Voici une conférence TED que je recommande dès que je parle de communication environnementale. Jane Poynter est un des membres de l'équipe qui a participé à l'expérience Biosphere II, dans le désert de l'Arizona, de septembre 1991 à septembre 1993. Huit scientifiques se sont enfermés volontairement dans une bâtiment hermétiquement clos.
L'expérience tentait de recréer un écosystème entièrement autonome. Un des objectifs était d'évaluer la faisabilité de biosphères identiques lors de la colonisation spatiale. Jane Poynter raconte avec passion et humour les difficultés de l'équipe à maintenir un équilibre stable.
Mais c'est bien pour la Terre, et même pour notre petite société humaine que l'expérience semble avoir été la plus utile.
La prise de conscience par l'expérience vécue
Lorsque Jane Poynter entre dans Biosphere II, elle "comprend" très vite qu'elle est une partie de Biosphere II. Elle ressent concrètement que lorsqu'elle expire du CO2, ce CO2 nourrit les plantes qui la nourrissent à leur tour.
Elle donne cet exemple amusant : lorsqu'elle commande une pizza sur Biosphere II, elle attend trois mois, le temps de faire pousser le blé, les tomates, traire la chèvre, faire la pâte et cuire la pizza. Elle a suivi le processus et y a participé. Sur Biosphere I (la Terre), elle attend quelques minutes. Mais elle ne sait pas d'où vient la pizza.
Ainsi, lorsque Jane Poynter retrouve la Terre, ce qui la trouble, c'est qu'elle "perd contact avec l'origine des aliments". D'une manière générale, elle ressent une déconnexion entre elle et son environnement.
Dans le même ordre d'idée, elle dit aussi que la première chose qui l'a frappée à la sortie de Biosphere II, c'est la puanteur des gens. Non pas la puanteur de leur corps, mais celle des parfums (laque à cheveux, déodorants), les odeurs qui masquent, qui font écran. Elle perd contact avec l'origine de l'autre.
"Small stuff counts" - Les petites choses sont importantes
L'enseignement de cette expérience est très riche. Il indique que pour notre équilibre, à la fois intérieur (trouver nos repères) qu'extérieur (être en accord avec notre environnement), nous avons besoin de vivre dans un espace "modeste" : mesuré. Je dirais : que je peux mesurer.
Un endroit où je peux au mieux qui est l'autre, d'où il vient, ce qu'il devient, d'où vient ce que je mange, où va ce que je jette, mon impact sur les autres et les objets.
| Je peux penser le monde qui me dépasse. Mais je ne peux pas y vivre. Je peux être en contact avec une personne sur Facebook. Mais ça n'en fera pas mon amie. Je ne peux vivre que dans un monde que j'arrive à voir, toucher, comprendre. |
La communication par le jardinage
De la même manière, la communication environnementale ne peut pas seulement passer par le discours. Pour qu'il y ait (re)prise de conscience et changement de comportements, elle doit passer par l'expérience, les relations sociales entre voisins, le jardinage et la promenade à travers les paysages.
Fin 2009 a montré l'échec de la politique pour résoudre le problème du dérèglement climatique. Cet échec et l'expérience de Jane Poynter nous disent avec insistance que la solution viendra de chacun d'entre nous, à notre petite échelle :
- Il n'y a pas une seule grande solution au problème, il y a 6 milliards (bientôt 9) de modestes solutions.
- Les grandes campagnes de "sensibilisation" servent à mettre en route notre pensée.
- Des méthodes participatives et des parcours pédagogiques servent à mettre en route nos actions.