(merci à Nicolas Cytrynowicz et Sylvie de m'avoir fait découvrir cette vidéo)
L'Ipad représente bien plus qu'un produit. C'est aussi un symbole annonciateur. Je ne sais pas si nous en sommes conscient ou non, si cela influe notre relation avec ce nouvel objet. Voici la troisième histoire que je me suis racontée:
L'iPad, comme outil unique, convergent, de la connaissance pourrait être assimilé à une sorte de tour de Babel. Un lieu unique où tous les hommes parlent une seule langue qui s'élève.
«Voici, un seul peuple, une seule lèvre pour tous !
Cela, ils commencent à le faire. Maintenant rien n’empêchera pour eux
tout ce qu’ils préméditeront de faire !" (Bible Chouraqui). Et YHVH de s'inquiéter de ce que les hommes pourraient avoir derrière la tête (Il ne précise pas quoi), pour finalement créer la "confusion" et séparer l'humanité par les langues.
On peut lire dans ce texte deux oppositions :
la verticalité, la hiérarchie, la recherche de la puissance, l'éloignement des réalités, opposée à l'horizontalité, l'humilité, l'humus.
l'unicité, un seul peuple, une seule langue ("ein Volk, ein Reich, ein Führer"), opposée à la diversité des peuples et des cultures (Dieu commande à l'homme de peupler la terre et de la cultiver).
Ces deux "courants" verticalité - unicité, et horizontalité - diversité, existent ici et maintenant. Les opposer, c'est encore une fois cloisonner, hiérarchiser et finalement faire le jeu de la tour de Babel :
Il y a des organisations hiérarchisées bénéfiques, comme il existe des structures horizontales, voire chaotiques, qui produisent d'autres formes d'efficacité. Il y a une tendance à communiquer avec le globish, comme il existe toujours des milliers de langues.
Moi j'accepte de vivre dans ce monde à deux dimensions. Avec ses axes aléatoires hiérarchique et chaotique. Et encore, horizontalité et verticalité ne forment pas un espace complet. Il manque une troisième dimension, appelons-la la dimension humaine.
Ni la bibliothèque, ni l'iPad ne font la pensée
Dans la nouvelle de Jorge L. Borges, "la bibliothèque de Babel" des lecteurs errent à la recherche du livre qui contient la Vérité. Ils pourraient tomber par hasard sur le livre de leur propre vie, et la description de leur propre mort. Ou pas. Ils peuvent découvrir un livre complètement incompréhensible, mais dont le sens caché est redoutable. Prendre un livre après l'autre, dans cette bibliothèque, n'a rien d'humain. C'est un travail mécanique.
La fenêtre sur la bibliothèque de Babel que constitue aujourd'hui l'ordinateur et internet, et demain l'iPad et ses successeurs, est aussi débilitante que la télévision si on ne pense pas.
Elle contient toutes les menaces de la verticalité (uniformisation) et de l'horizontalité (confusion), toute l'errance mécanique des copistes-collistes. Elle en contient également toutes les opportunités si nous devenons des auteurs-tricoteurs.
Comment passer de copistes-collistes à auteurs-tricoteurs ?
Encore une fois, à chaque fois qu'un nouvel outil de communication (ou de partage de la compréhension du monde) est inventé (l'écriture, la littérature, la religion, l'imprimerie, l'industrialisation, la numérisation...), c'est l'ouverture de nouveaux possibles.
J'ai déjà décrit en quoi nous sommes dans une des périodes historiques les plus importantes en 7.000 ans. La communication est peut-être la discipline qui nous perdra par défaut de pensée. Voici, à mon avis, pourquoi :
L'enjeu actuel de la pérennité de l'humanité tient dans une équation assez simple et finalement marxiste:
Matériellement et technologiquement, le problème ne réside pas dans les ressources : il y a assez de bras, d'énergie (la Terre reçoit du soleil l'équivalent de 100 à 10.000 fois les besoins énergétiques actuels), et de matière (notamment alimentaire).
Les problèmes ne sont "que" sociétaux, c'est-à-dire qu'ils ne dépendent pas de la nature, ou d'un Dieu aigri, mais de nous :
rapports sociaux de production : changement des organisations et des représentations du travail, protection des plus faibles (et d'abord en Europe),
politique et justice : partage d'une vision du monde "sousveillante" (l'anti panoptique de Bentham est-il une anti-tour de Babel ? Pas sûr...) et transition vers de nouveaux comportements.
Changements, représentations, vision du monde, comportements... on voit bien que les solutions passent nécessairement par la communication. Et ce qui nourrit la communication, ce n'est pas l'outil mais ce qu'on met dedans en informations, en émotions et en valeurs.
Ce qui me pose problème, c'est qu'il me semble que nous avons développé des outils de science-fiction pour véhiculer majoritairement des contenus, des modes de pensée et des ambitions qui n'ont guère changés depuis Babylone.
C’était bien involontaire, mon blog a pris quelques semaines de vacances, le temps de remettre quelques idées en ordre. Comme on se réveille le matin. Mais qu’est ce qui se passe ?
Au dernier trimestre 2008, il m’a semblé lire des messages totalement contradictoires : catastrophisme des grands médias, sérénité des patrons que je connais autour de moi, chutes de chiffre d’affaires vertigineuses parfois rattrapées par des hausses de même ampleur le mois suivant, fanfaronnades des politiques suivies d’hésitations et de désillusions, perspectives plus noires que jamais sur l’impact du réchauffement climatique et projets de relance appuyée sur du pétrole bon marché, revendications syndicales du XIXe siècle et réponses patronales… du XIXe siècle, perspective d’une relance économique mondiale sur fond de coopération politique internationale, guerre Israélo-Palestinienne.
Tout cela un peu ridiculement symbolisé par l’affolement de l’indicateur boursier qui, chaque jour, tantôt distille un excès d’adrénaline auprès de sorciers polyglottes en costume anthracite cravate de soie et diplôme de hautes écoles financières qui prédisent que le Paradis de l’argent facile est retrouvé, tantôt suffoque les mêmes, par la nouvelle perte abyssale de leurs valeurs crapuleuses établies sur des règles fausses et irréalistes, au point d’inhiber leurs quelques neuro-transmetteurs si tant est qu’on puisse considérer que des animaux qui font toujours les mêmes erreurs, avec toujours la même arrogance, avec toujours le même autisme, avec toujours le même uniforme psycho-rigide, les mêmes chaussures noires cirées tachées de sang et toujours les mêmes salaires démesurés et indécents par rapport au mal qu’ils font à la planète et en particulier aux travailleurs, disposent vraiment d’un cerveau (même un ordinateur aurait été moins bête : il aurait planté).
Notre avenir est absolument incertain, et c’est tant mieux
C’est tant mieux, parce que depuis la fin du XXe siècle, nous sommes dans une période de transition entre un ordre du monde et un autre.
Cette crise est plus forte que les autres : elle nous rappelle que nous vivons probablement la période de l’humanité la plus cruciale de son histoire. Quand même. Ca ne vous fait pas frémir ? Frémir de terreur : quelle responsabilité ! Frémir d’aise, aussi : c’est pas tous les jours. Nous devons trouver des solutions pour vivre ensemble, durablement, le mieux possible, sur une planète finie et par conséquent un peuple unique de 6 à 9 milliards de citoyens. Mais ce n'est qu'une crise. Une crise, est une expérience : elle ne dure qu'un temps et elle doit servir de leçon.
C’est tant mieux parce que la majorité des jeunes sont en rupture radicale avec les modes de pensée de leur parents. Et j’espère que les adultes seront aussi clairvoyants qu'eux, qui ne voient plus dans le costume trois pièces, la business school, la rhétorique politicienne, l’arrogance et le mépris des nantis incultes la voie sacrée de l’épanouissement de l’individu. Ou alors oui, une certaine Voie Sacrée…
Exemple : extrait d’une réflexion d’un ami, vendredi soir
« …de toute manière, les Chinois n’ont pas le choix, avec 200 millions de personnes qui arrivent chaque année sur le marché du travail, en-dessous de 7% de croissance annuelle, ils seront obligés de déclarer la guerre pour occuper les chômeurs. La question est de savoir à qui ils vont déclarer la guerre… »
En entendant ça, j’ai pensé à mes parents qui me parlaient de la guerre, j’ai pensé à ma fille qui va donner naissance à une petite fille en mars, j’ai pensé à mon métier, et j’ai pensé ceci :
Nous n’avons plus de représentation claire de notre réalité sociale. La réalité est une construction. Nous fabriquons la réalité à partir de nos sens, de notre langue, que nous partageons avec les autres jusqu’à produire des normes qui nous rend la vie compréhensible et supportable.
Un facteur clé qui permettra de construire un nouveau monde durable, apaisé et joyeux est la communication.
J’ai toujours défini la communication comme le moyen de partager une vision du monde.
Pour partager (au sens de « prendre part » et non « prendre des parts », comme dit Jean-Pierre Prudhomme) une réalité commune entre une société et une autre, pour partager une réalité commune entre ceux qui pilotent et ceux qui font confiance aux pilotes, pour partager la connaissance et produire des connaissances nouvelles.
Tiens, d'ailleurs : les entreprises doivent-elles encore penser à prendre des parts de marché ou pendre part au marché ?
Cela veut dire apprendre à communiquer, apprendre à partager, apprendre à dialoguer, apprendre les langues étrangères (l'anglais, mais aussi l'arabe, le wolof, le roumain, le chinois...), penser l'impensable, apprendre à apprendre...
Eh bien, en cette période dite de « crise », il y a du boulot. C’est nous qui décidons de ce que nous voulons devenir.
La publicité de Barak Obama d'une demi-heure, diffusée sur les grandes chaînes de télévision américaine est une leçon quasi-académique de communication. Voici quelques points saillants de ce travail, il y en a sans doute d'autres :
Donner un sens à la différence
La publicité est l'art de faire valoir une différence. La différence patente entre Barak Obama et son adversaire est la complexité de son programme. Le format d'une demi-heure présente 2 avantages :
surprendre par le format lui-même qui crée une différenciation perceptible,
un format adapté à un message complexe : un spot de 30 secondes est nécessairement démagogique, dans un spot de 30 minutes, on peut aussi faire de la pédagogie.
La légitimité
Une des clés de la dialectique politique est la légitimité : qui es-tu pour nous représenter ? Barak Obama, issu de la minorité ethnique noire, avait un gros travail à faire. Les 30 minutes de la publicité étaient rythmées par la question de la légitimité.
Obama a travaillé sur 2 registres :
l'origine sociale
la filiation
Concernant l'origine sociale, il s'est appuyé sur la middle class dont il est issu. Les quatre témoignages sont tirés de classes modestes américaines, trois familles blanches, une famille noire. Les témoignages étaient intriqués aux propres témoignages de l'enfance de Barak Obama.
La séquence était la suivante : témoignage d'une famille américaine / discours du candidat / témoignage du citoyen Barak Obama.
Concernant la filiation, c'est beaucoup plus subtil et intéressant. J'ai cherché parmi les personnalités américaines de qui Barak Obama pourrait être l'héritier.
J'ai pensé d'emblée à Martin Luther King, mais non, ça ne colle pas du tout avec le film. Martin Luther King avait un débit verbal plus lent, et exprimait ses émotions avec beaucoup plus d'intensité que Barak Obama. J'ai trouvé une filiation très claire avec John F. Kennedy.
Il y a sans doute encore d'autres filiations à trouver. Finalement, après avoir visionné d'autres meetings de Barak Obama, je pense qu'il s'est affilié à ces deux personnalités.
Ici un publicité de JFK : regardez la gestuelle, et le visage, très proche du non verbal de Barak Obama. Des mains tendues, qui "structurent" le discours. Dans d'autres vidéos, Barak Obama pointe le doigt vers l'horizon ou vers la foule de la même manière que JFK.
Ici le fameux discours de Martin Luther King (I have a dream). Rien à voir avec Barak Obama : ni dans la voix, ni dans l'émotion, ni dans le non verbal :
Et pourtant, regardez cette vidéo : Obama fait un discours sous la pluie. Inspiré par le ciel, comme l'était de manière fervente Martin Luther King, il trouve des intonations du leader noir.
Alors que Barak Obama tire sa légitimité de la classe sociale à laquelle il s'adresse et de quasi-héros (demi-dieux) du panthéon Américain, John Mc Cain tire sa légitimité quasi exclusivement de la guerre du Vietnam, puisqu'il est difficile pour lui de s'appuyer sur la famille Bush.
L'émotion
Deuxième clé essentielle de la dialectique : l'émotion (que j'inclus, pour ma part dans un triangle émotions - valeurs - témoignage des faits, mais je simplifie). Là encore le format d'une demi-heure permet à l'émotion de s'installer.
Je rappelle que l'émotion est un puissant conditionnement pour l'esprit. Par exemple, la joie favorise le travail rationnel du cerveau. La tristesse ou la colère réduisent nos capacités intellectuelles.
Le moteur de l'émotion est emprunté au cinéma : puissance de l'association de la musique et de l'image. Dans le film "la chute", la musique arrive à nous arracher des larmes sur le sort des nazis. Ca devrait suffire à convaincre de la puissance du procédé.
Dans la vraie vie, on est rarement accompagné par un orchestre symphonique, mais essayez donc de faire la chose suivante : filmez une scène de famille banale (un repas, un réveil, un week-end dans le jardin), montez le film légèrement au ralenti et mettez-y une musique de film qui prend aux tripes (Angelo Badalamenti, Clint Mansell, Philip Glass, par exemple). Si vous n'avez pas la gorge nouée au bout de deux minutes, je vous paye une bière.
Bien entendu, ce n'est pas le seul ressort de l'émotion, et il faut rendre ici hommage à Davis Guggenheim, le réalisateur du film (également réalisateur du film d'Al Gore "une vérité qui dérange"), qui a mis les ingrédients qu'il fallait dans le montage (rythme, gros plans, scènes d'affection) et le contenu souvent fortement émotionnel de la voix off de Barak Obama.
La vulgarisation par le témoignage
Cette technique a été particulièrement utilisée par Nicolas Sarkozy. Elle consiste à démontrer un mécanisme social en faisant parler une personne impliquée dans le mécanisme.
Ainsi, Nicolas Sarkozy faisait-il régulièrement état de ses déplacements dans les régions, dans les usines, et de ses dialogues avec des ouvriers, des mères de famille, etc... jusqu'au Karcher et la racaille, qui sont des termes issus de dialogues avec des habitants des cités exaspérés par la violence des petits voyous de leur quartier.
On imagine à quel point c'est un procédé manipulatoire. Tout le film est construit sur ce mécanisme. C'est sans doute ce qui, du point de vue de la technique de communication, rend le message le plus discutable.
Un témoignage différent d'un autre acteur du mécanisme aurait pu aboutir à des conclusions diamétralement opposées.
C'est pourtant le procédé le plus courant dans la démonstration par l'image. Et nous sommes entrés dans l'ère de l'image...
Barak Obama intervient après chaque témoignage pour prendre de la hauteur, "modéliser" le témoignage et en déduire son programme politique.
Les symboles
Ouaou... on se régale dans le film. Il y en a plein, sur des registres très différents. Il faut se replacer dans le contexte du média : tout film travaille sur quatre registres issus de deux univers :
L'univers visuel : l'image et le mouvement, le montage et les transitions
L'univers auditif : la musique et le son, la voix et les paroles
Ils sont les supports des symboles et produisent des significations (que je sépare du sens : le sens est donné par ce que le spectateur a compris)
Deux symboles que j'ai trouvés remarquables :
La renaissance des Etats-Unis : l'introduction, avec le champ de blé, puis en fondu les mains des enfants qui tiennent les petits drapeaux Américains. Le ton est donné d'emblée. Les points sur les i sont posés par la voix de Barak Obama : "everywhere I go, despite the economic crisis, the war, and the incertainity about tomorrow, I still see optimism, and hope, and strength".
Et ce drôle de truc que j'appellerais "la Vocation" : Barak Obama traite de la santé, et prend pour exemple sa mère, morte d'un cancer. Le plan suivant est consacré... à son discours où il annonce sa candidature à la Présidence des Etats-Unis. Il y explique le lien entre la mort de sa mère et sa candidature. Ailleurs il expliquera "I was more shaped by the absence of my father, than his presence".
Au fond, il y a là une sorte d'immaculée conception d'un noir par une mère blanche. Je ne peux pas croire que tout cela n'a pas été soigneusement pensé. Well done, guys... Pour moi c'est le moment le plus dense du film.
La séquence démarre exactement à la 18e minute d'un film qui dure 27 minutes, soit exactement aux 2/3 du film. Je ne peux pas dire si cela à une signification (ce n'est pas loin du nombre d'or, mais bon...). Peut-être un cinéaste pourrait me dire s'il se passe quelque chose de précis à ce moment-là d'un film.
Barak Obama organise toujours son argumentation de la même manière :
j'explique comment je finance ma dépense
j'explique ma dépense
La tâche est assez simple, pour Barak Obama. Il dit à un moment ceci : "supprimer les dépenses qui ne rapportent rien, privilégier celles qui ne coûtent moins et marchent mieux".
Il s'appuie sur la plus grande faiblesse du gouvernement précédent en parlant de la ligne budgétaire la plus lourde et la plus inutile : la guerre en Irak qui coûte 10 milliards de dollars par mois aux Américains.
Cette parade sous forme d'attaque contre son adversaire est quasi imparable pour John Mc Cain qui n'a pas su prendre ses distances par rapport au gouvernement Bush. Erreur que n'a pas commise Nicolas Sarkozy.
Résultat : les attaques de John Mc Cain sont traitées sur le ton de la dérision. Deuxième erreur : le temps n'est pas aux guignoleries. J'en parlerai un peu plus loin.
L'argumentation complète de Barak Obama se séquence en trois temps :
le témoignage décrit des faits et l'émotion associée (on est toujours entre tristesse et amour pour ses proches, sa nation). L'émotion permet de faciliter l'adoption des arguments qui suivent. L'image prime.
la réponse aux objections (non seulement ça ne va rien coûter, mais en plus on fera des économies - nous aiderons ceux qui en ont le plus besoin). La voix et le visage (qui renvoie à la responsabilité) de Barak Obama priment.
le programme : à la voix et au visage de Barak Obama s'ajoutent un texte écrit en bas à droite de l'écran et qui grave dans le marbre de l'écran de télévision les actions qui seront menées par son gouvernement s'il est élu.
Une autre règle de l'argumentation persuasive est de partir de la vision du monde de son interlocuteur. Là aussi, Barak Obama est impeccable :
la structure générale de son argumentation part du court terme vers le long terme : il explique d'abord ce qu'il va faire ici et maintenant pour agir sur la crise et soutenir le quotidien des Américains, et il s'agit d'aides financières ; il parle ensuite d'actions à plus long terme ("longer view") où il s'appuie purement et simplement sur les trois piliers du développement durable (économique - social - environnemental).
à la manière de Sarkozy, son discours part toujours du quotidien des gens pour arriver à un plan d'actions, expliqué avec des mots simples.
Le personnage et son rôle
Eléments de contexte, d'abord :
Du point de vue politique, depuis 2005 les démocrates gagnent élection sur élection. Il est probable que n'importe quel candidat démocrate aurait gagné en 2008. Encore que de récentes analyses indiquent que rien n'est gagné du fait que Barak Obama soit noir (l'effet Bradley). Néanmoins, il y a un effet Barak Obama incontestable sur les Américains.
Le contenu du message de Barak Obama fait immanquablement penser aux programmes politiques des pays européens. En particulier, on y trouvera une grosse partie du programme de Nicolas Sarkozy, et aussi pas mal de choses du programme de Ségolène Royal.
Je n'ai d'affection particulière ni pour l'un, ni pour l'autre, mais je suis frappé par ce rapprochement de la politique américaine vers la politique européenne (et pas l'inverse). Ce qui est sans doute, du point de vue de la politique économique une très bonne nouvelle (on donne une nouvelle chance au keynésianisme, si un économiste qui me lit pense que je dis une énormité, qu'il laisse un commentaire, je m'expliquerai).
On ne peut pas ne pas faire le rapprochement avec un livre récent de Jeremy Rifkin : the european dream. Barak Obama entame d'ailleurs explicitement le deuil de l'American Dream dans un passage de son film.
Constat : Barak Obama / Nicolas Sarkozy, même combat (par exemple ceci : une économie qui honore la dignité du travail, une présidence de rupture, ou encore le témoignage d'une femme qui part au travail le matin avant le lever du soleil)
Question : où se trouve la différence (parce que quand même, on sent bien une différence) ?
Avant de parler de la différence, je voudrais parler d'une autre ressemblance, essentielle : l'intime conviction de détenir une solution.
Je me suis tapé des heures d'analyse du discours de Sarkozy, avant qu'il soit Président (il était meilleur avant), pour décoder sa dialectique qui était à l'époque assez innovante. J'ai bien découvert des trucs très intéressants, n'empêche : j'affirme que Nicolas Sarkozy croyait dur comme fer à ce qu'il disait. Ce n'était pas le cas de Ségolène Royal, ce n'est d'aucune manière le cas de John Mc Cain et ça se voit sur leur tête, à leur manière de parler, à leur posture corporelle.
Voici un des rares discours où John Mc Cain ne fait pas le guignol. Regardez le visage figé, l'intonation théâtrale, la dissonance entre ce que disent ses mots et ce que dit son image (même le public n'y croit pas vraiment) :
Barak Obama partage avec Nicolas Sarkozy ceci : ils ont l'intime conviction de détenir une solution pour leur pays.
La différence fondamentale entre les deux personnages est le non-verbal. Un laboratoire a étudié par ordinateur l'expression non verbale de Nicolas Sarkozy (je n'ai pas trouvé de vidéo sur Youtube et je n'ai pas le dvd sous la main, mais je vous trouverai les références, si vous me le demandez). Le logiciel analysait les quatre émotions fondamental (colère, tristesse, joie, peur). Le profil de Sarkozy était très fortement marqué par la colère.
Ce qui est étonnant dans le personnage de Barak Obama est la sérénité de son visage, la qualité de son expression, la posture de son corps. Deux mots me viennent à l'esprit : douceur et fermeté. Cela me rappelle l'expression de ma professeur de piano, quand j'étais petit : "tu dois avoir des doigts d'acier dans un gant de velours". C'est à peu près ça.
Cela donne à Barak Obama une "étrangeté" tout à fait en phase avec sa volonté d'être en rupture. A la fin du film, juste avant que Barak Obama fasse acte d'humilité en expliquant "qu'il n'est pas parfait et qu'il ne sera pas un Président parfait" un élu décrit ce "type spécial" :
"This guy is special because I think he can bring in people together, because he is a good decent man, that understands the world through his background, that he is an man who can heal this country... (je n'ai pas compris ce passage : partitionship ?) ... there is a very, unusual good positive side in this man that we need in this junction of History" (ça ne me semble pas grammaticalement juste, mais bon vous aurez compris, hein).
Le film joue de manière très inspirée sur cette matière première de
choix : ses expressions sont très différentes suivant qu'il est dans la
peau du candidat ou dans la peau du citoyen (beaucoup plus souriant et
affectueux, parfois une attitude quasi christique). A remarquer également, les choix de tenue vestimentaire (du costume à la chemise ouverte).
D'où le rôle de "sauveur" que Barak Obama endosse avec une vraie élégance naturelle. Un sauveur venu d'ailleurs, "a problem solver who thinks big" comme le dira une personne interviewée.
Trois fois dans le film, des personnes à qui Barak Obama adresse la parole en simplement expliquant ce qui est juste, remercieront Barak Obama par un "thank you" quasi-illuminé. C'est très touchant, c'est aussi un peu inquiétant.
Dans le rôle de sauveur, il me fait penser à Ségolène Royal. Ce que dit Barak Obama est simple et sain : t'as bossé, t'as droit à ta part ; t'es malade, la société doit t'aider ; t'as des enfants, nous leur devons une bonne éducation. Mais pourquoi diable Ségolène n'a jamais su convaincre ? Parce qu'un sauveur y croit vraiment : il est "consistant".
Il donne la sensation de maîtriser la situation. Voici deux enthousiastes qui expriment très bien ce que dégage le corps de Barak Obama :
Les petites phrases
Je termine avec quelque chose qui relève un peu de l'anecdote. Le film est bien évidemment émaillé de phrases clé, qu'on appelle aussi "petites phrases" en dialectique.
Celle que j'aime bien :
"we measure the strength of our economy not by the number of billionairs we have, orh by the profit of the Fortune 500" (une question d'indicateur, encore...)
Celle qui caractérise le rôle tenu par Barak Obama :
"a problem solver who thinks big"
Celle qui a plu à mon épouse :
"no governemnt programm can turn up the tv set, or put away the video games, or read to your children"
Celle qui a du plaire tout court :
"Tax payers are payed back first" (au sujet de la crise financière)
Celle qui, d'après les articles qui ont paru suite à la diffusion de la publicité est restée en mémoire :
"...I reminded every single day that I am not a perfect man, I will not be a perfect President, but I can promise you this : I will always tell you what I think and where I stand, I will always be honest with you about the challenges we face, I will listen to you when we disagree, and most importantly, I will open the doors of Governement and ask you to be involved in your own democracy again"
La presse n'a retenu, semble-t-il que la première proposition "je ne suis pas parfait et je ne serai pas un Président parfait". Dommage, parce que le vrai et unique programme politique du bonhomme, c'est la suite de la proposition. Bah. Chapeau, monsieur Obama.
Sinon, pour les initiés, j'ai aussi ça (merci Alex) :
C’est tout de même inédit : pour la deuxième fois dans le siècle, le Président de la plus grande puissance économique et militaire du monde, fait son Caliméro :
En 2001, il paye le prix de 10 ans de magouille avec les réseaux extrémistes islamistes. Et il fait son Caliméro. Bouuûh, c'est vraiment top inzuste ! Ces méchants Irakiens veulent détruire les Etats-Unis. Résultat : 1.000 milliards de dollars d’effort de guerre supportés par le peuple américain.
En 2008, il paye le prix de 10 ans de spéculation bancaire. Les risques sont constamment évoqués par les banquiers eux-mêmes depuis au moins 5 ans. Caliméro, encore. Bouuûh, c'est vraiment trop inzuste ! Ces méchants banquiers vont mettre l’économie des Etats-Unis par terre. Résultat : 1.000 milliards de dollars de dépenses insolvables supportés par le peuple américain.
Ca fait une addition de l’ordre de 2.000 milliards de dollars, qui sera d’ailleurs payée solidairement par le monde entier du fait de la chute du dollar, commencée depuis longtemps. Les premiers créanciers étant les Chinois. Et les premières victimes ont été les Irakiens qui n’y sont pour rien dans cette sinistre histoire.
Nicolas Sarkozy demandait récemment que les responsables soient identifiés. C’est un gag ou de la bêtise ? On ne sait pas.
Qui décide de faire la guerre ? Les décideurs politiques. Qui fixe les règles de l’économie de marché ? Les décideurs politiques. Voilà. Identifier les responsables est assez simple. Et après ?
Après, il ne reste que la stratégie du Caliméro pour sauver sa peau : je me présente à la télévision et je montre à quel point je suis impuissant et malheureux des malheurs qui s’abattent sur le peuple qui m’a élu.
En communication de crise, on peut faire son Caliméro devant les caméras. Une fois, ça passe. Deux fois, c’est lourd. Trois fois ça casse. On peut présenter ses excuses une première fois, la deuxième phase doit être plus offensive : voici ce que je fais pour réparer, et pour préparer l’avenir.
Je ne connais pas de cas où les dirigeants que nous avons coachés ont fait deux fois la même erreur, et ont été obligés de faire leur Caliméro deux fois de suite.
Tout cela prêterait à sourire s’il n’allait pas de l’image comme du dollar : quand le marché n’a plus confiance, le système s’écroule.
On ne va pas couper la tête aux dirigeants politiques du monde occidental du début du XXIe siècle, c’est dépassé.
Mais il est temps qu’ils s’en aillent, avant qu’on atteigne le troisième Caliméro qui sera fatal. Bouuûh ! Envoyons des F16 contre le méchant climat qui est en train de nous exterminer et bombardons-le de subprimes, voilà la solution !
Et ça va être très compliqué pour les suivants : compliqué à réparer, compliqué à gérer, compliqué à communiquer.
Lire aussi cet excellent article de Jean-Michel Aphatie, qu'on ne peut tout de même pas taxer de révolutionnaire (enfin, quand je dis taxer...) : Une civilisation en crise
L'inutile a plein de vertus. Sauf quand il se veut intelligent. Dernièrement, j'ai repris en main un vieux Première. J'aime bien Première, c'est un très bon magazine quand on aime le cinéma. Mais les journalistes ne sont pas meilleurs qu'ailleurs, il écrivent trop vite.
"On n'attendait pas forcément Roland Jaccard, spécialiste de la psychanalyse, sur ce terrain. Voilà un texte court, parfois complaisant, très souvent passionnant, qui mêle angoisses d'un conférencier préparant une conférence sur Louise Brooks, derniers feux du désir et amour du cinéma. La star de Loulou s'inscrit en creux et attire vers elle, comme un trou noir, tout le reste du livre. Par petites touches, Jaccard, qu'elle a visiblement longtemps fasciné, en fait l'étendard d'un certain nihilisme érotique. "J'aime les souvenirs, spécialement les mauvais", écrit-il en conclusion. Pour ses lecteurs, ce petit livre fera partie des autres." HP
On ne sait pas trop ce que cet alignement de mots veut dire, ce que c'est qu'un spécialiste de la psychanalyse, si le livre est complaisant (mais envers qui ?) ou passionnant, comment on s'inscrit en creux et attire comme un trou noir, ce que c'est qu'un certain nihilisme érotique.
Bref quelques lignes pour rien, qui n'apprend rien et qui fera l'unanimité. Heureusement à la fin de la revue, Dans un entretien, Pascal Thomas avoue être sorti de la salle au milieu de la projection du film « La vie est belle » de Roberto Benigni. Il trouvait le film insupportable. Cela m’a fait plaisir parce que j’ai ressenti comme insupportable aussi de faire de l'humour à propos de l'holocauste, et le film m’a profondément déplu. Je n’ai jamais trouvé personne qui partageait mon point de vue.
C’est ça qui est bien avec la presse écrite : on y trouve tout et rien, on peut râler et être injuste avec les critiques qui ne font que leur boulot, être émerveillé de trouver une connivence avec une personnalité qu’on respecte, on peut trouver ce qu’on ne venait pas chercher, ce qui est la meilleure façon de découvrir. Comme disait Devos, « trois fois rien c’est tout de même quelque chose ».
La pratique d’envoyer des vœux dits électroniques est triste. A part, des économies, ça rime à quoi ? Quand ce n’est pas le plus expéditif des mails, deux lignes, envoyées à l’ensemble de sa base de contacts, ce sont des vœux de mauvais goût, hideux, mal réalisés, piqués à la sauvette sur tel ou tel site internet.
Même des collègues, pourtant « professionnels de la communication » m’ont fait le coup. Bref, je préfère ne rien recevoir que d’être envahi par ces trucs industrialisés, normés, mal faits.
Je ne crois pas qu’on puisse tout régler par un mail, surtout pas un vœu. Un vœu est à la fois une promesse et un souhait. C’est un engagement et un désir pour l’avenir.
L’origine du mot est religieuse, jusqu’au plus profond de sa racine indo-européenne. Les vœux, en particulier les vœux de fin d’année, marquent le souhait d’être aimé de quelqu’un, c’est un cadeau, un don de soi.
Tout de même, ce n’est pas rien ! Et pour cela il faut du temps, de la maturation, de la maturité. Il faut pouvoir, vouloir, se donner le temps d’y réfléchir, quitte à renoncer à faire des vœux parce que le temps pourrait manquer.
De sorte qu’on peut imaginer que les vœux prennent une forme électronique, pourquoi pas. Mais pour être plus généreux encore, en s’appuyant sur la technologie pour servir la tradition. Personnaliser, diffuser largement quelque chose de personnel, créer une image, une vidéo originale, qui vienne de soi, multiplier les canaux, imaginer des voeux2.0, que sais-je…
Au nom de nos choix de vie, de notre idéologie floue de la « globalisation », fondée sur aucun texte, aucune histoire, aucune rationalité, on jette aux oubliettes des petites choses, des petits fondamentaux.
Il faudrait, chaque fois qu’on remplace une chose par une autre, prendre le temps de réfléchir à ce qu’on brise. C’est sans doute aussi la responsabilité d’un professionnel de la communication.
Voilà la deuxième vague qui arrive : « travailler plus pour gagner plus » était le leitmotiv de la campagne présidentielle. On l'avait un peu oublié, notre Président de la République nous le rappelle.
Comme tous les bons slogans, c'est-à-dire les slogans dont on se souvient (on ne demande pas plus à un slogan), il est très bien construit :
Rythmé : 2 x 4 pieds, répétition du mot « plus », des consonnes d'attaque bien senties.
Tautologique : on imagine mal travailler plus pour gagner moins, et on a fini de croire que travailler moins permettrait de gagner plus (l'illusion des 35 heures).
Attendu : la promesse correspond à une attente du marché (gagner plus d'argent)
Simple et accessible au plus grand nombre : pas de mot compliqué, une syntaxe minimaliste.
Facile à mémoriser : 5 mots.
Ce slogan serait parfait pour n'importe quel produit de consommation. Mais la politique n'est pas un produit de consommation. "Travailler plus pour gagner plus" n'a pas de sens : travailler plus pour faire quoi ? Gagner plus pourquoi faire ? Or il me semble que l'ambition politique est d'abord et surtout de donner du sens à la communauté.
Jean-Pierre Dupuy dit que le slogan empêche de penser : celui-ci n'échappe pas à la règle et c'est assez grave.
Au fond, c'est un slogan de chef d'entreprise. D'ailleurs je l'utilise dans mon agence et je trouve ça très bien. Et même en tant que chef d'entreprise, une fois que j'ai dit ça, il faut que je trouve du travail à faire, et du travail qui génère de la valeur. Donc je suis bien obligé de me poser la question du pour faire quoi. Mais ça, ce n'est pas de la politique, c'est tout au plus de la stratégie, si tant est que le mot est à la portée d'une petite entreprise.
Quel avenir pour un pays guidé par des slogans ?
Tant que les slogans politiques étaient nuls ("la force tranquille", "le bon choix"), il n'y avait pas de risque de duper les citoyens.
Mais là, le bonhomme et son aréopage sont trop habiles. «Travailler plus pour gagner plus» est directement inspiré de la rhétorique vociférante de Michel Godet. Prospectiviste, faraud, bulldozer, il assène ses slogans et les érige en preuves devant des spectateurs béats, vaincus et réjouis. C'est aussi Michel Godet qui a lancé « cheveux gris, croissance molle ».
Je veux bien croire qu'il soit animé des meilleures intentions du monde, qu'il veuille sincèrement relier la France à la dynamique du monde. Mais cela reste encore un joli slogan (voir pourquoi plus haut).
Le problème, c'est qu'on ne peut rien faire de ces phrases mal dégrossies. Et qu'une fois qu'elles échappent à leur auteur, elles sont appropriées par plus bête et plus méchant :
"Omo lave plus blanc" ne fera pas un programme politique. Mais pour ces deux slogans, faut-il en conclure qu'il faut euthanasier un vieux dès lors qu'il n'a plus d'idée ou qu'il consomme moins ? Que plus on devient vieux, plus on devient con ? Que plus on travaille, plus on est intelligent ? Bref, toutes ces errances de la pensée qui nous rappellent les erreurs du passé.
En tout cas, je ne fais aucune confiance à l'opinion pour le rappeler. Je ne sais plus quel philosophe définissait l'opinion par "ce qu'on pense quand on ne pense pas".
La publicité est une chose trop dérisoire pour la confier à des hommes politiques.
L'expression tire vers le passé : passé de mai 1968 (les accords de Grenelle). Passé du bâtiment lui-même, construit avant la Révolution Française, occupé par un noble (décapité depuis), et empereurs avant d'être affecté au ministère du travail en 1905
Mais les sujets doivent parler d'avenir. Je me demande comment l'esprit peut sortir du cadre et imaginer un devenir autre, dans un cadre aussi chargé d'histoire.
Même si l'actuel Grenelle de l'Environnement se déploie dans toute la France, et même dans ce non-lieu qu'est son portail vidéo internet (une "atopie", à défaut d'être une utopie) les mots restent ancrés dans nos esprits.
Cela illustre le phénomène connu de la volonté de non-changement par ceux-là même qui disent désirer le changement :
changeons, et commençons par nous réunir dans ce lieu si rassurant, ce passé que nous regrettons toujours,
changeons aussi, et commençons par jeter un voile sur ce que nous voulons changer en l'affublant d'un terme bavard et institutionnel : grenelle social, grenelle de l'environnement, grenelle de l'insertion (heureux pauvres, vous aussi, vous aurez votre Grenelle)...
J'avais déjà perçu dans l'expression "changement" un fond d'immobilisme. Grenelle, c'est un peu la même chose : une forme de politesse, de rituel de la démarche de changement, sans doute indispensable dans une communauté humaine.
La danse du changement, c'est toujours un pas en arrière, un pas de travers et éventuellement un ou deux pas en avant. Maintenant, on en connaît la musique : un petit son de cloches qui fait "grenelle grenelle grenelle".
Mieux vaut greneller que grommeler. L'important est de ne pas confondre le protocole et l'objectif.
En rangeant mon bureau, ce matin, je suis tombé sur une coupure de presse du Figaro du 17 septembre 2006. Il était temps que je range mon bureau (vu la date, pas l'article).
Il y était question de "l'affaire des caricatures de Mahomet". Le journaliste, choqué par l'idée qu'on puisse s'offusquer d'une caricature, avait illustré son article de cette photo.
A l'époque, j'avais déjà mis l'article de côté (soigneusement stratifié dans mon rangement conforme à la TBA). J''étais surpris par l'image que l'on donnait d'une communauté qui protestait contre ce qu'elle percevait comme un offense.
Un an après, le gag me saute aux yeux. A caricature, caricature et demi... enfin, ce pourrait être drôle si cette photo en noir et blanc ne rappelait pas de fâcheuses caricatures de l'époque du Juif Süss.
Ce mot m'agace. On en a plein la bouche. Il est laid. Il existe plein de synonymes, plus riches de sens.
Je me demande, à regarder son étymologie de plus près, si le mot "changement" est à la mode parce qu'il est enraciné dans l'immobilisme.
Le changement, parent pauvre de la mutation
Changement vient du latin "cambio" qui signifie "échanger", "troquer" (le Gaffiot n'est pas plus disert que ça) : remplacer une chose par une autre de même valeur. Avec le temps, "changer" a supplanté le mot "muter" (ou muer). La définition de "mutare" en latin est pourtant autrement plus riche. Si on y retrouve le sens "d'échanger", les sens principaux sont "déplacer" (civitate mutari - devenir citoyen d'une autre patrie) et "modifier" (feminis mutari in mares - de femmes se changer en hommes).
On ne parle donc pas de "conduite de la mutation", qui serait pourtant plus approprié. Dommage. Et on se souviendra du délétère et néanmoins si populaire "changement dans la continuité" giscardien.
"Rendre autre"
Pour comprendre le concept de "changement", point de salut dans le sabir du business : il utilise le même mot (change management - plus de 900.000.000 d'occurences sur google... wow). La langue allemande est plus précieuse. Elle dispose, comme toujours, d'un arsenal foisonnant pour approcher le concept. Dans l'ensemble, c'est une idée de "rendre autre" qui domine.
Ainsi, "conduite du changement" se dit "Veränderungsprozess", soit "processus d'altération". Ou encore "Wandlungsprozess", qui signifie quelque chose comme un changement radical dont l'issue est incertaine. Une trans-formation ou une méta-morphose, un "au-delà de la forme".
Tiens, communiquer le changement pourrait consister à dépasser la forme. Tout un programme pour la mutation du métier de communiquant...
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Le manifeste des evidences Un manifeste pour un nouveau marketing qui date de 1999. Prophétique et utopique, il s'appuie sur le modèle du Web2.0 comme Freud s'appuyait sur la thermodynamique et Watzlavick sur la cybernétique.
L'alter entreprise - le blog de Yannick Roudaut Yannick Roudaut est économiste. Il analyse de manière claire le système financier et les méfaits de la spéculation. Il explore des pistes alternatives.