la sensation d'équilibre par la perception consciente de son écosystème,
le malaise de vivre dans un espace trop grand qui ne permet pas cette perception,
le plaisir et l'efficacité de l'action modeste.
On pourrait dire que l'omniprésence des effets de la mondialisation (la proximité de ce qui est lointain, la "complexité" de ce que nous voyons et consommons, la médiatisation...) qui s'est imposée depuis quelques décades est incompatible avec le rythme de notre évolution pluri-millénaire. Bref : ça va trop vite pour nos petites têtes.
Comme la réalité ne change pas, peut-on changer notre regard pour vivre mieux dans un monde surdimensionné ?
Je me suis demandé ce que la modestie suggérée par Jane Poynter pouvait changer dans mon quotidien. J'ai commencé à faire une liste de petits changements jusqu'à ce que je me rende compte avec étonnement qu'elle renvoyait à une autre règle : les lois journalistiques de proximité.
Médiatisation, proximité, modestie
Ces lois disent en substance que l'attraction des lecteurs de journaux pour une information est déterminée par 6 lois de proximité :
Ainsi les journalistes ont repéré les 6 points qui suscitent notre attention, ceux qui nous émeuvent (nous mettent en mouvement).
On peut rapprocher 3 des 6 proximités, de celles évoquées par Jane Poynter :
Spatial : plus mon espace est grand, moins je le "comprends" (perte de lien avec le biotope).
Spatial / temporel (ou vitesse) : la vitesse d l'information me déconnecte de mon entourage proche, ou biotope (perte de lien avec le rythme des transformations naturelles).
Social : il est difficile de retrouver une communauté humaine dont on s'est éloigné.
Que pourraient signifier les trois autres ?
Affectif : plus on partage ses émotions (les exprimer et les recevoir), plus on se relie aux autres
Rareté : l'abondance nuit à ma capacité de m'émerveiller, la rareté réveille le désir (et la jouissance tue le désir)
Notoriété : si la star m'émeut plus que mon voisin, comment faire de mon voisin une star ?
Intuitivement, il y a un lien logique entre le bien-être lié à la perception consciente de son écosystème et les lois de proximité : notre perception du monde qui nous dépasse est nécessairement médiatisée, et simultanément nous médiatisons notre monde proche.
Par exemple : nous connaissons le drame de Haïti à travers les médias. Et par ailleurs, les maires font tout pour nous éviter le contact avec les démunis proches de nous (cf les bancs anticlochards). Or nous pouvons faire tous les jours beaucoup plus pour les démunis proches de nous que pour les malheureux Haïtiens.
Mais démunis proches de nous et Haïtiens sont perçus par les mêmes médias. Et donc une grande partie de notre réalité, proche comme lointaine, est perçue par les médias, qui traient l'information selon la loi de proximité.
Liste à la Prévert des modestes solutions
Voici quelques transformations qu'on peut imaginer, en passant à travers ce filtre de la proximité et de la modestie :
Regarder le syndrome du Titanic dans un multiplexe [spectaculaire - catalepsie]
Faire une sortie avec le Conservatoire des sites Alsaciens (ou équivalent)
Donner 100 € pour Haïti [actualité - vitesse]
Donner son temps et faire une maraude dans son quartier
Faire la fête entre collègues [tribal - grégaire]
Participer à l'organisation d'une fête des voisins
Pratiquer le Fast food ou le Slow food [actualité - vitesse]
Partager un repas
Réduire les temps de déplacement [actualité - vitesse]
Vivre et profiter des temps de déplacement
Lire un polar dans la soirée [actualité - vitesse]
S'arrêter sur une phrase ou un paragraphe pendant trois jours, faire des liens avec d’autres livres
Tondre le gazon [actualité - vitesse]
Laisser pousser ce qui doit pousser et en prendre soin
Acheter un aquarium avec des poisons exotiques [vitesse]
Aller à la pêche
Aller dans une salle de sport [temporel]
Marcher ou faire du vélo pour ses déplacements urbains
Faire une insomnie [affectif]
Se lever et profiter de son éveil
Poster des citations sur facebook [tribal - grégaire]
S'informer sur internet
Préférer les Indiens aux Chinois [tribal - grégaire]
Dialoguer avec des Indiens et des Chinois
Se payer un week-end à New York [vitesse]
Emporter son travail, prendre le train, le bateau et vivre à New York pendant un mois
S’inquiéter de l’évolution du CAC 40 [spectaculaire - catalepsie]
Prendre connaissance des rapports du GIEC
Maîtriser l’anglais [tribal - grégaire]
Maîtriser sa langue maternelle, parler anglais et s’intéresser aux langues étrangères
Faire son blog [tribal - grégaire]
Ecrire sur un blog et contribuer au blog des autres
Acheter des fraises en hiver [rareté]
Manger des fruits de saison
...
...
Voilà, c'est assez imparfait et ça mériterait d'être amélioré et complété. Si ça vous tente, aidez-moi à compléter la liste :)
Voici une conférence TED que je recommande dès que je parle de communication environnementale.
Jane Poynter est un des membres de l'équipe qui a participé à l'expérience Biosphere II, dans le désert de l'Arizona, de septembre 1991 à septembre 1993. Huit scientifiques se sont enfermés volontairement dans une bâtiment hermétiquement clos.
L'expérience tentait de recréer un écosystème entièrement autonome. Un des objectifs était d'évaluer la faisabilité de biosphères identiques lors de la colonisation spatiale. Jane Poynter raconte avec passion et humour les difficultés de l'équipe à maintenir un équilibre stable.
Mais c'est bien pour la Terre, et même pour notre petite société humaine que l'expérience semble avoir été la plus utile.
La prise de conscience par l'expérience vécue
Lorsque Jane Poynter entre dans Biosphere II, elle "comprend" très vite qu'elle est une partie de Biosphere II. Elle ressent concrètement que lorsqu'elle expire du CO2, ce CO2 nourrit les plantes qui la nourrissent à leur tour.
Elle donne cet exemple amusant : lorsqu'elle commande une pizza sur Biosphere II, elle attend trois mois, le temps de faire pousser le blé, les tomates, traire la chèvre, faire la pâte et cuire la pizza. Elle a suivi le processus et y a participé. Sur Biosphere I (la Terre), elle attend quelques minutes. Mais elle ne sait pas d'où vient la pizza.
Ainsi, lorsque Jane Poynter retrouve la Terre, ce qui la trouble, c'est qu'elle "perd contact avec l'origine des aliments". D'une manière générale, elle ressent une déconnexion entre elle et son environnement.
Dans le même ordre d'idée, elle dit aussi que la première chose qui l'a frappée à la sortie de Biosphere II, c'est la puanteur des gens. Non pas la puanteur de leur corps, mais celle des parfums (laque à cheveux, déodorants), les odeurs qui masquent, qui font écran. Elle perd contact avec l'origine de l'autre.
"Small stuff counts" - Les petites choses sont importantes
L'enseignement de cette expérience est très riche. Il indique que pour notre équilibre, à la fois intérieur (trouver nos repères) qu'extérieur (être en accord avec notre environnement), nous avons besoin de vivre dans un espace "modeste" : mesuré. Je dirais : que je peux mesurer.
Un endroit où je peux au mieux qui est l'autre, d'où il vient, ce qu'il devient, d'où vient ce que je mange, où va ce que je jette, mon impact sur les autres et les objets.
Je peux penser le monde qui me dépasse. Mais je ne peux pas y vivre. Je peux être en contact avec une personne sur Facebook. Mais ça n'en fera pas mon amie. Je ne peux vivre que dans un monde que j'arrive à voir, toucher, comprendre.
La communication par le jardinage
De la même manière, la communication environnementale ne peut pas seulement passer par le discours. Pour qu'il y ait (re)prise de conscience et changement de comportements, elle doit passer par l'expérience, les relations sociales entre voisins, le jardinage et la promenade à travers les paysages.
Fin 2009 a montré l'échec de la politique pour résoudre le problème du dérèglement climatique. Cet échec et l'expérience de Jane Poynter nous disent avec insistance que la solution viendra de chacun d'entre nous, à notre petite échelle :
Il n'y a pas une seule grande solution au problème, il y a 6 milliards (bientôt 9) de modestes solutions.
Les grandes campagnes de "sensibilisation" servent à mettre en route notre pensée.
Des méthodes participatives et des parcours pédagogiques servent à mettre en route nos actions.
Les critères du Crédit Coopératif sont fondés sur la valeur du projet. Plus le projet apporte de la valeur environnementale ou sociale, c'est-a-dire une valeur réelle, plus le taux de crédit est bas. La coopérative bancaire considère que ce n'est pas son produit, l'argent, qui a de la valeur, mais l'effet de l'usage de cet argent sur la réalité. Une éthique à méditer pour chaque chef d'entreprise.
Echaudé par mes négociations infructueuses avec les banques, j'ai attendu que les taux baissent. A partir de septembre 2009, je me suis remis timidement à questionner le Groupe Pingre, Pépettes, Money & Ass. et le Crédit Malabar. Ce dernier me dit qu'il n'avait pas d'offre intéressante à faire.
Pépettes, Money & Ass. comme à son habitude, traina des pieds mais fit une proposition intéressante et bien documentée. Le Groupe Pingre pareil, les deux offres étant comparables à peu de choses près.
Je m'apprêtais à signer avec le Groupe Pingre. Monsieur Jekyll s'était calmé et moi je m'étais fait à l'idée de payer des frais d'entrée et des frais de sortie iniques, malgré mon ancienneté dans la maison. Et puis l'assistante de monsieur Jekyll avait fait du bon travail. Tout travail mérite salaire.
Enfin, après l'intervention de Yannick Roudaut, dont j'ai déjà parlé, je me suis dit que le Groupe Pingre était toujours mieux classé parmi les banques "éthiques" que Pépette, Money & Ass. qui trainait quelques casseroles, comme en témoigne le tableau ci-dessous :
Mais au cours de cette séance, j'ai aussi entendu parler des "banques éthiques" et de "finance islamique". N'ayant pas idée comment accéder à une banque orientale, je me suis assez naturellement tourné vers une banque dite "éthique". Le mot est inapproprié, mais bon, je vais faire avec.
La Fédération Européenne des banques Ethiques et Alternatives (FEBEA) compte 25 membres, dont le Crédit Coopératif qui dispose d'une agence à Strasbourg. Je téléphone donc à cette banque. On m'écoute avec gentillesse et simplicité, oui, oui, on peut financer votre projet, ça rentre dans nos critères. Rendez-vous est pris pour la semaine suivante.
J'arrive à l'agence au centre ville. Elle ne paye pas de mine. La porte est un peu branlante, pas de marbre, pas de granit et pas de dorure. Je croise un client et son tout petit garçon dans le sas d'entrée, j'arrive à l'accueil souriant, l'ambiance est familiale. Mon interlocuteur se présente et me fait entrer dans son bureau de 3 m2 vitré (on est quasiment sur le trottoir). Pendant l'heure et demie qu'a duré l'entretien, la question du "prix" du crédit a pris moins de 10 minutes. Je présente mon projet, comme les autres fois, en insistant plus particulièrement sur les aspects environnementaux qui se sont précisés depuis un an (j'ai eu le temps d'y penser pendant le long hiver bancaire…). Mon interlocuteur s'y intéresse, me pose quelques questions.
Vient la discussion sur les conditions de crédit et le prix. Le fait de domicilier ses comptes au Crédit Coopératif est une conditions sine qua non pour l'obtention du crédit, pas un élément de négociation. Au Crédit Malabar, la domiciliation permet de négocier un prix. Au Crédit Coopératif, elle participe à l"engagement de financement d'entreprises sociales et solidaires. Le même acte, mais dans un cas, il est égoïste, dans l'autre, il a du sens. Question de communication.
Le calcul du taux d'intérêt se fonde sur les caractéristiques environnementales de la rénovation. Mon interlocuteur me tend un questionnaire sur les équipements destinés à préserver la nature et économiser l'énergie. Mon projet est plutôt avancé dans ce domaine, et je coche beaucoup de lignes. Puis, nous discutons sur les choses que je pourrais faire en plus. Un récupérateur de pluie, vous y avez pensé ? Bah, non, je dis, y a assez d'eau en Alsace. Allons, c'est pas bien cher, et ça évite du traitement de l'eau… Bon, ok, vous avez raison, hop, j'en prends un. Et voilà mon banquier qui devient co-concepteur de mon projet.
Résultat des courses : le taux de crédit est légèrement inférieur à la meilleure proposition que j'ai reçue depuis le début de mon parcours du combattant. Les frais d'entrée sont 6 fois inférieurs. Les frais de remboursement anticipés sont raisonnables et justifiés et je choisis l'assurance que je veux. Il me dit : nos conditions ne sont pas les meilleures qu'on pourrait obtenir, mais c'est comme ça, et nous ne négocions pas le taux.
Je m'inquiète des frais de tenue de mon compte ? Pas d'inquiétude : il n'y en a pas. Par contre, le découvert est cher. C'est pour vous inciter à ne pas l'utiliser, dit mon interlocuteur. On n'est pas là pour gérer votre compte. Au moins, c'est dit.
L'affaire réglée, nous parlons pendant trois quarts d'heure de mes projets professionnels. Je vais rencontrer un responsable de compte professionnel dans les semaines à venir.
J'ai été frappé par la similitude du processus entre le Crédit Malabar et le Crédit Coopératif. Je passe sur les relations humaines, ce côté authentiquement chaleureux qui m'a rassuré dans les deux cas. Le plus significatif a été cette liste de critères. D'un côté un prix fondé sur la valeur du patrimoine du porteur de projet : l'homme est considéré comme une marchandise. De l'autre, un prix fondé sur l'effet du projet sur la société humaine : l'homme est au centre du projet.
Le Crédit Coopératif m'a réconcilié avec le métier de banquier. C'est même tout à fait passionnant : l'argent n'est pas une commodité.
J’ai vécu mon adolescence sous la Présidence de Giscard d’Estaing et j’ai détesté cet homme-là. Je ne savais pas pourquoi, mais il m’insupportait, et ça a duré par la suite.
Il y a quelques années, j’écoutais une émission sur France Culture qui réunissait un aréopage d’historiens. Ils se livraient à une comptabilité des décisions des différents Présidents de la Ve République.
Leur conclusion était sans équivoque : les seuls Présidents, au vu des faits, qui resteront dans l’Histoire seront Charles De Gaulle et Valéry Giscard d’Estaing. Après l’émission, j’étais convaincu. Au passage, il considéraient également que Bill Clinton disparaîtrait assez rapidement des livres d’Histoire.
Zut, me disais-je. Voilà un type qui a été renié par la majorité de ses contemporains en un mandat et qui pourtant, a fait beaucoup pour son pays et la construction européenne. J’ai eu la même conclusion après avoir lu le traité constitutionnel Européen qui a été rejeté par la majorité des électeurs français, alors que, pour ma part, je trouvais que c’était un texte pétri de bon sens.
Dans une de ses interviews récentes, ce monsieur de 83 ans dessine une vision très claire de la situation économique actuelle. Il exprime aussi sa perplexité devant la nouvelle génération de dirigeants “communicants”.
Et pour cause : Valéry Giscard d’Estaing a été balayé par un professionnel de la communication sur-entraîné. Il était (et est toujours) un handicapé de l’empathie et, du point de vue du charisme, ne dépasse pas l’enthousiasme d'une huître.
Alors nos actuels Présidents-Communicants seront-ils de futurs grands hommes pour autant ? Sarkozy, Blair, Obama, Chavez ?
La communication ne fait pas le personnage
Tout le monde a à peu près oublié Blair, brillantissime débatteur. Sarkozy est déjà fatigué, il n’est plus que technique et ne convainc plus. Obama, on ne sait pas, mais avez-vous déjà songé à ce qu’on penserait de lui s’il était blanc ? Chàvez s’est abaissé au rang de petit dictateur putatif depuis qu’il a fait voter la possibilité de se représenter à vie.
Ils ont, pour l’instant, tous failli dans leur rôle historique. Peut-être le hasard leur donnera l’opportunité d’être des héros ou des martyrs. Mais ça ne dépendra pas d’eux.
Des grands hommes aux grandes équipes
Il faut faire l’effort de lire Giscard d’Estaing en faisant abstraction de sa morgue. On remarque alors que derrière son égo de plus en plus affirmé (une façon un peu désespérée, à l’approche de la mort, de se rassurer sur sa postérité), il parle de ses partenaires (Helmut Schmidt, Paul Volker...).
Tiens ? Le jour où l’Histoire retiendra une équipe plutôt qu’un homme...
Une équipe est toujours plus qu’une addition de personnages : c’est une multiplication de relations.
Parions que la future figure historique sera une équipe capable d’intelligence collective.
L’autorité
A tous ces personnages manque quelque chose : la capacité de faire soulever des montagnes. C’est ce que j’appellerais l’autorité. C’est de la communication, et ce n’est pas que de la technique.
Michel Serres relie “autorité” à “auteur” et “augmenter”. Les trois mots ont une origine commune. On peut en déduire les enjeux d’une figure d’autorité collective :
Comment être légitime ? dans notre imaginaire, un auteur est encore un être solitaire, écrivain, chef, gourou, prophète...
Comment élever (tirer vers le haut ? ou pousser ?) une masse de gens de plus en plus nombreuse et hétérogène ?
Peut-être que nos modèles politiques ne doivent plus être à l'image des héros de l’Histoire mais à l'image des équipes gagnantes d’aujourd’hui (équipe de chercheurs, équipes sportives, équipe d’explorateurs...).
En ces temps imprévisibles, les prophéties auto-réalisatrices me semblent un outil tout à fait indiqué en management.
Ca m’est venu en lisant une réponse à mes vœux pour 2009 d’un ami chef d’entreprise qui disait ceci : « Bonne année à toi aussi, j'espère que nous ferons tous mentir les pronostiqueurs de tous bords ».
La petite présentation de Wikipedia sur le sujet des prophéties auto-réalisatrices est très bien faite. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, allez-y vite.
Le principe est simple : le fait de prédire quelque chose favorise sa réalisation. Par exemple, vous allez voir une voyante. Elle vous prédit que vous aurez un accident de voiture dans un futur proche. A la prochaine situation difficile en voiture, vous vous direz "ca y est" et vous aurez tendance à provoquer l'accident.
Quelques points clés qui m’intéressent :
C’est un outil qui fonctionne dans une interaction : c'est la relation entre la voyante et l'automobiliste qui produit le phénomène. C'est-à-dire qu'il faut une relation de dépendance (je crois dans la voyance et la voyante est légitime) et un échange entre les deux personnes.
Il fonctionne dans un système pratiquement fermé : la prédiction doit être dominante. Dans un système ouvert, il y a des prédictions contradictoires. Une autre voyante pourra dire qu'elle voit que l'automobiliste échappera à un accident de voiture. Un système fermé est par exemple : la famille, l’entreprise, par exemple. Je pense qu'une prédiction à moins de chance de se réaliser à l’échelle des grands nombres, même si le phénomène est courant.
Il fonctionne sur des réalités sociales, c’est à dire sur des objets admis comme réels par l’ensemble du groupe social : la crise économique, le terrorisme, l'art, etc... (même pour des réalités sociales contestées, comme par exemple l'insécurité : le simple fait de la contester, c'est lui donner une existence).
A contrario, il ne fonctionne pas si une prophétie est contredite par une réalité physique. Par exemple, je peux émettre la prophétie : « le prix du pétrole va baisser durablement dans les 20 ans qui viennent », tous les actes que je peux faire qui pourraient valider la prophétie se heurteront à l’épuisement physique des ressources.
Il a un corollaire très intéressant : la prophétie auto-destructrice. Le fait d’annoncer quelque chose fait que cela ne se produira pas, parce qu’elle va produire des comportements qui empêcheront sa réalisation. Par exemple, je peux émettre la prophétie : « la chute de notre chiffre d’affaires est inévitable », suivant le contexte de l’entreprise, l’action de l’équipe permettra d’obtenir exactement le résultat opposé. Dans le cas de la voyante, tout dépend de la nature de la relation entre l'automobiliste et la voyante. S'il ne "croit pas", il aura tendance à vouloir prouver que la voyante a tort.
Ha ! Voilà. Nous y sommes : comment utiliser les prophéties auto-réalisatrices et auto-destructrices en management ?
Le manager enchanteur
Quand plus rien n’est prévisible, il va falloir construire sa propre réalité. Voici donc ce que je vais tester :
Rechercher une prophétie auto-réalisatrice non limitée par la réalité physique (le fait de dire « nous aurons une croissance de 20% cette année, comme les 6 dernières années » ne me semble pas suffisante, parce que pour plusieurs raisons, elle se heurte à une limite physique).
Fermer le système : non pas en demandant aux collaborateurs d’arrêter de lire les journaux (ce que j'ai fini par faire, mais spontanément), mais en créant les conditions pour transformer la prophétie actuelle (on n’est pas loin de la fin du monde) en prophétie auto-destructrice. Comme pour le cas de la voyante, on pourra mettre en doute la légitimité des auteurs de mauvaises nouvelles économiques et leurs prédictions associées (du genre : "le pire est devant nous").
Chez tout patron, il y a un côté pisse-vinaigre et un côté enchanteur. A défaut d’avoir le pouvoir de transformer l’eau en vin, je vais mettre en veilleuse mon côté pisse-vinaigre et mettre en avant celui d’enchanteur.
C'est peu de dire que la Roumanie a une mauvaise image auprès de la majorité des Français. Je ne suis pas loin de penser que ce pays connaîtra en Europe un essor identique à celui du Japon dans le monde.
Dans les années 70, le Japon était méprisé par les pays dits développés. On connait la suite. J'ai vécu cette "irruption" de la puissance japonaise dans l'économie mondiale. Ce qui a surpris, c'était la rapidité avec laquelle l'image de qualité et d'innovation s'est installée. En réalité, c'était un travail de longue haleine (il ne peut pas en être autrement), mais discret.
De la culture à la qualité et l'innovation
Je retrouve dans la Roumanie les mêmes ingrédients : un pays discret, humble, travailleur, en forte croissance économique. Et surtout, comme le Japon, un pays qui a une histoire et une culture auxquels les Roumains sont fortement attachés. Et il y a de quoi.
C'est ce dernier point qui m'a frappé lors de mon voyage en Transylvanie en Août dernier. Confirmé hier soir par la soirée de gala organisée par le Centre Roumain de Strasbourg, ouverte par un récital de la chorale "Preludiu". La qualité de cet ensemble vocal, composé de jeunes artistes, était tout simplement stupéfiante.
Une conséquence économique de cette culture est le goût pour la qualité. Quels que soient les moyens, ce qui est produit doit être de qualité. C'est le cas par exemple des centres commerciaux (voir image ci-dessus), qui n'ont rien à envier à notre pitoyable Rivétoile à Strasbourg, bien au contraire. Il n'y a pas de communication sans culture
Quel rapport avec la communication ? C'est simple. La communication est un instrument de progrès des sociétés humaines. Communiquer pour communiquer est illusoire. Dominique Wolton expliquait il y a déjà un moment que les récents outils de communication augmentait la quantité des messages et réduisait leur qualité unitaire (ce n'est pas parce qu'on peut dire beaucoup, qu'on dit plus).
Il n'y a de communication utile qu'avec de la culture et du désir. Si on lit le modèle de communication de Shannon, la culture est une variable omniprésente : dans l'émetteur et le récepteur, dans le codage et le décodage, et même les bruits, les canaux et le feed-back.
Un de mes confrères se gonflait les pectoraux récemment en titrant un article sur la communication confondant de sottise : "ce n'est pas parce qu'on n'a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule" (curieuse référence à trois malfrats incompétents...). Eh bien non. Je dirai pour ma part : si on ne veut pas fermer sa gueule, il faut avoir envie de dire des choses.
La communication, c'est des tuyaux et une pompe. Sans culture et sans désir, la pompe tourne à vide, comme celle des Shadoks. Je peux vous dire qu'en Roumanie, des soirées de gala jusqu'aux terrasses de café des petits villages, ça bouge et ça imagine le monde
Qui aura retenu le premier discours du Président Barak Obama le soir du 4 novembre 2008 ? D'après mes échanges avec mes amis, pas grand monde... Nous parlions tous de celui de John Mc Cain.
Pourquoi ? Parce que ce n'était pas le discours d'un bon perdant. C'était un "méta-discours" : John Mc Cain, s'est placé au-dessus du jeu, il n'était plus un protagoniste de la campagne électorale, il en était l'observateur. Et du coup, son propos était plus visionnaire que celui de Barak Obama.
Il y a deux points du discours que je voudrais éclairer :
La maîtrise du cadre de référence du discours :
Au début de son intervention, John Mc Cain a posé le cadre : les résultats sont clairs, j'ai perdu, bravo monsieur Obama.
Levée de sifflets des partisans républicains : Et là un geste d'autorité de John Mc Cain. Ses mains intiment vivement au public de cesser les sifflets, appuyé par un regard plutôt dur et souligné par des lèvres pincées qui signifiaient clairement "je n'accepte pas cette attitude". Pas un mot. Et tout le monde se tait. Et il a un boulevard pour dérouler son message.
C'est ce que j'appelle définir le cadre de référence. C'est très utile pour un manager ou un consultant : d'abord fixer les règles du jeu et ne pas tolérer qu'elles soient transgressées, dans une position d'autorité. Ensuite on peut faire son travail, dans une position d'humilité qui permet la coopération.
C'est aussi ce qu'on appelle la "position haute" qui définit le cadre, et la "position basse" qui permet le débat constructif.
Sortir de l'échec par le haut
Pas facile de conclure sur un échec. Comment John Mac Cain y parvient-il (brillamment) ? Pour le comprendre, il est utile de comparer son discours à celui de Giscard d'Estaing en 1981.
Le contexte n'est pas le même, certes : Giscard terminait son mandat sur un bilan positif, un des meilleurs de tous les présidents de la Ve République. Mac Cain devait porter le lourd héritage des frasques de l'équipe Bush et une des crises économiques les plus graves des cinquante dernières années.
Mais il y a aussi une similitude très nette : une alternance spectaculaire (la gauche en France, un démocrate Afro-américain aux USA), avec l'espoir et l'émotion qui l'accompagne.
Le point clé est le suivant : si je considère que mon adversaire est le meilleur, je me donne une chance de ne pas être un mauvais. Si, comme Giscard, je sous-entends que mon adversaire est un incompétent, je sous-entends aussi pour mon public que je suis un mauvais.
Dans le premier cas, j'ouvre la possibilité de la coopération (tu es le meilleur, et je ne suis pas un mauvais : et si on bossait ensemble ?). Dans le deuxième cas, je suis source de conflit (tu es un incompétent, mes électeurs ont compris, tes électeurs sont des cons).
Posture de Giscard (hautaine) :
un discours centré sur le passé
un plaidoyer pour son bilan (qui signifie : "vous n'avez rien compris")
l'usage permanent du "je" et un mépris absolu pour les autres (la seule chose qui peut vous sauver, c'est la Providence !)
il tourne le dos (pour ne pas dire son cul) à son successeur, à son peuple, à l'avenir
Posture de John Mac Cain (humble) :
un discours centré sur l'avenir
un plaidoyer pour son adversaire (qui signifie : "il vous a compris")
l'usage fréquent du nous, rassembleur, et l'usage du "je" pour dire : c'est moi qui ai perdu, pas mes électeurs
il tend la main à son adversaire, à son peuple, à l'avenir
Cette posture n'a pu être possible que par ce premier geste de soumission : je reconnais la valeur de mon adversaire. Giscard semble n'avoir pas compris que c'est lui qui a perdu, et pas le peuple.
Elle permet de dépasser en quelques minutes des mois de lutte et de coups bas. C'est bon pour le candidat vaincu, c'est bon pour le vainqueur, et en définitive, c'est bon pour l'intégrité du pays. Chose qu'en France les hommes et femmes politiques sont encore très loin d'avoir compris.
Sortir gagnant d'un échec, c'est donc sortir du cadre :
reconnaître sa défaite et la valeur de l'adversaire, c'est reconnaître sa propre valeur
reconnaître les intérêts supérieurs du groupe, c'est rester relié au groupe
définir une position dans l'avenir (se re-présenter, se retirer, coopérer, etc...), c'est continuer à exister
On comprend aussi à travers cette petite comparaison que malgré ses réalisations brillantes (sortie durable de la crise pétrolière, majorité à 18 ans, légalisation de l'IVG, sortie de la stagflation, participation active à la construction européenne, traité constitutionnel européen...) Giscard d'Estaing n'a plus jamais pu prétendre à une fonction politique de premier plan.
La publicité de Barak Obama d'une demi-heure, diffusée sur les grandes chaînes de télévision américaine est une leçon quasi-académique de communication. Voici quelques points saillants de ce travail, il y en a sans doute d'autres :
Donner un sens à la différence
La publicité est l'art de faire valoir une différence. La différence patente entre Barak Obama et son adversaire est la complexité de son programme. Le format d'une demi-heure présente 2 avantages :
surprendre par le format lui-même qui crée une différenciation perceptible,
un format adapté à un message complexe : un spot de 30 secondes est nécessairement démagogique, dans un spot de 30 minutes, on peut aussi faire de la pédagogie.
La légitimité
Une des clés de la dialectique politique est la légitimité : qui es-tu pour nous représenter ? Barak Obama, issu de la minorité ethnique noire, avait un gros travail à faire. Les 30 minutes de la publicité étaient rythmées par la question de la légitimité.
Obama a travaillé sur 2 registres :
l'origine sociale
la filiation
Concernant l'origine sociale, il s'est appuyé sur la middle class dont il est issu. Les quatre témoignages sont tirés de classes modestes américaines, trois familles blanches, une famille noire. Les témoignages étaient intriqués aux propres témoignages de l'enfance de Barak Obama.
La séquence était la suivante : témoignage d'une famille américaine / discours du candidat / témoignage du citoyen Barak Obama.
Concernant la filiation, c'est beaucoup plus subtil et intéressant. J'ai cherché parmi les personnalités américaines de qui Barak Obama pourrait être l'héritier.
J'ai pensé d'emblée à Martin Luther King, mais non, ça ne colle pas du tout avec le film. Martin Luther King avait un débit verbal plus lent, et exprimait ses émotions avec beaucoup plus d'intensité que Barak Obama. J'ai trouvé une filiation très claire avec John F. Kennedy.
Il y a sans doute encore d'autres filiations à trouver. Finalement, après avoir visionné d'autres meetings de Barak Obama, je pense qu'il s'est affilié à ces deux personnalités.
Ici un publicité de JFK : regardez la gestuelle, et le visage, très proche du non verbal de Barak Obama. Des mains tendues, qui "structurent" le discours. Dans d'autres vidéos, Barak Obama pointe le doigt vers l'horizon ou vers la foule de la même manière que JFK.
Ici le fameux discours de Martin Luther King (I have a dream). Rien à voir avec Barak Obama : ni dans la voix, ni dans l'émotion, ni dans le non verbal :
Et pourtant, regardez cette vidéo : Obama fait un discours sous la pluie. Inspiré par le ciel, comme l'était de manière fervente Martin Luther King, il trouve des intonations du leader noir.
Alors que Barak Obama tire sa légitimité de la classe sociale à laquelle il s'adresse et de quasi-héros (demi-dieux) du panthéon Américain, John Mc Cain tire sa légitimité quasi exclusivement de la guerre du Vietnam, puisqu'il est difficile pour lui de s'appuyer sur la famille Bush.
L'émotion
Deuxième clé essentielle de la dialectique : l'émotion (que j'inclus, pour ma part dans un triangle émotions - valeurs - témoignage des faits, mais je simplifie). Là encore le format d'une demi-heure permet à l'émotion de s'installer.
Je rappelle que l'émotion est un puissant conditionnement pour l'esprit. Par exemple, la joie favorise le travail rationnel du cerveau. La tristesse ou la colère réduisent nos capacités intellectuelles.
Le moteur de l'émotion est emprunté au cinéma : puissance de l'association de la musique et de l'image. Dans le film "la chute", la musique arrive à nous arracher des larmes sur le sort des nazis. Ca devrait suffire à convaincre de la puissance du procédé.
Dans la vraie vie, on est rarement accompagné par un orchestre symphonique, mais essayez donc de faire la chose suivante : filmez une scène de famille banale (un repas, un réveil, un week-end dans le jardin), montez le film légèrement au ralenti et mettez-y une musique de film qui prend aux tripes (Angelo Badalamenti, Clint Mansell, Philip Glass, par exemple). Si vous n'avez pas la gorge nouée au bout de deux minutes, je vous paye une bière.
Bien entendu, ce n'est pas le seul ressort de l'émotion, et il faut rendre ici hommage à Davis Guggenheim, le réalisateur du film (également réalisateur du film d'Al Gore "une vérité qui dérange"), qui a mis les ingrédients qu'il fallait dans le montage (rythme, gros plans, scènes d'affection) et le contenu souvent fortement émotionnel de la voix off de Barak Obama.
La vulgarisation par le témoignage
Cette technique a été particulièrement utilisée par Nicolas Sarkozy. Elle consiste à démontrer un mécanisme social en faisant parler une personne impliquée dans le mécanisme.
Ainsi, Nicolas Sarkozy faisait-il régulièrement état de ses déplacements dans les régions, dans les usines, et de ses dialogues avec des ouvriers, des mères de famille, etc... jusqu'au Karcher et la racaille, qui sont des termes issus de dialogues avec des habitants des cités exaspérés par la violence des petits voyous de leur quartier.
On imagine à quel point c'est un procédé manipulatoire. Tout le film est construit sur ce mécanisme. C'est sans doute ce qui, du point de vue de la technique de communication, rend le message le plus discutable.
Un témoignage différent d'un autre acteur du mécanisme aurait pu aboutir à des conclusions diamétralement opposées.
C'est pourtant le procédé le plus courant dans la démonstration par l'image. Et nous sommes entrés dans l'ère de l'image...
Barak Obama intervient après chaque témoignage pour prendre de la hauteur, "modéliser" le témoignage et en déduire son programme politique.
Les symboles
Ouaou... on se régale dans le film. Il y en a plein, sur des registres très différents. Il faut se replacer dans le contexte du média : tout film travaille sur quatre registres issus de deux univers :
L'univers visuel : l'image et le mouvement, le montage et les transitions
L'univers auditif : la musique et le son, la voix et les paroles
Ils sont les supports des symboles et produisent des significations (que je sépare du sens : le sens est donné par ce que le spectateur a compris)
Deux symboles que j'ai trouvés remarquables :
La renaissance des Etats-Unis : l'introduction, avec le champ de blé, puis en fondu les mains des enfants qui tiennent les petits drapeaux Américains. Le ton est donné d'emblée. Les points sur les i sont posés par la voix de Barak Obama : "everywhere I go, despite the economic crisis, the war, and the incertainity about tomorrow, I still see optimism, and hope, and strength".
Et ce drôle de truc que j'appellerais "la Vocation" : Barak Obama traite de la santé, et prend pour exemple sa mère, morte d'un cancer. Le plan suivant est consacré... à son discours où il annonce sa candidature à la Présidence des Etats-Unis. Il y explique le lien entre la mort de sa mère et sa candidature. Ailleurs il expliquera "I was more shaped by the absence of my father, than his presence".
Au fond, il y a là une sorte d'immaculée conception d'un noir par une mère blanche. Je ne peux pas croire que tout cela n'a pas été soigneusement pensé. Well done, guys... Pour moi c'est le moment le plus dense du film.
La séquence démarre exactement à la 18e minute d'un film qui dure 27 minutes, soit exactement aux 2/3 du film. Je ne peux pas dire si cela à une signification (ce n'est pas loin du nombre d'or, mais bon...). Peut-être un cinéaste pourrait me dire s'il se passe quelque chose de précis à ce moment-là d'un film.
Barak Obama organise toujours son argumentation de la même manière :
j'explique comment je finance ma dépense
j'explique ma dépense
La tâche est assez simple, pour Barak Obama. Il dit à un moment ceci : "supprimer les dépenses qui ne rapportent rien, privilégier celles qui ne coûtent moins et marchent mieux".
Il s'appuie sur la plus grande faiblesse du gouvernement précédent en parlant de la ligne budgétaire la plus lourde et la plus inutile : la guerre en Irak qui coûte 10 milliards de dollars par mois aux Américains.
Cette parade sous forme d'attaque contre son adversaire est quasi imparable pour John Mc Cain qui n'a pas su prendre ses distances par rapport au gouvernement Bush. Erreur que n'a pas commise Nicolas Sarkozy.
Résultat : les attaques de John Mc Cain sont traitées sur le ton de la dérision. Deuxième erreur : le temps n'est pas aux guignoleries. J'en parlerai un peu plus loin.
L'argumentation complète de Barak Obama se séquence en trois temps :
le témoignage décrit des faits et l'émotion associée (on est toujours entre tristesse et amour pour ses proches, sa nation). L'émotion permet de faciliter l'adoption des arguments qui suivent. L'image prime.
la réponse aux objections (non seulement ça ne va rien coûter, mais en plus on fera des économies - nous aiderons ceux qui en ont le plus besoin). La voix et le visage (qui renvoie à la responsabilité) de Barak Obama priment.
le programme : à la voix et au visage de Barak Obama s'ajoutent un texte écrit en bas à droite de l'écran et qui grave dans le marbre de l'écran de télévision les actions qui seront menées par son gouvernement s'il est élu.
Une autre règle de l'argumentation persuasive est de partir de la vision du monde de son interlocuteur. Là aussi, Barak Obama est impeccable :
la structure générale de son argumentation part du court terme vers le long terme : il explique d'abord ce qu'il va faire ici et maintenant pour agir sur la crise et soutenir le quotidien des Américains, et il s'agit d'aides financières ; il parle ensuite d'actions à plus long terme ("longer view") où il s'appuie purement et simplement sur les trois piliers du développement durable (économique - social - environnemental).
à la manière de Sarkozy, son discours part toujours du quotidien des gens pour arriver à un plan d'actions, expliqué avec des mots simples.
Le personnage et son rôle
Eléments de contexte, d'abord :
Du point de vue politique, depuis 2005 les démocrates gagnent élection sur élection. Il est probable que n'importe quel candidat démocrate aurait gagné en 2008. Encore que de récentes analyses indiquent que rien n'est gagné du fait que Barak Obama soit noir (l'effet Bradley). Néanmoins, il y a un effet Barak Obama incontestable sur les Américains.
Le contenu du message de Barak Obama fait immanquablement penser aux programmes politiques des pays européens. En particulier, on y trouvera une grosse partie du programme de Nicolas Sarkozy, et aussi pas mal de choses du programme de Ségolène Royal.
Je n'ai d'affection particulière ni pour l'un, ni pour l'autre, mais je suis frappé par ce rapprochement de la politique américaine vers la politique européenne (et pas l'inverse). Ce qui est sans doute, du point de vue de la politique économique une très bonne nouvelle (on donne une nouvelle chance au keynésianisme, si un économiste qui me lit pense que je dis une énormité, qu'il laisse un commentaire, je m'expliquerai).
On ne peut pas ne pas faire le rapprochement avec un livre récent de Jeremy Rifkin : the european dream. Barak Obama entame d'ailleurs explicitement le deuil de l'American Dream dans un passage de son film.
Constat : Barak Obama / Nicolas Sarkozy, même combat (par exemple ceci : une économie qui honore la dignité du travail, une présidence de rupture, ou encore le témoignage d'une femme qui part au travail le matin avant le lever du soleil)
Question : où se trouve la différence (parce que quand même, on sent bien une différence) ?
Avant de parler de la différence, je voudrais parler d'une autre ressemblance, essentielle : l'intime conviction de détenir une solution.
Je me suis tapé des heures d'analyse du discours de Sarkozy, avant qu'il soit Président (il était meilleur avant), pour décoder sa dialectique qui était à l'époque assez innovante. J'ai bien découvert des trucs très intéressants, n'empêche : j'affirme que Nicolas Sarkozy croyait dur comme fer à ce qu'il disait. Ce n'était pas le cas de Ségolène Royal, ce n'est d'aucune manière le cas de John Mc Cain et ça se voit sur leur tête, à leur manière de parler, à leur posture corporelle.
Voici un des rares discours où John Mc Cain ne fait pas le guignol. Regardez le visage figé, l'intonation théâtrale, la dissonance entre ce que disent ses mots et ce que dit son image (même le public n'y croit pas vraiment) :
Barak Obama partage avec Nicolas Sarkozy ceci : ils ont l'intime conviction de détenir une solution pour leur pays.
La différence fondamentale entre les deux personnages est le non-verbal. Un laboratoire a étudié par ordinateur l'expression non verbale de Nicolas Sarkozy (je n'ai pas trouvé de vidéo sur Youtube et je n'ai pas le dvd sous la main, mais je vous trouverai les références, si vous me le demandez). Le logiciel analysait les quatre émotions fondamental (colère, tristesse, joie, peur). Le profil de Sarkozy était très fortement marqué par la colère.
Ce qui est étonnant dans le personnage de Barak Obama est la sérénité de son visage, la qualité de son expression, la posture de son corps. Deux mots me viennent à l'esprit : douceur et fermeté. Cela me rappelle l'expression de ma professeur de piano, quand j'étais petit : "tu dois avoir des doigts d'acier dans un gant de velours". C'est à peu près ça.
Cela donne à Barak Obama une "étrangeté" tout à fait en phase avec sa volonté d'être en rupture. A la fin du film, juste avant que Barak Obama fasse acte d'humilité en expliquant "qu'il n'est pas parfait et qu'il ne sera pas un Président parfait" un élu décrit ce "type spécial" :
"This guy is special because I think he can bring in people together, because he is a good decent man, that understands the world through his background, that he is an man who can heal this country... (je n'ai pas compris ce passage : partitionship ?) ... there is a very, unusual good positive side in this man that we need in this junction of History" (ça ne me semble pas grammaticalement juste, mais bon vous aurez compris, hein).
Le film joue de manière très inspirée sur cette matière première de
choix : ses expressions sont très différentes suivant qu'il est dans la
peau du candidat ou dans la peau du citoyen (beaucoup plus souriant et
affectueux, parfois une attitude quasi christique). A remarquer également, les choix de tenue vestimentaire (du costume à la chemise ouverte).
D'où le rôle de "sauveur" que Barak Obama endosse avec une vraie élégance naturelle. Un sauveur venu d'ailleurs, "a problem solver who thinks big" comme le dira une personne interviewée.
Trois fois dans le film, des personnes à qui Barak Obama adresse la parole en simplement expliquant ce qui est juste, remercieront Barak Obama par un "thank you" quasi-illuminé. C'est très touchant, c'est aussi un peu inquiétant.
Dans le rôle de sauveur, il me fait penser à Ségolène Royal. Ce que dit Barak Obama est simple et sain : t'as bossé, t'as droit à ta part ; t'es malade, la société doit t'aider ; t'as des enfants, nous leur devons une bonne éducation. Mais pourquoi diable Ségolène n'a jamais su convaincre ? Parce qu'un sauveur y croit vraiment : il est "consistant".
Il donne la sensation de maîtriser la situation. Voici deux enthousiastes qui expriment très bien ce que dégage le corps de Barak Obama :
Les petites phrases
Je termine avec quelque chose qui relève un peu de l'anecdote. Le film est bien évidemment émaillé de phrases clé, qu'on appelle aussi "petites phrases" en dialectique.
Celle que j'aime bien :
"we measure the strength of our economy not by the number of billionairs we have, orh by the profit of the Fortune 500" (une question d'indicateur, encore...)
Celle qui caractérise le rôle tenu par Barak Obama :
"a problem solver who thinks big"
Celle qui a plu à mon épouse :
"no governemnt programm can turn up the tv set, or put away the video games, or read to your children"
Celle qui a du plaire tout court :
"Tax payers are payed back first" (au sujet de la crise financière)
Celle qui, d'après les articles qui ont paru suite à la diffusion de la publicité est restée en mémoire :
"...I reminded every single day that I am not a perfect man, I will not be a perfect President, but I can promise you this : I will always tell you what I think and where I stand, I will always be honest with you about the challenges we face, I will listen to you when we disagree, and most importantly, I will open the doors of Governement and ask you to be involved in your own democracy again"
La presse n'a retenu, semble-t-il que la première proposition "je ne suis pas parfait et je ne serai pas un Président parfait". Dommage, parce que le vrai et unique programme politique du bonhomme, c'est la suite de la proposition. Bah. Chapeau, monsieur Obama.
Sinon, pour les initiés, j'ai aussi ça (merci Alex) :
C’est tout de même inédit : pour la deuxième fois dans le siècle, le Président de la plus grande puissance économique et militaire du monde, fait son Caliméro :
En 2001, il paye le prix de 10 ans de magouille avec les réseaux extrémistes islamistes. Et il fait son Caliméro. Bouuûh, c'est vraiment top inzuste ! Ces méchants Irakiens veulent détruire les Etats-Unis. Résultat : 1.000 milliards de dollars d’effort de guerre supportés par le peuple américain.
En 2008, il paye le prix de 10 ans de spéculation bancaire. Les risques sont constamment évoqués par les banquiers eux-mêmes depuis au moins 5 ans. Caliméro, encore. Bouuûh, c'est vraiment trop inzuste ! Ces méchants banquiers vont mettre l’économie des Etats-Unis par terre. Résultat : 1.000 milliards de dollars de dépenses insolvables supportés par le peuple américain.
Ca fait une addition de l’ordre de 2.000 milliards de dollars, qui sera d’ailleurs payée solidairement par le monde entier du fait de la chute du dollar, commencée depuis longtemps. Les premiers créanciers étant les Chinois. Et les premières victimes ont été les Irakiens qui n’y sont pour rien dans cette sinistre histoire.
Nicolas Sarkozy demandait récemment que les responsables soient identifiés. C’est un gag ou de la bêtise ? On ne sait pas.
Qui décide de faire la guerre ? Les décideurs politiques. Qui fixe les règles de l’économie de marché ? Les décideurs politiques. Voilà. Identifier les responsables est assez simple. Et après ?
Après, il ne reste que la stratégie du Caliméro pour sauver sa peau : je me présente à la télévision et je montre à quel point je suis impuissant et malheureux des malheurs qui s’abattent sur le peuple qui m’a élu.
En communication de crise, on peut faire son Caliméro devant les caméras. Une fois, ça passe. Deux fois, c’est lourd. Trois fois ça casse. On peut présenter ses excuses une première fois, la deuxième phase doit être plus offensive : voici ce que je fais pour réparer, et pour préparer l’avenir.
Je ne connais pas de cas où les dirigeants que nous avons coachés ont fait deux fois la même erreur, et ont été obligés de faire leur Caliméro deux fois de suite.
Tout cela prêterait à sourire s’il n’allait pas de l’image comme du dollar : quand le marché n’a plus confiance, le système s’écroule.
On ne va pas couper la tête aux dirigeants politiques du monde occidental du début du XXIe siècle, c’est dépassé.
Mais il est temps qu’ils s’en aillent, avant qu’on atteigne le troisième Caliméro qui sera fatal. Bouuûh ! Envoyons des F16 contre le méchant climat qui est en train de nous exterminer et bombardons-le de subprimes, voilà la solution !
Et ça va être très compliqué pour les suivants : compliqué à réparer, compliqué à gérer, compliqué à communiquer.
Lire aussi cet excellent article de Jean-Michel Aphatie, qu'on ne peut tout de même pas taxer de révolutionnaire (enfin, quand je dis taxer...) : Une civilisation en crise
les participants en ressortent motivés (il s'approprient le travail et sont prêts à agir)
les idées (actions, propositions, engagements, etc...) sont toujours nombreuses et exploitables
le temps nécessaire pour produire ces idées est court (on mobilise peu de ressources pour un résultat très important)
Le suivi indispensable des rencontres participatives
Une condition nécessaire à la réussite de ces méthodes est le suivi des propositions d'actions par le management. Sinon, il y a un effet déceptif.
C'est notamment ce que j'ai vécu avec les BarCampAlsace ou le WorldCafeEnvironnement : je n'avais pas mesuré l'importance du temps nécessaire au suivi. Et il y a eu un essoufflement de la dynamique.
Rencontres participatives et développement durable
Grégoire m'a proposé récemment d'utiliser les méthodes participatives pour mettre les citoyens en situation d'agir pour changer rapidement nos comportements environnementaux. Il me rappelait pour cela, le travail pédagogique énorme de Lester Brown.
Je suis certain que cela peut s'intégrer utilement dans un plan de communication, avec ces objectifs :
faire prendre conscience que nos comportements (en matière de consommation, et de rapport avec les autres) nous mène à terme (dans le siècle) dans une impasse.
faire émerger des actions (individuelles et collectives) et éviter le pire
créer une motivation au changement, une envie d'y aller
L'exemple du Grenelle de l'Environnement
C'était, je crois, exactement ce qui s'est produit avec le Grenelle de l'Environnement. Avec d'énormes moyens et un véritable accompagnement des décideurs. On peut critiquer l'image, la méthode et le traitement des résultats, il n'empêche : c'est un exemple unique de communication participative sur le sujet.
On peut évidemment refaire. Mais avec quels moyens ? Quel suivi ? Qui est légitime pour piloter ? Et surtout, avec qui ?
Former les associations aux méthodes participatives
Le plus performant serait à mon avis de former les associations qui le souhaitent à des méthodes participatives, destinées à convaincre au-delà de leur membres déjà convaincus, ou pour partager des bonnes pratiques.
Le forum ouvert - Open Space Technology Le site des facilitateurs de la méthode participative du forum ouvert (ou Open Space Technology). Une méthode qui favorise l'intelligence collective et la mise en route des plans d'action.
WorldCafé Site des utilisateurs de la méthode participative du World Café. Une méthode pour favoriser l'intelligence collective.
Le manifeste des evidences Un manifeste pour un nouveau marketing qui date de 1999. Prophétique et utopique, il s'appuie sur le modèle du Web2.0 comme Freud s'appuyait sur la thermodynamique et Watzlavick sur la cybernétique.
L'alter entreprise - le blog de Yannick Roudaut Yannick Roudaut est économiste. Il analyse de manière claire le système financier et les méfaits de la spéculation. Il explore des pistes alternatives.