes qui «intègrent» une réalité complexe, voire contradictoire.
Elles permettent de partager une pensée commune et de se libérer de l’opinion. Enfin, les participants deviennent porteurs de projet et acteurs. Or, je fais trois paris sur ce qui se passe ici et maintenant :
Premier pari : la réalité est floue
J’ai déjà développé l'idée de réalité floue plusieurs fois. Paul Watzlawick et les constructivistes affirmaient que la réalité est une construction. Aujourd’hui, avec la médiatisation du monde où le récepteur peut devenir émetteur, nous sommes en permanence face à des informations contradictoires invérifiables (on devrait plutôt dire désacralisées, d’ailleurs).
Toute information est immédiatement relativisée ou contredite par une autre sur le même sujet. Il n’y a plus de réalité construite, au sens où on partage la même croyance que telle information est vraie. L’affinité a remplacé la croyance. La réalité est floue.
Dans ce contexte, l’opinion n’a plus aucune vertu. J’ai entendu dire un philosophe, à la radio dire : «L’opinion, c’est ce qu’on pense quand on ne pense pas». Quand la réalité était incontestée, donnée pour vrai, l’opinion était une manière d’exprimer une position. Mais dans un monde où la réalité est floue, qu’est ce que l’opinion ? Au mieux une sottise, au pire une déclaration de guerre.
Les méthodes participatives sont un moyen puissant de passer de l’opinion à la pensée. Elles engagent les participants dans un processus qui les conduit à quitter le débat duel stérile «pour ou contre» à la construction d'une réalité contrastée.
Mon expérience auprès des Conseils de Quartier de Strasbourg me montre tous les mois que lorsqu’un groupe entraîné au dialogue débat d’un sujet, il arrive à un «consensus actif» dans lequel il n’y a ni pour, ni contre, mais que des «avec».
Deuxième pari : ce qui commence, commence avec "nous"
En ce moment, je m’intéresse à la naissance de la première civilisation connue, les Sumériens. Je ne suis qu’au début de mon apprentissage, et il y a quelque chose qui m’est apparu clairement : les commencements sont un produit de l’intelligence collective, les fins sont le produit de l’égoïsme.
Il semble que la civilisation sumérienne soit née dans un Eden où poussait l’épeautre en abondance sous un ciel clément. Les Sumériens ont appris à cultiver et à satisfaire leurs besoins de survie. Puis ils ont inventé l’écriture. Imaginez l’ampleur de ce changement d’état. Imaginez seulement à quel point l’invention de la voiture, de la télévision ou de l’I Phone est dérisoire par rapport à cette mutation.
Pour parvenir à l’agriculture, il a fallu du temps et partager des savoir faire. Pour s’accorder à une écriture, il a fallu faire approprier des règles communes, des apprentissages, transmettre. Que du collectif.
Par une sorte «d’entropie culturelle», Sumer s’est achevée en Babylone, un système politique tyrannique. Ce qui commence, commence avec «nous». Ce qui termine, termine avec «moi je».
Les méthodes participatives tricotent ensemble des «je» pour produire du «nous», dans lequel le «je» est toujours respecté. Un peu comme l’exprimait Léo Ferre en 1973 : "Le désordre, c'est l'ordre moins le pouvoir".
Troisième pari : nous n'avons pas d'autre choix que de refaire le monde
Je me demande si c’est encore un pari... j’ai deux croyances (floues...) :Dans ce contexte, une pensée «projective» (qui envisagerait le futur comme la continuité du passé) est inopérante.
Cette évidence a deux conséquences amusantes :
Or l’individu a une manière unique de «sortir de lui-même» ou de son cadre de référence : en se frottant aux autres.
Il y a maintes manières de se frotter aux autres. La lecture en est une, héritée des Sumériens. Les méthodes participatives en sont une autre (et je ne suis pas loin de penser qu’elle est antérieure à l’invention de l’écriture...).
Ces deux manières ont en commun ceci : elles concluent la pensée par l’action responsable. Et j'espère qu'elles nous rendent "shock resistant"
Rédigé à 08:15 dans Humanité, Innovation, Management, Méthodes participatives, Société, Techniques de communication | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Tags Technorati: BarCamp, BarCampAlsace, BarCampAlsace6.5, démocratie participative, méthodes participatives, réalité floue, techniques de communication participative
La semaine dernière, j'ai témoigné de l'apprentissage du dialogue dans les Conseils de Quartier. Après la réunion, pendant le verre de l'amitié, une femme d'une quarantaine d'année, aux traits fatigués vient vers moi et m'adresse la parole.
Dans un premier temps, je ne comprends rien à ce qu'elle me dit : il y a du bruit, elle parle doucement et très très vite, en avalant ses mots, avec un fort accent entre l'accent alsacien et un accent étranger indéfinissable. Elle semble nerveuse, préoccupée et inquiète.
Au prix d'un gros effort de concentration je parviens à suivre le fil de son histoire. La voici :
Dans son immeuble vit un homme avec son fils de vingt et un ans. Le père est divorcé, absent, court de femme en femme et son fils ne fait rien. Ils ne s'entendent pas, et, parfois, à travers les murs, on entend des cris et des coups violents. Depuis quelques mois maintenant, le fils vit dans la cave, dans le local poubelle. Les poubelles sont dans les immeubles, parce que si on les range à l'extérieur, elles sont brûlées et c'est dangereux. Alors, dans la cave, ça ne sent pas très bon, mais au moins les poubelles ne sont pas détruites.
Le jeune homme de vingt et un an, dit la femme, est gentil et ça lui fait de la peine. Alors, régulièrement, elle vient le voir pour lui apporter à manger et aussi pour lui dire de ne pas rester comme ça, de se lever, d'aller dehors, de se laver et de mettre des habits propres pour aller chercher du travail. Mais des habits propres, il n'en a plus, et l'envie de se lever non plus. Sans doute doit-il tout de même partir de temps en temps, parce qu'il boit, et il est ivre, souvent.
Ces derniers temps, dit la femme, c'est plus qu'elle ne peut supporter, et elle a peur de lui, aussi, quand il se met en colère. Elle a cherché son père, mais il est parti à l'étranger, et de toute manière, il s'en fout. Elle a appelé à l'aide : des associations, la police, les éducateurs. Mais la police dit qu'elle ne peut rien faire, elle dit que les policiers sont compréhensifs, mais ils ne peuvent vraiment rien faire. Les éducateurs disent que ce cas est trop lourd pour eux, trop difficile, ils ne peuvent plus rien faire. Alors elle vient vers des gens, les voisins, et puis moi et me demande : qu'est ce que je dois faire ? je ne peux pas le laisser comme ça, à côté des poubelles…
Nous avons fini par en parler avec d'autres personne présentes, et puis des solutions sont apparues. Le temps de la soirée, quelques pistes nouvelles sont peut-être apparues. Peut-être des impasses encore.
Pour en finir avec "les jeunes"
Ca m'a rappelé que, pendant le Conseil de Quartier, une autre dame prit la parole et dit ceci : on dit "les jeunes" pour dire ces quelques malfaiteurs qui nous font peur, alors ce ne sont pas "les jeunes", ce sont quelques uns, et même, tous ces jeunes dans notre quartier sont nos jeunes, ce sont nos enfants, on ne peut pas juste les montrer du doigt, ce sont nos enfants et on les aime.
En nous, j'ai le sentiment que nous avons tous un enfant de vingt et un ans dans une cave sale. Ou bien c'est, à des degrés divers, notre enfant, notre fils ou notre fille. Ou bien c'est l'enfant de nos amis, de notre quartier, ou bien c'est celui que nous voyons à la télévision ou peut-être un prophète que nous regardons au cinéma.
D'où vient-il, pourquoi en est-on arrivé là ? Watzlawick dirait que ce sont ces questions qui fatiguent et qui culpabilisent. Ce ne sont pas les bonnes questions. Les pères et les mères sont des anges gardiens, et aujourd'hui, ils sont inquiets.
Un enfant sur cinq
A la même période, je lisais le roman de Doris Lessing "le cinquième enfant". Dans ce livre, un couple, dans l'Angleterre des années soixante, construit sa vie heureuse dans une grande maison, l'amour et la générosité, l'accueil des frères, des soeurs, des ainés et des petits qui naissent les uns après les autres, quatre enfants, jusqu'à ce qu'arrive le cinquième. Le cinquième enfant est différent. Trop grand, trop fort, explosant dès les premiers mouvements dans le ventre de la mère de colère, de haine, de peur et de violence. Rien n'explique la naissance de cet être différent, de ce monstre au visage néanderthalien, et la culpabilité plane sur la mère, le couple, puis les dissensions, puis la fatigue.
La famille est soumise à rude épreuve. La mère consacre nuit et jour à tenter de contenir la violence chaotique de l'enfant. En protégeant sa famille de ses excès, elle donne l'impression de concentrer toute son attention sur cet être qui semble venir d'une branche oubliée de l'humanité. Elle vit dans une ambiguïté permanente : l'enfant est tellement inadapté et brutal qu'il manque plusieurs fois de se tuer dans un accident et la mère le sauve à chaque fois en espérant en même temps de ne pas y parvenir. Elle souffre de cette double contrainte.
A la limite du supportable, la famille place l'enfant dans une institution étrange, à l'insu de la mère. Libérée de cette charge de tous les instants, elle peut reprendre des forces, revivre, renouer avec son couple, mais quelque chose de plus fort lui commande d'aller rechercher l'enfant. Et la déchéance recommence, jusqu'à ce que l'enfant fasse avec ce qu'il a et construise son destin, sans que la mère ait pu infléchir quoi que ce soit. Oh certes, un destin étrange, et pas glorieux, mais qui peut juger ?
Tout ça, je le lis à tort ou à raison comme des histoires d'amour qui ne parlent jamais d'amour parce que c'est au-delà de ce que nous croyons être de l'amour, au-delà de la parole.
La carte n'est pas le territoire : choisir le territoire plutôt que la carte
Si j'écris ça, ce n'est ni pour proposer une solution que je n'ai pas (je suis bien mal placé pour cela), ni pour me plaindre, ni pour culpabiliser. Je ne sais d'ailleurs pas précisément pourquoi je l'écris, et ça n'a pas d'importance. C'est seulement le ressenti qui nait de la conjonction de ces deux événements : cette soirée et ce livre qui disent la même chose de deux manières différentes et parlent de ce monde, ici et maintenant.
Peut-être qu'une image imprécise, floue, qui vient du coeur et du quotidien vécu, fait plus agir que les paroles doctes des cartographes.
Rédigé à 09:23 dans Humanité, Livres, Société | Lien permanent | Commentaires (4) | TrackBack (0)
Tags Technorati: conseil de quartier, différence, délinquance, démocratie, jeunes, jeunesse, rapport parents enfants
J'ai eu la chance, il y a deux ans, de voir Claude Onesta, entraîneur de l'équipe de France de handball, de l'écouter parler de son équipe et de sa conception de l'entraînement. C'est un homme impressionnant de talent et de modestie.
Il a participé à la victoire de l'équipe de France de Handball aux derniers championnats d'Europe de handball… après avoir conquis la coupe du monde et obtenu la médaille d'or aux jeux olympiques de Pékin. Une série de victoires unique dans l'histoire de ce sport.
Pourtant, au début de la compétition, l'équipe a été jugée décevante, tenue en échec par des adversaires de haut niveau. Elle ne s'est révélée la meilleure que dans les derniers matchs et a remporté brillamment la coupe. Ainsi, au début, étonnés par cette prestation jugée médiocre de l'équipe des "experts", les journalistes tartinaient leurs journaux de spéculations vaines et pour certains raillaient.
Au-delà de la victoire : le retour
Moi, je me souviens de ce que disait Claude Onesta. Il disait en substance, que cela allait devenir de plus en plus difficile pour l'équipe de France, parce qu'elle n'avait plus rien à conquérir, contrairement à ses adversaires. Ce n'était pas la "faute" à l'un ou à l'autre, c'était comme ça, et qu'il fallait s'attendre à ce que l'équipe de France ne reste pas éternellement championne, qu'elle cède son titre. Son rôle était de faire en sorte qu'elle le reste le plus longtemps possible.
Il montrait que perdre n'était pas un déshonneur, qu'il admirait autant l'adversaire que ses joueurs, que ce n'était pas la victoire qui était le sommet, mais le sport.
Il me faisait penser à cet autre sportif, Erik Decamp, alpiniste et compagnon de Catherine Destivelle, que j'ai aussi eu le plaisir de rencontrer et qui disait : l'objectif d'une course en montagne n'est pas le sommet, c'est de rentrer.
Confondre positif et négation de la négation
Je ne suis pas du tout sportif et je n'ai pas la télévision. Et pourtant je lis avec délice les témoignages de ces gens qui retirent de leur parcours sportif autre chose que la musculation, la gloire médiatique ou l'argent. Ils sont des leçons de vie. Je pèse ce dernier mot, parce que ce dont parle Claude Onesta ou Erik Decamp, c'est tout simplement le respect de la mort.
Je crois qu'il n'y a rien de plus digne que de réussir ce qu'on s'est assigné de plus haut pour soi et d'accepter le verdict de ce qui nous dépasse. Qui que nous soyons et quel que soit notre projet.
En parlant de montagne, pour illustrer ce propos, Carl G. Jung, dans "L'homme et ses symboles", évoque un de ses patients (je crois) très ambitieux et féru d'alpinisme. Il est mort dans un accident de montagne, d'après des témoins, en mettant un pied dans le vide. Lapsus mortel…
La négation de la mort est le sport favori de notre siècle. Il consiste, somme toute, à occuper sa pensée à vivre le plus longtemps possible avant de penser à ce qu'on va faire de sa vie. C'est tout le drame, je devrais dire la tragicomédie, du monde d'aujourd'hui : il semble communément admis que ce qui est positif est la négation de la négation. Mais cette proposition est fausse. Le tout petit exemple de Claude Onesta montre que l'acceptation du négatif peut produire une grande victoire. |
Vivre pour accomplir son oeuvre à peu près
Ca me fait penser à cette interview de Salvador Dali qui expliquait que la plupart des gens travaillaient pour vivre, mais que lui, vivait pour travailler. Et c'était la raison pour laquelle il faisait de la publicité: la publicité lui apportait beaucoup d'argent en ne faisant pas grand chose en très peu de temps.
Ainsi, disait-il, il pouvait se consacrer trois ans à peindre un tout petit tableau. Ca a fait beaucoup rire Jacques Chancel qui n'a cessé, pendant toute l'interview, de traiter le peintre comme un toqué. Des coups bas qui auraient mis des bleus au moral à n'importe qui, mais pas à Dali, qui survolait la médiocrité du médiacrate comme on marche au-dessus d'une merde de chien.
Au fond, Claude Onesta et Salvador Dali parlent de la même chose. De notre projet, du sens de notre vie, notre oeuvre qui nous anime, et du retour dans l'ombre, une fois l'oeuvre à peu près accomplie. Ils partagent tous les deux la même vision des choses, la même hauteur, la même sérénité.
Etonnant ? Non. Le talent est lisible partout. Onesta est un exemple pour chacun de nous, chacun de nos petits et grands projets. Je vous donne un truc : quand les journalistes commencent à ricaner, le talent n'est pas loin.
Rédigé à 22:20 dans Humanité, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
Tags Technorati: C.G.Jung, Claude Onesta, Erik Decamp, négation de la mort, projet de vie, Salvador Dali, sport